Tous les articles par Laurent Bayart

LIVRE / ALBERT STRICKLER OU LE CONFINEMENT DANS L’INCANDESCENCE DU SILENCE.

         Voilà que depuis les années quatre-vingt qu’Albert Strickler truffe ses feuillets du feu ardent d’une poésie de l’émerveillement qui fouine au plus profond de sa relation avec la terre et de ses éléments. Voilà aussi que depuis 1994, le poète du haut de son « Tourneciel » sis à La Vancelle, rédige un journal quotidien avec le régularité et fidélité d’un métronome dans la graphologie de l’instant. Ainsi, nous confie-t-il : Une évidence qui découle, entre autres, de celle qui s’était imposée naguère au gré d’une formule que d’aucuns me rappellent de temps à autre, à savoir que si je tiens mon journal, lui me tient également.

Son dernier opus, Un silence incandescent, est sorti des presses  de ce confinement imposé du 17 mars au 10 mai 2020. 

L’auteur nous offre cette jubilation intérieure en connivence partagée avec ses compagnons de route que sont l’écureuil et le merle qu’ils côtoient quotidiennement. Il nous fait ainsi partager ses lectures, ses coups de cœur mais aussi de sang, ses courriels en « lanceurs d’alerte » au fil des jours qui chantent leur romance. Et l’écureuil ? Je compte sur sa présence aujourd’hui…

Et Albert de fustiger cette existence d’après-confinement et pandémie, régie par les masques, les « gestes barrières » et le bannissement désormais de toute promiscuité fraternelle : poignées de main, embrassades, bourrades….Un bien précieux aujourd’hui aussi bien menacé par la peur de la mort que par l’obsession de la sécurité qui apparaissent comme nos principaux empêcheurs de vivre…

Et si, au final, le coronavirus avait tout simplement gagné en faisant éclater, telle une bulle d’oxygène, l’envie de vivre qui faisait de nous des enfants insouciants ? La température de nos âmes est devenue désormais brûlante, voire incandescente…

                                                           Copyright : Laurent BAYART

Un silence incandescent, journal 17 mars- 10 mai 2020, d’Albert Strickler, Editions du Tourneciel, Collection le Chant du merle.

BILLET D’HUMEUR /ACTE 122 / LES OMBRES NOUS PRECEDENT TOUJOURS D’UN INSTANT…

photo de Thibaud Bayart

Sur le sable de la plage, nos ombres nous parlent en silence, en un bruit de ressac, dans le froissement de la dentelle de l’eau en une longue nappe cousue d’écume tissée par les vagues, gestuel infini de la marée. Nous sommes coquillages en silhouettes allongées. Notre deuxième corps savoure cette baignade impromptue. Camille interroge son alter ego, déjà en avance sur elle, de quelques centimètres…L’eau salée possède de bien mystérieuses vertus, tandis que papa prend la photo. Attention, l’oiseau sorti de l’appareil s’avère être un…poisson volant !

Chacun sait que les ombres nous précédent toujours et grandissent plus vite que nous, la faute au soleil…et à ses rayons bourrés de vitamines !

Belle métaphore de la vie que ces ombres qui nous racontent l’instant présent et qui nous devancent de quelques confettis de mouvements.

Comme si elles débroussaillaient la seconde à venir au grand tamis du destin.

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                      19 août 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 121 /DES COCCINELLES SUR UNE BICYCLETTE OU VOTRE « TOUR DE FRANGE ».

Photo de Marie Bayart

Quelle échappée belle, nos petits enfants comme des coccinelles sur des miniatures de bicyclette. Que la vie est belle à vélo ! Les voilà qui font leur mini « tour de frange », leur tête de trois pommes solidement ficelée dans leur casque en couleur. Petit peloton qui – mine de rien – respecte les « gestes barrières » ! Qu’importe la voie, pourvu qu’elle soit belle comme une échappée de fraîcheur et de verdure. Jules, Alphonse et Camille sont nos rayons de soleil qui font tourner les roues de nos vies. Chaque tour de pédale est une histoire racontée au goudron…Vous êtes les enchanteurs du chemin, à émerveiller la route. Nos marque-pages pour tourner le livre de la vie, qui tourbillonne trop vite, bien trop vite en accordéon…à la manière d’Yvette Horner que vous n’avez pas connu, les loupiots !

