Archives de catégorie : Blog-Notes

BILLET D’HUMEUR / ACTE 173 / EFFROYABLE JARDIN OU LORSQUE LE FOOT CREE LE MALAISE…

          Hier soir, un simple match de foot s’est transformé en effroyable jardin, le rectangle vert du gazon est devenu noir…En effet, pendant la confrontation de l’Euro, entre le Danemark et la Finlande, un joueur danois Christian Eriksen s’est écroulé sur la pelouse…Des images effroyables que nous avions déjà vues, il y a quelques années. La mort comme un urubu semblant vouloir chausser les crampons et affoler les soigneurs et les médecins, en faisant  des passements de jambes et autres dribbles vis-à-vis de la…vie. Stupeur et tremblements dans le stade où la fête se retrouve suspendue à cet homme couché par terre, foudroyé par un coup de foudre cardiaque. L’enjeu devient finalement bien dérisoire face à cette lutte, tout à coup, pour survivre. Tragédie grecque où la dramaturgie s’emballe…

Le joueur sera évacué. Le match reprendra mais les supporters ont irrémédiablement perdu le nord… En effet, comment peut-on encore « jouer » à la baballe lorsque votre coéquipier se retrouve évacué en réanimation ? That est the question.

Le score se révélera anecdotique, voire dérisoire. On s’en foot complètement ! La fête continuera, mais il restera un homme couché sur la feuille de match. Comme un carton rouge prodigué sans aucune faute. Vivre avant tout, même et surtout sur un terrain de foot… 

Le rectangle vert, sa ligne médiane, ses poteaux de corner et autres surfaces de réparation ne doivent – en aucun cas –  se transformer en cimetières au coup de sifflet final de l’homme en…noir. 

La vie, encore et toujours, doit avoir le dernier mot. C’est écrit en filigrane sur le cuir du ballon.

                                                © Laurent BAYART

                                                                       13 juin 2021

LIVRE / UNE ENFANCE (TR0UBLE) AU COSTA RICA.

          D’abord, il y a cette superbe photo de couverture et puis ce curieux, voire énigmatique titre « Inconstance des souvenirs tropicaux », livre signé par Nathalie Peyrebonne, qui vous donne envie de vous plonger dans cette lecture improbable.

Hortense est artiste-peintre à Paris mais elle est restée attachée au pays de son enfance : le Costa Rica (étymologiquement « la Côte riche ») pays d’Amérique centrale situé entre la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique. Au détour du hasard et d’un reportage télévisé, elle découvre qu’un ami de son père, qui venait fréquemment à la maison, n’est autre qu’un barbouze de la DGSE…Le voile se levant, peu à peu, aussi sur les activités de Jean-Loup, son papa. Un ancien espion déclarait ainsi qu’aujourd’hui quatre-vingt-quinze pour cent des renseignements sur les personnes se trouvaient à disposition, sur Facebook et Twitter en particulier, que leur boulot ne consistait plus qu’à mettre la main sur les cinq pour cent restants…Les souvenirs égrènent leur romance dans un décor somptueux, coloré et luxuriant où les perroquets se révèlent être même bilingues ! Plus loin, l’auteur décrit ce pays de carte-postale à la Gabriel Garcia Marquès : Les animaux étaient partout, au Costa Rica. L’univers, là-bas, était formidablement habité, bouillonnant et touffu. Le pays en a fait aujourd’hui un argument publicitaire considérable pour le développement du tourisme : sur ce territoire minuscule, la flore et la faune sont sidérantes…avec de nombreuses espèces d’animaux rares et même cent-soixante sortes de grenouilles ! 

L’auteur mènera son enquête et soulèvera (en partie) le voile qui recouvre pudiquement le passé en livrant sa funeste dramaturgie. Enfant miraculée, elle découvrira pourquoi la silhouette d’une petite fille se dessine, mystérieusement, en filigrane, en guise de signature sur ses tableaux. Enquête policière qui laissera des points d’interrogation à la fin de ces investigations, à la place du point final.

                                                                   © Laurent BAYART

Inconstance des souvenirs tropicaux de Nathalie Peyrebonne, La Manufacture de livres, 2020.

