Tous les articles par Laurent Bayart

LE TEMPS EN MODE « PAUSE » DANS LES PIXELS DE MON CORPS.

photo de Némorin, alias Erik Vacquier.

          Ivresse de se délester de l’instant. Retrouver le chemin des étoiles et respirer les divines poussières du cosmos. Acariens de la voie lactée qui viennent offrir un peu de fraîcheur à mon âme suspendue dans le temps. S’accrocher à soi-même et savourer la minute qui ne passe plus. Les secondes sont des perles et des gouttelettes majestueuses dans cette invisible clepsydre. Les horloges sont figées. L’Internet est bouche bée et mon ordinateur n’en croit plus ses pixels. Ecrire, c’est prier comme l’a écrit Albert Strickler. Alors, je dois prier tous les jours et jeter mon seau d’offrande dans la profondeur de ce puits qui me relie à Toi…Emprunter, jour après jour, la longue sente qui mène à ce Compostelle de sérénité. Dieu au bout du chemin me propose son autel et le lumignon rouge d’un tabernacle. Ma silhouette imprimée sur l’ombre du soleil, comme la typographie de la lumière qui viendrait écrire sur mon corps. Des casses tel les grains dans le sablier.

J’aime ces moments qui ne passent plus. Et lire le bréviaire que dessine mon âme.

Je suis un pèlerin de l’immobile. 

Et marche sans pas.

                                                              © Laurent BAYART

                                                                 12 février 2023

IL FAUDRA BIEN REFAIRE CHANTER LA LUMIERE…

         Il faudra bien refaire chanter la lumière dans la conque de nos pupilles. Continuer de se nourrir de cette luminosité qui s’envole jusqu’au tréfonds des absolus, pour aller vagabonder jusqu’à notre âme. Nous avons besoin d’écarquiller nos yeux et de nous émerveiller de la liturgie du soleil. Cantiques de ses rayons pour illuminer nos existences. Sortir de ce puits qui veut nous entraîner dans ses abysses. Savourer cette extase de clarté comme si on faisait danser des centaines de chandelles et de bougies. Cette cathédrale en nous est un cosmos éclairé par les étoiles des candélabres. Et cette croix, au fond de la crypte, tel un signe, une invite à poursuivre ce chemin de lumière…

Prendre la route jusqu’à la lumière rouge du tabernacle qui pose son écriture dans l’encre, plasma de notre nuit.

Sente à l’image d’une échelle posée sur les dalles de cette église pour s’en aller, marcher en funambule, fildefériste de notre incommensurable foi.

                                                                    © Laurent BAYART

                                                8 février 2023

LIVRE / LA JUBILATION D’EXISTER DE CE « PETIT PERE » QUI ENCHANTE LES INSTANTS.

C’est un ouvrage magistral, une sorte de cantique, magnificat et tendre mélopée, que nous offre en plus de deux-cents pages Albert Strickler qui rend un époustouflant hommage à son « Petit père ». Ce patriarche doux et tendre qui ne cessait de répéter, en un leitmotiv effréné, que La vie est belle !  Sur la couverture, on le découvre tenant entre ses mains une portée de poussins, comme une offrande du bonheur aux tous petits et aux humbles. On y retrouve aussi, au jeu des accointances et autres connivences, un autre Albert… Schweitzer celui-là, le prix Nobel alsacien, avec son « Respect de la vie ». D’ailleurs, Paul Valéry n’affirma-t-il pas que : L’être qui s’émerveille est beau comme une fleur. Et nous nous trouvons justement dans l’enchantement et la jubilation d’exister, en cette gourmandise de vivre et cette soif de mots distillée par l’écrivain. Dans ce livre de l’ultime, le chantre du Tourneciel, raconte ce partage des instants vécus en compagnie de ce père qu’il aime et chérit par-dessus tout, jusqu’à la dévotion. Il ne m’a pas appris ni à nager ni à skier ni à danser ni à faucher donc…Il ne m’a appris qu’à aimer que la vie est belle ! Et aujourd’hui encore les pires des jours sont ceux où j’ai l’impression d’avoir oublié la leçon !