Moi, tel un suiveur sur une moto fictive, je vous talonne, les yeux remplis d’étoiles et d’amour. Vous êtes nos champions, ceux qui iront jusqu’à demain lorsque nos yeux se seront éteints. 

Le podium de la ligne d’arrivée vous est réservé dans l’ordre d’apparition dans votre « Grande Boucle » !

Et dans la vie, sachez que les vainqueurs ne sont pas ceux qui lèvent les bras, mais ceux qui auront été tout simplement heureux…

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                                5 août 2020

FICAV 2021 ET UNE MERVEILLE DE NOUVEAU VISUEL

photo du FICAV

Tout doucement, la 27èmeédition du somptueux Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul (FICAV) se prépare dans l’alchimie des ateliers de l’imaginaire de Martine et Jean-Marc Thérouanne, accompagnés par Marc Haaz, allumeurs de réverbères cinématographiques (éclairés !) qui ont concocté le programme de cette nouvelle édition qui aura lieu du 26 janvier au 2 février prochains, si tout se passe bien avec cette pandémie de coronavirus qui plombe l’ambiance…

Pour cette 27e édition du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul, une des sections principales à illustrer se focalise sur les pays d’Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan, Iran et Afghanistan). Dans cette région du monde, se trouvent des signes identitaires très marqués comme les coiffes emblématiques que peuvent porter les femmes et les hommes, les motifs géométriques et floraux qu’arborent leurs tissus, l’architecture traditionnelle des minarets et des mosquées, les paysages singuliers montagneux, mais aussi les grandes étendues traversées par les trains et où pâturent les troupeaux de chevaux sauvages. Nous précisent les organisateurs, orpailleurs de nos rêves d’échappées belles.

logo de Marie Melcore

Focus spécial sur la créatrice du nouveau logo du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul, réalisé par Marie Melcore, graphiste officielle du second quart de siècle de cet événement cinématographique qui se passe en Haute-Saône et qui a drainé, l’an passé, 32.871 spectateurs…La jeune femme est native du pays et vit entre son village de Boulot, près de Rioz, Lille et Londres. 
 Elle offre aujourd’hui à Vesoul une magnifique carte de visite sous forme d’image numérique !

Bravo à cette plasticienne et à son œuvre qui représente presque déjà la bande-annonce d’un film ! 

Hâte de découvrir cette nouvelle édition et de parcourir les steppes d’Eurasie sur les écrans du Multiplex Majestic, en « intérieur/nuit »…

Et cette carte de présentation constitue déjà les premiers jalons de cette merveilleuse route de la soie cinématographique ! Que la magie du voyage commence…

                                                                                Laurent BAYART

BILLET D’HUMEUR / ACTE 120 / CAFE LITTERAIRE SOUS LE SIGNE DES OISEAUX OU LORSQUE SAINT-FRANCOIS D’ASSISE NOUS ENVOIE SA DIVINE GRACE…

Photo de Patricia Chabas

Sixième saison de nos café littéraires en mode littéro-rencontre et coups de cœur livresques en ivresse de mots, sous le sigillé d’un copieux et roboratif petit (enfin, pas tant que ça !) déjeuner…Partage de nos lectures en mode amicale, sourires et échanges fraternels avec de nombreuses digressions à bâtons rompus. Un agréable et régulier pensum qui se déroule toutes les quatre à six semaines, histoire de ne pas perdre la saveur de nos échanges et la jubilation de se revoir. 