BILLET D’HUMEUR / ACTE 172 / LES VACHES SONT LES LIBELLULES DES CHAMPS.

photo de Thibaud Bayart

Meuh, quelles sont joliment belles ces libellules à pis des prairies de Haute-Saône. Les vaches sont les disciples des paysages qu’elles enchantent de leur imposante mais pacifique présence. Débonnaires, bon enfants mais aussi gracieuses à souhait, Ces ballerines, aux tutus mouchetés, poussent leurs vocalises en bel canto dans les champs clôturés, presque des salles de musique bien ventilées… Elles ne chantent pas le blues mais plutôt la bouse du quotidien laborieux ou laboureux… Ces animaux constituent les bijoux de la création, il convient donc de toujours bien les traiter ! C’est du moins ce qu’affirmait le Père Noé qui les aimait vachement beaucoup ! Il leur avait s’ailleurs octroyé une place de choix dans son emblématique arche ! Qui n’était pas une Nef des fous ! Loin s’en faut…Et d’ailleurs, un paradis sans ces bestiaux n’aurait aucun attrait tant qu’elles respirent la paix, la sérénité et une forme de zénitude dans un monde de turbulences et de secousses.

Quant à regarder passer les trains, ce sont des images d’Epinal, des clichés et des raccourcis en forme de queue de vache. Elles s’en battent le râble, des tortillards ou des trains à grande vitesse qui glissent sur la ligne d’horizon !

Elles prennent le temps comme il vient, c’est-à-dire lentement. 

Leur lait terminera toujours dans un seau, à la traite du soir à la ferme, qu’on se le dise. C’est leur voie lactée…

Si c’n’est pas de la philosophie, ça…

                                                                © Laurent BAYART

                                                                            30 mai 2021

LIVRE / LA FAMILLE MARTIN OU LA VIE EST (DECIDEMENT) BIEN UN ROMAN…

          Titre on ne peut plus banal, voire anodin, le dernier livre de David Foenkinos, intitulé La famille Martin, constitue un exercice littéraire intéressant et indéniablement passionnant : à savoir (dé)montrer que chaque existence humaine se révèle faire partie du domaine du romanesque. Ainsi, le narrateur/littérateur se prend au jeu du hasard inspiré : Tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre.

J’avais peur de m’emparer du réel, et qu’on l’estime moins crédible que la fiction…

Et voilà la trame du livre toute trouvée…Ainsi, aborde-t-il une vieille dame du nom de Madeleine Tricot, âgée de 80 ans et qui a travaillé dans la mode, chez Karl Lagerfeld, mariée mais pourtant restée éprise d’un homme, dans sa jeunesse, dont le souvenir ne s’étiolera jamais et souffrant de la… maladie d’Alzheimer ! Une épine plantée dans son cœur, et l’on comprendra le pourquoi de cet amour situé dans l’impasse… Une destinée à creuser et le soufflet de l’accordéon de l’imaginaire se tend jusqu’à s’enrichir des personnages de la famille Martin, tel un jeu des Sept familles, à savoir les deux filles (en bisbilles !), les petits enfants et le gendre qui se fait virer de sa boîte par un patron despote, non sans se faire justice lui-même en faisant cramer les rideaux du bureau de son boss ! La vie se fait littérature.

Voilà l’écrivain devenu secrétaire particulier, shaman et facilitateur de rencontres, un peu comme dans Retour vers le futur, et à l’instar de Marty McFly, le héros, il va chambouler la destinée de tout un chacun. 

L’écrivain pioche et triture dans cette dramaturgie familiale, nous confirmant au passage qu’il n’y a aucune vie banale et que tout est propice à l’imaginaire et à l’épopée. 

En même temps, le calque de sa propre existence et ses amours se colleront à cette liturgie créative.

Livre passionnant qui nous entraîne dans la banalité de chaque existence, qu’il suffit d’ouvrir pour y déceler la perle qui en fait l’historiographie, comme un improbable rendez-vous dans un agenda imaginaire.

                                                                   © Laurent BAYART

La famille Martin, roman, de David Foenkinos, Editions Gallimard, 2020.

LE RACING, UNE SAISON DE OUF OU LAUREY NE FUT PAS TOUJOURS HARDI…

         Jusqu’au bout du suspens, cette curieuse saison sans spectateurs (les gradins devenant gredins) nous a fait palpiter comme jamais ! Un scénario à la Hitchcock pour une dernière journée de championnat totalement atypique où en général les scores des matches sont pléthoriques. Et bien, cette année, on « s’est arraché » jusqu’à la dernière minute ! Et au final, les milliardaires du ballon ont mordu la poussière (du riche désert quatar), laissant les « gens du Nord » emporter la mise ! Certains diront qu’ils avaient tout simplement « la frite ! ». On nous a régalés ou plutôt réGaltier ! Quel magnifique et palpitant feuilleton où le suspens se trouvait à tous les étages, même si ce fut bien compliqué, en mode pandémie…

Et, en bas de tableau, beaucoup plus bas, une demi-douzaine d’équipes jouait pour garder leur place en ligue 1 qu’on appelle aujourd’hui Uber eats…(On aura échappé au nom d’une marque de pizza !). Et, hélas, encore une fois, notre équipe fétiche du Racing Club de Strasbourg a essayé d’éviter la relégation…Un peu lassant, peut-être, ce sempiternel manque d’ambition d’un club dont on attend beaucoup mieux ! Comme il est parfois annoté sur les bulletins de note des élèves, en fin d’année scolaire. Un duo d’attaquant Ajorque/Diallo qui a pété le feu (25 buts à eux deux), deux gardiens au top, avec le numéro 3 Kawashima qui a souvent sauvé la baraque ! Et un entraineur, un peu poussif qui a fait des merveilles, les saisons passées, avec souvent un bon « coaching » et de l’inspiration, mais qui est peut-être resté une saison de trop ? Laurey pas dû continuer ?