Magistral et sublime chant d’amour dans lequel l’auteur psalmodie avec une tendresse rare : O père toi qui est parti/ Sans nous abandonner/ Je te retrouve chaque jour/ Dans la grâce du Ravi/ La louange de l’émerveillé. Gageons que ces mots si puissants et vibrants parviendront jusqu’à leur destinataire, dans l’invisible et le silence de l’éternité qui chante la présence éternelle de ceux que l’on a aimé et que l’on chérit toujours.

L’écureuil tiendra, quant à lui, le rôle du discret messager et autre facteur des missives rédigées sur le parchemin de l’âme.

                                                                                 Laurent BAYART

  • Petit père, d’Albert Strickler, Éditions du Tourneciel, 2022.

CETTE CROIX NOUS EMMENE DANS UNE BEATITUDE DE LUMIERE.

Photo de René Roesch

          La lumière jette son long crayon de soleil sur la terre, comme une échelle diaphane qui viendrait féconder le sol et faire pousser des pâquerettes en plein hiver. Est-ce un signe venu de là-haut ? Dieu nous fait un petit clin d’œil. Plus loin, les pieds de vigne et leurs sarments chantent déjà la moisson de futurs vendanges. Le sang rouge du vin bat dans nos tempes et dans les temples… Le tabernacle du soleil vient nous chuchoter la liturgie de l’essentiel. La communion avec l’hostie des nuées nous met en pâmoison. Jubiler, c’est faire chanter notre âme dans la volière de nos corps. L’autel des côteaux nous incite à la méditation et à la prière. Nous ne cessons de vendanger les grappes de l’espérance. La foi représente une échelle constamment posée contre la toiture du ciel. Monter, toujours et encore, la mort n’étant qu’une ascension à contre-sens.

Un pèlerin-passant s’arrête sur le chemin. C’est un photographe qui a posé son œil de verre sur le paysage. Clic de grâce.

La nature est une église à ciel ouvert. Les vitraux sont en forme de culs de bouteilles aux reliefs de nuages, sur fond de lapis-lazuli. 

Le vin, à l’image du sang du Christ, se transforme en eau de source. Miracle à l’envers.

Et la voilà qui s’en va, par le chemin de Compostelle des ruisseaux, vers l’océan. Se jeter et se noyer à jamais dans la plénitude de l’infini.

Les coquillages ont pris la forme d’une croix dans laquelle siffle le vent comme un orgue de cathédrale. 

Vous avez dit « miracle » ? L’eau, qui stagne dans la conque du bénitier, est désormais salée…

                                                                    © Laurent BAYART

                                                                             2 février 2023

LA MUSIQUE ILLUMINE NOS VIES.

Photo de Marie Bayart.

                                                                               A Gustave,

         Que ne faut-il pas de magie pour faire danser les notes de musique au gré de notre inspiration et de notre imaginaire ! Les croches s’émancipent des partitions pour aller faire chanter nos cœurs/chœurs d’allégresse et faire siffler l’hirondelle qui se dissimule en nous. Le printemps jubile dans nos oreilles. La musique adoucit et caresse nos âmes et réveille/réveille le meilleur qui se trouve niché en nous. Rédiger des accords sur les cordes d’une guitare, glisser ses doigts sur les touches d’un piano, souffler à pleins poumons dans l’embouchure d’une trompette, faire des entrechats sur les pistons d’un accordéon, s’amuser à faire des vocalises sur le clavier de ses cordes vocales…

Cette harmonieuse mélodie est un instant de bonheur qui nous fait accoster un instant les rives du paradis.

Là, le temps a cédé sa place au tempo… Un métronome en queue de pie, maestro jouant du tam-tam avec ses battements de cœur, nous offre l’émerveillement d’un concerto improvisé.

La musique pulse en nous de son enivrante tachycardie.

                                                            © Laurent BAYART                                               

LIVRE / LE MONDE DE DEMAIN OU L’ECRITURE D’UN MONDE A REFAIRE, SELON PIERRE SERVENT.