Et l’autre jour, nous étions à Souffel chez Brigitte et Rémi, attablés pour les joies de la panse mais aussi pour celles de l’esprit (la « pense ») et de l’intellect ! Lorsque soudain, une bergeronnette, haute en couleur, se mit à faire ses ablutions en mode salle de bain devant nous (nos amis ayant installé une somptueuse fontaine/cascade sur leur terrasse !). Sans pudeur, elle fit sa toilette sous nos yeux éblouis, et comme toute personne prenant sa douche, elle émit même quelques vocalises en forme de trilles. A bon entendeur, bon siffleur !

Mais, nous n’étions pas au bout de notre surprise, lorsque un couple de pigeons ramiers vint, tels des habitués des lieux, s’engouffrer gaillardement dans l’allée en direction de la « salle de bain » ! Brigitte, à l’instar de Saint-François d’Assise leur demanda gentiment de passer par le jardin afin de ne pas déranger nos débarbouillages littéraires ! Et voilà t’y pas que nos deux amis rebroussèrent chemin et passèrent par le potager…

Nous étions, par la grâce et la magie de notre amie, en plein « Sermon aux oiseaux » de Francesco d’Assisi ou autrement dit Giovanni di Pietro Bernardone…

Emerveillement de cette humanité où l’on parle aux tous petits. L’homme d’Assise qui disait : De toutes les créatures de Dieu, c’est vous qui avez meilleure grâce ; il vous a dévolu pour champ l’espace et sa simplicité ; 
Vous n’avez ni à semer, ni à moissonner ; il vous donne le vivre et le couvert sans que vous ayez à vous en inquiéter. » 

Ce fut donc un café littéraire rempli de grâce, de plénitude et de félicité. Les oiseaux, gens de plume par excellence, s’invitèrent à nos débats avec leurs ébats (aquatiques).

Le monde n’est décidément jamais aussi beau que lorsqu’il nous enchante !

L’espace d’un café littéraire magique entre amis…

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                                29 juillet 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 119 / VAL D’AJOL S’INVITE DANS MON JARDIN…

          J’ai rêvé d’entendre couler la Combeauté, et ses méandres sauvageons, au fin fond de mon jardin sis en Alsace. Son bruissement, son gargouillis et ses algues sont tels des cheveux et autres crinières qui filent au vent du courant. Quelques truites vagabondes jouent les andouilles à nageoires et à branchies lardées. Illusion acoustique en mode ajolaise. J’écoute le carillon de la belle église de Notre Dame, faire des vocalises au son de l’épinette avec ses cloches, coiffées de leur chapeau breton octogonal. Plénitude de l’instant. Bonheur de l’éphémère qui égrène son goutte à goutte dans la conque d’une vielle fontaine de pierre moussue. Dieu doit être natif de ce coin des Vosges Méridionales. Sinon, je ne m’explique pas ce miracle…

Le Val d’Ajol vient me titiller au cœur de mon jardin. Au loin, j’aperçois la Feuillée Dorothée à la place de la butte de la voie ferrée et des lamentos des trains et wagonnets qui filent à toute berzingue.

Pire, je vois le tortillard d’une vache traverser l’allée de mon jardin potager, devant le regard médusé des chats et autres mésanges de passage. Mes courgettes et mes haricots n’en croient pas leurs mirettes végétales…

Diantre, que fait donc ici, cette reine des prés et autres ballerines des champs ? Meuh, je n’y crois pas… Mes voisins, dans le lotissement, regardent ce tableau bucolique et champêtre, médusés, voire interloqués.

Le Val d’Ajol s’invite chez moi. 

Cinq mois sans  s’être allé là-bas, et voici le résultat ! 

Les voyages viennent d’eux-mêmes, faire un pied de nez à votre paillasson où il est imprimé, à hauteur de semelles : Bienvenue dans les Vosges !

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                       20 juillet 2020

Photo avec la complicité graphique de Tyfaine et Valentine Guillo.

BILLET D’HUMEUR / ACTE 118 / ENFIN, UNE VICTOIRE FRANCAISE AUJOURD’HUI SUR LE TOUR ?