Ouf, saison terminée, on rempile dans l’élite, et comme dirait le grand Corneille (footballeur bien connu !) : A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Bon, on n’a rien gagné mais – en revanche – on a dansé sur le fil d’un rasoir. Et si Strasbourg se prenait pour Lille, l’an prochain ? Après tout, on peut bien rêver, non ? 

Il suffirait de mettre le « bleu » de chauffe dans une Meinau remplie comme un chaudron…de potion magique !

                                                                   © Laurent BAYART 

                                                                             24 mai 2021

BILLET D’HUMEUR / ACTE 171 / LES CONFINES FILENT EN TERRASSE OU SEIGNEUR METEO QUANDO DIT QU’IL FAIT BEAU…

          Avant hier et hier, tout un chacun s’est précipité « en » terrasse, comme dans une grande échappée de liberté. Nous voilà retrouvés en mode « extérieur/jour », après les diverses saisons et autres soubresauts des confinements multiples et couvre-feux. Un parfum de liberté a flotté même si nous fûmes (la moquette !) encore –parfois – affublés de masques et protégés par les inévitables gestes barrières. Menu à la carte et bières en goguette sur la table ronde en habits et napperons de fête. Cela nous change des cocktails en gel hydro-alcooliques ! Hic. 

Retour à la « vie d’avant » le corona séisme et ses prouts délétères. Mais, hélas, le soleil était quelque peu grippé, les nuages et ses lutins en gouttelettes de pluies ont dansé le rock ‘n roll sur nos têtes et les parasols dressés en farandole…Ainsi, quelques grenouilles se sont invitées à l’ivresse de se retrouver entre amis ! Qu’importe, nous avions la sensation de sortir enfin de notre bocal…

Et tant pis, si le ticket de l’addition était quelque peu mouillé. Intempéries obligent. Ce premier jour « en » terrasse représentait une bulle d’oxygène expulsée d’une bouteille de champagne…

Le bouchon en liège s’est propulsé vers le ciel comme une capsule spatiale de bonne humeur !

Le soleil –délivré de sa gangue de nimbostratus- en croasse encore de bonheur…

                                                                            © Laurent BAYART

                                                                                 21 mai 2021

LIVRE / BAUDELAIRE EN ROCK STAR OU CRENOM DE TEULE !

         Les récits et autres biographies revisités de l’écrivain Jean Teulé sont souvent des pièces sulfureuses, vitriolées où l’auteur gambade et folâtre dans la réécriture de vies tumultueuses, atypiques mais toujours passionnantes. 

Voilà qu’il nous entraine dans celle de Charles Baudelaire où, loin des chemins tout tracés des musées de la Pléiade, l’histrion des lettres nous fait côtoyer l’auteur des Fleurs du mal qui était détestable, drogué jusqu’à la moelle et dandy halluciné…Vagabondage déjanté dans ce dix-neuvième siècle où l’on s’approche des artistes emblématiques de l’époque : Nadar, les frères Goncourt, Courbet, Daumier, Théophile Gautier…Un véritable cabinet des curiosités dans lequel on déambule dans le fourmillement de cette œuvre qui se « fabrique » sous nos yeux. Rapports compliqués entre le beau-père, chef de bataillon, Jacques Aupick, et une mère aimante et possessive qu’il prenait souvent pour un distributeur de billets… 

Tango mortifère entre alcool, drogue et syphilis avec cette passion volcanique pour Jeanne Duval, mulâtresse dévorée –elle aussi – par la lèpre de la maladie d’amour…Le poète expliquant les intentions des Fleurs du mal, comme une explosion de gaz chez un vitrier ! Voilà qui est (bien) dit…Il aura – néanmoins- le soutien indéfectible de son éditeur Auguste Poulet-Malassis qui le fera entrer dans la postérité, ainsi que les éloges du grand Victor Hugo, excusez du peu !

L’ouvrage Crénom, Baudelaire ! est truffé d’extraits de l’œuvre où l’un des personnages de s’étonner : Un si beau poème d’amour pur a-t-il pu naître dans un bordel ? 