          Pierre Servent est journaliste/chroniqueur, spécialiste défense et géopolitique sur TF1-LCI, mais aussi (et c’est là que son analyse s’avère intéressante !) officier supérieur de réserve qui a enseigné à l’École de guerre. Pas vraiment réjouissant son nouveau livre « Le monde de demain » dans lequel il raconte le glissement des plaques tectoniques qui s’est accéléré, le 24 février 2022, à la suite de l’attaque de l’Ukraine par la Russie, « opération spéciale » martèle-t-on du côté du Kremlin…

Et l’auteur de rappeler les enjeux de cette guerre, qui ne dit pas son nom, aux portes de l’occident :  La démocratie est en danger partout dans le monde (…), les libertés civiles ont régressé dans soixante pays (sur cent quatre-vingt-treize). Et l’auteur de rappeler la logique des militaires russes et de Vladimir Poutine qui lui disaient souvent : Là, où le sang russe a coulé, la terre est russe…Pierre Servent de rappeler qu’il avait même été proposé à Bill Clinton par Poutine de rejoindre l’Otan ! C’est dire que les temps ont bien changé…Le récit de cette « guerre » est glaçant, souvent effroyable et une hécatombe de morts et de blessés s’annoncent déjà, même si les chiffres et les faits varient selon les sources d’où elles proviennent. Le leadership du monde est tout simplement l’enjeu : La Russie, une menace, la Chine, un défi…nous dit-on. Ce grand tohu-bohu guerrier et autre bellicisme semblent avoir renforcé la cohésion de l’Otan et activé ses velléités de défense. L’humanité avait oublié le cauchemar atomique qui le réveille douloureusement. A suivre.

La guerre, c’est quand l’histoire se remet en marche…et là, elle semble se réactiver. Espérons qu’elle ne glisse pas vers l’inéluctable et que les colombes de la paix puissent remplacer les drones et les bombardiers.

Un nouveau monde émergera demain. Celui (enfin) de la paix ? Ou bien celui du chaos ?

                                                                            Laurent BAYART

  • Le monde de demain de Pierre Servent, Robert Laffont, 2022.

JE VOULAIS TANT RESTER UN ENFANT…

Photo de Némorin, alias Erik Vacquier.

          Je voudrais tant un peu arrêter le temps. Poser mon pied sur le pas de la porte et bloquer l’inexorable marche en avant. Je voudrais tant rester un peu un enfant. Me poser sur le dos d’une marche et regarder courir les passants. Je voudrais tant rester un enfant. Ecraser les sonnettes des gens et m’en aller, garnement, en prenant la poudre d’escampette ! Réinventer le plaisir de savourer un goûter, dévorant un Petit Lu et me délectant d’un gobelet de jus de pomme pendant la récrée. Croire encore au Père Noël et regarder ma maman préparer un gâteau dans la caverne d’Ali Baba de sa cuisine. Observer papa en train de lire son journal et de le commenter… Préparer ma trousse pour me rendre à l’école et hisser mon cartable sur le dos, comme l’oriflamme d’une grosse carapace de tortue. Je voudrais tant rester un enfant.

Et puis, rêver à mes bonnes fées et mes super héros lorsqu’on me raconte une histoire, avant d’aller rejoindre les bras de Morphée en chevauchant une licorne ou Pégase et ses ailes de géant.

Le réveil sonne et trille mes oreilles. Il est l’heure de se lever. Où est passé mon rêve ? Il a filé avec l’éternité. Mais, hélas, je ne peux plus me mettre debout…

Le temps s’est désormais figé.

Mon cœur a tout simplement lâché…L’horloge s’est arrêtée.

Je suis redevenu un enfant.

                                                                   © Laurent BAYART

                                                   21 janvier 2023

QUE NE FAUT-IL PAS DE MERVEILLES ET DE COULEURS POUR ENCHANTER NOS VIES !

          Parler bas en un chuchotement de prière, comme une confidence à l’Ineffable et ouvrir les yeux face aux étoiles qui filent dans le cosmos réinventant – pour nous – un arc-en-ciel magique en prisme d’enchantement. Il faudra bien un jour retrouver les sentes de l’essentiel et faire chanter nos âmes dans la grande volière de nos corps. Ecrire sur les dalles des églises ou des cathédrales, en une espèce de tag en forme de poème ou de cantique aux louanges de l’aventure, inspirés par le Mystère. 