          Ce Tour de France est décidément passionnant par cette dramaturgie inédite cette année, depuis fin juin (le 27 ! très exactement), la Grande Boucle s’est lancée de Nice, sur les invisibles pistes goudronnées de notre bel hexagone,   devant un public tellement bien masqué que l’on ne l’aperçoit même plus ! La caravane est muette avec son saucisson emblématique Cochonou et autres réclames à roulettes Skoda, Haribo et consorts. Un petit chenillard plein de couleurs et de musique. Ah, il ne nous manque plus que notre Yvette Horner nationale ! Les paysages, vus d’hélicoptère, sont littéralement époustouflants. Jean-Paul Olivier, dit Paulo la Science, sorti de sa retraite, y va de ses descriptions enflammées et autres panégyriques. Que Notre Douce France est belle en vue aérienne ! 

Et aujourd’hui, fête nationale oblige, un coureur français va-t-il remporter l’étape, comme le veut cette petite tradition tricolordesque. Peut-être, notre puncheur Julian Alaphilippe ou le sympathique mais poissard Thibaut Pinot ? Synonyme de cocorico ! Car, pour l’instant, nous nous sommes bien ennuyés, aucune attaque et un peloton bien compact. Pas d’échappée belle,  tout est sous contrôle, mais où sont donc passés les baroudeurs de jadis et les forçats de la route ? 

Allez, j’allume la télévision afin de déguster le pétillant d’une victoire française aujourd’hui et…patati patatras…Pas de trace de Tour de France sur les lucarnes magiques ! Noël en juillet,comme l’écrivait Louis Nucéra, n’habite pas les écrans. Zut, j’avais oublié que cette année, la Grande Boucle aura lieu du 29 août au 20 septembre pour cause de pandémie ! Oups. Un Tour de chauffe exceptionnellement automnal. J’avais totalement zappé !

Ma bière et mes chips en lisière du canapé sonnent comme des fausses notes en musique militaire. Tiens-voilà du boudin, c’est la légion étrangère sur les caméras de contrôle, en sprint – version ralentie- sur la ligne d’arrivée.

Le peloton est international et multicolore, plus que jamais, cette saison ! 

Et, parmi les camionnettes et autres chars de la caravane, celui tout blanc, ambulance (mais pas voiture balai) et caducée, du personnel hospitalier, avec en figure de proue une caricature de coronavirus en maillot jaune qui emporte les huées et les sifflets du public…

Sûr, que cette édition 2020 restera dans la légende du Tour ! 

Le thermomètre ayant pris la place du chronomètre…

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                       14 juillet 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 117 / LA GRANDE VACANCE…

          Cela fait quelques jours que quelques étourneaux et pies n’arrêtent plus de piailler devant sa fenêtre, escortés par une kyrielle de mésanges et de papillons efflorescents, suivis d’une cohorte de limaces et d’un escadron de gastéropodes….Que se passe-t-il donc ? Stupeur et tremblement, le jardiniste-potageur n’a plus mis les pieds (ou plutôt ses bottes !) dans le carré enchanté de son jardin depuis quelques jours ! Que lui arrive-t-il ?

Chaque acteur de cette principauté verte, bien aérée, se demande ce qu’il est advenu de son seigneur ? Sa fourche-bêche abandonnée témoigne de son absence.

Est-il parti en vacances ? Pris la poudre d’escampette ? A t-il laissé en plant ses sauvageonnes courgettes, ses haricots qui caracolent, ses salades ouvertes comme des oreilles en feuilles de choux, ses tomates en symphonie de rougeurs juvéniles, ses aubergines et autres betteraves qui rêvent de futures agapes en goguettes de gourmandise à l’étouffée dans une casserole ?

Ahurissement dans le jardin. La bêche a laissé la place à une canne et à des béquilles ! Ouille ! s’exclame une tourterelle de passage.

Les petites vies de son jardin pleurent des larmes de crocodile : leur maestro a le dos en compotesemble chuchoter quelques fleurs du pommier butinées par des abeilles virevoltantes. Assis sur le banc, le convalescent prend son mal…en patience.

Un aéropage de colombes s’est transformé en infirmières volantes qui viennent lui apporter quelque réconfort et tenter de panser son immense tristesse de ne pas pouvoir travailler à leur côté. Son échine est comme une branche cassée. L’arbre tutélaire est à l’arrêt.

Un invisible bucheron l’a terrassé. 

La fourche-bêche a un lumbago…

                                                                                10 juillet 2020

                                                           Copyright : Laurent BAYART

LIVRE / LE PHENOMENE RUPI KAUR OU LA POESIE AU SERVICE DU PLUS GRAND NOMBRE.

         Je ne connaissais pas cette poétesse indienne, vivant aujourd’hui au Canada, et remercie Brigitte T. de m’avoir offert son dernier livre intitulé « Le soleil et ses fleurs ». Une révélation ! Tout de suite, en feuilletant ce petit opus, bien consistant, agréablement présenté et illustré par de superbes dessins l’auteur(e), je me suis laissé littéralement séduire par cette écriture simple et épurée, qui parle à notre cœur, et encore mieux à notre âme ! La profondeur de son regard m’a halluciné. 

En lisant rapidement sa bio, je découvre que cette écrivaine, née en 1992, artiste et performeuse, s’est lancée lors d’une scène ouverte à l’âge de 17 ans. Un phénomène qui publie ensuite à compte d’auteur (s’il vous plaît !) son premier recueil au tirage monumental de 3 millions d’exemplaires et traduit en 35 langues ! Elle sera classée pendant plus de 100 semaines dans les meilleures ventes du New York Times. Ce sont les éditeurs potentiels qui peuvent se mordre les feuillets ou plutôt les doigts de ne pas l’avoir dans leur « écurie », du moins pour son premier volume ! Et rebelote pour ce livret que je tiens dans les mains, même tirage. Oups. Elle a été aussi sélectionnée parmi les 100 femmes les plus influentes dans le monde. N’en jetez plus, nous avons affaire à une (jeune) femme exceptionnelle qui gazouille de talent ! 

Même si Rupi Kaur s’est faite connaître aussi sur les réseaux sociaux, l’espace d’un livre reste le lieu privilégié pour faire s’épanouir la culture du mot et du verbe. Son écriture limpide nous parle, avec justesse et simplicité : ce n’est pas ce que nous avons laissé derrière/ qui me brise/ c’est ce que nous aurions pu construire/ si nous étions restés.

Cet ouvrage, comme il nous est spécifié, se veut être un recueil de poèmes sur le deuil, l’abandon de soi, l’importance d’honorer ses racines, l’amour, la volonté de s’aguerrir et de s’émanciper…

On nous précise aussi que toute son œuvre est écrite en caractères minuscules, et la seule ponctuation utilisée est le point. Elle déclare avoir décidé d’écrire de cette manière afin de rendre hommage à sa culture d’origine puisque, dans les textes écrits en gurmukhi, il n’y a pas de majuscule.

Je reviens encore aux textes avec cette miniature piochée au hasard: la dépression est une ombre qui vit à l’intérieur de moi. Et plus loin : à quoi bon l’obéissance alors/ quand il y avait des mains en moi/ qui n’étaient pas les miennes. Cette jeune femme, d’un lucidité déconcertante, rajoute : J’ai même essayé de m’enterrer vivante/ mais la terre a eu un mouvement de recul / tu t’es déjà décomposée dit-elle/ il ne me reste plus rien à faire.

C’est abasourdi que je referme ce livre si dense et fécond, avec cette croustille de citation qui vaut un résumé : à ma naissance/ ma mère a dit/ il y a dieu en toi / sens-tu sa danse.

Moi, je la sens comme une intense jubilation dans cet ouvrage remarquable.

                                                      Copyright : Laurent BAYART

Le soleil et ses fleurs, the sun and her flowers, de Rupi Kaur, Nil éditions, février 2020.