Retrouver l’ivresse des rencontres et emprunter les layons d’un chemin de Compostelle qui nous mènerait jusqu’à une croix.

Mourir un peu, comme on tournerait la page d’un livre qui s’ouvrirait sur un nouveau chapitre.

Et repartir, de pieds fermes, sur le goudron blanc des nuages.

Nous ferions alors office d’oiseaux au fuselage d’anges, à tourbillonner autour d’un autel, dans la lumière des cierges et des candélabres, sous le talisman d’un croix. 

Radar des âmes en partance vers l’ailleurs.

                                                                           © Laurent BAYART

                                                                                19 janvier 2023

SUIVRE SA VOIE, C’EST FAIRE CHANTER SES SEMELLES SOUS LES PAVES.

photo de Némorin, alias Erik Vacquier.

          Je suis parti un jour qui ne portait pas de nom. En fuite vers d’improbables rendez-vous. Les jours glissaient sur leurs rails et mes routes étaient pavées de bonnes intentions. S’en aller en quête d’étoiles et de luminosité lactée. Rechercher un peu de printemps dans les confins de nos imaginaires et ce désir de rencontres qui enchante nos sentes. Les chemins représentaient des partitions sur lesquelles la musique de mes pas résonnait comme un solfège de voyage. Mes cartes étaient des partitions sur lesquels les pays traversés faisaient office de notes de musique. 

Parfois, le butoir d’une frontière se présentait devant moi. Un curieux chef d’orchestre en uniforme me demandant le sésame d’un passeport. 

Puis repartais en sifflant sur la flûte à bec d’un passereau.

                                                                         © Laurent BAYART

                                                                             16 janvier 2023

LIVRE / L’INTRANQUILLITE QUI DERANGE LA VIE ET POSE SES VAGUES SUR LA SURFACE D’UN LAC BIEN…TRANQUILLE.

          Cet ouvrage, surprenant et à contre-courant de la pensée actuelle m’a interpellé : Accueillir le dérangement, voire l’inquiétude, c’est lutter contre l’engourdissement qui nous ferait passer « à côté d’un trésor sans le voir » nous affirme son auteur Marion Muller-ColardVoilà de quoi méditer et se poser les (bonnes) questions !

Ce livre, joliment achalandé à l’esthétique remarquable, cache un brûlot, un incendie sur un bouquet de fleurs ! A analyser cet opuscule, on ne peut que se laisser surprendre par ce concept : On casse à la mesure même de notre rigidité, nous apprend la fable du chêne et du roseau. Plus loin, l’auteur(e) affirme : Aux tranquillisants, je préfère les intranquilles. Dérangés, dérangeants. Elle rappelle, plus avant, que les écrivains sont des « intranquilles » en puissance car les mots représentent des flammes qui les laminent chaque jour. Brûlure de se mouvoir (et s’émouvoir) au rythme de la syntaxe et de l’imaginaire. Ce n’est pas un long fleuve…tranquille ! Et à parler d’ouvrage, la Bible constitue bien ce grand tohu-bohu qui nous élève et nous transporte : Le livre de l’intranquillité, c’est l’Évangile, prenant à son compte la chanson d’Anne Sylvestre : J’aime les gens qui doutent. Je rajouterai cet extrait (et pardonnez-moi de me citer) d’un de mes textes : Quand j’écris, je doute mais je marche. Sans lui, je ne serai pas ce que je suis. A telle enseigne que même sur ma carte d’identité, ma photo exprime un doute sans aucun doute, mais moi je ne suis jamais seul. 

Le doute, c’est l’essence même de l’existence. Être un perpétuel nomade qui ne fait -finalement- qu’avancer et rencontrer les autres. C’est vivre dans l’intranquillité permanente ! 

                                                                            Laurent BAYART

  • L’intranquillité de Marion Muller-Colard, Editions Bayard, 2021.