Tatillon et maniaque à l’extrême, il rendra fou (furieux) les correcteurs de l’imprimerie avec ses biffures extravagantes, voulant même redresse le de l’italique ou la valse des virgules inappropriées : Ce n’est que par un soin appliqué, minutieux, opiniâtre, qu’on arrive à donner aux œuvres une valeur définitive ! Dont acte. 

Jean Teulé, comme un témoin, observateur privilégié, a tenu le rôle de journalier du verbe en mettant le lecteur dans les pas (brinquebalants)  et, ô combien pimentés, de Charles Baudelaire.

                                                                © Laurent BAYART

* Crénom, Baudelaire ! de Jean Teulé, éditions Mialet-Barrault, 2020.

PABLO, MON CHAT, SUR LE QUAI DES GRANDS DEPARTS…

         Je sens qu’il est bientôt l’heure de nous quitter. Pablo, mon chat que j’ai tant aimé, prépare ses bagages pour le Grand Voyage, celui dont on ne revient pas…Depuis plusieurs jours et heures, je me fais doucement (cruellement) à l’idée de ton absence. Pablo, mon chat qui a posé ses apaisantes vibrisses et ses ronrons sur nos existences, en égayant nos vies et en nous offrant la chaleur de nos rendez-vous quotidiens. La vie est décidément impitoyable qui nous oblige à partir, à s’en aller pour des ailleurs dont nous n’avons pas idée. Nous éloigner, êtres humains et animaux, de ceux que nous aimons tant…Mon âme est triste, Pablo. Demain, quand tu auras pris la poudre d’escampette, je te verrai, te devinerai encore, en train de me suivre, compagnon fidèle, ami d’au-delà des mots et des apparences. Mon frère à quatre pattes. Tant de connivences et de moments partagés. J’avais 48 ans quand tu es arrivé dans notre petite famille !

Pablo, je t’aimais. Je t’aime toujours mon chat.

Certainement, demain, tu seras notre ange-gardien en coussinet qui veillera sur nous et nos destinées. L’amour est une éternité qui nous remplit de sa grâce.

Et je sais, que tu me suivras, félin de l’invisible pour me réclamer cette caresse qui scelle la tendresse des départs contraints.

Que Dieu, qui aime toutes les créatures, te protège à jamais! Et, demain, se retrouver, comme si de rien n’était.

Pablo…si près, si loin déjà.  Le point final est comme une larme/gouttelette que l’on laisse à la fin d’une phrase sur la feuille fine et blanche d’un mouchoir. Synonyme de partance…

Adieu Pablo.

                                                 © Laurent BAYART

BILLET D’HUMEUR / ACTE 170 / CAMILLE A UN AIR DE FETE SUR LA TETE !

         Telle une princesse aux cheveux d’herbes folles, Camille chante le vagabondage du printemps dans sa chevelure, à l’image d’un champ qui danse de la bossa nova avec les alizés. Epis en goguette et fleurs sauvages qui gazouillent le printemps sur sa toison de petite amazone. La vie est si belle dans le chahut et la turbulence des instants enchantés ! Camille, petite fée électrique aime dessiner sur des bouts de papier abandonnés à la discrétion de son imaginaire. Artiste déjà au bout de ses doigts-fougères ? Ses traits de couleurs sur la feuille blanche comme une chevelure en palette qui esquisse des arabesques en touffes de friselis et de bouclettes. Tu lutines en feu follet et rends nos vies plus belles et légères, en  t’envolant tel un papillon, se posant sur un pétale de pâquerette ou le rubis rouge d’un coquelicot.

La caresse d’un peigne serait une offense à ton désir de liberté…capillaire. Et la tondeuse moissonneuse batteuse de ses couperets/ciseaux, une folle hérésie !

– Cheveu m’amuser avec l’air qui joue de la musique sur ma caboche ! Nous scande notre petite fille…

Camille a un air de fête sur la tête !

                                                                               © Laurent BAYART

                                                                                     11 mai 2021

LIVRE / LOO HUI PHANG OU L’ŒIL DU PHOTOGRAPHE QUI ECRIT…L’EXIL.

          Scénariste de bande dessinée et photographe, Loo Hui Phang est née au Laos et grandi en Normandie, son livre sensuel, comme un retour aux sources, emmène le lecteur dans son pays d’origine, via Savannakhet, à l’occasion du décès de sa grand-mère Wâipo (Vietnamienne d’origine) dont on découvre la vie, au fil de ces pages.

L’Imprudence est peut-être un livre inclassable, le premier roman de cette photographe graphiste qui raconte cet exil qu’elle porte en elle dans son âme : Quand je parle en français, je mens. Et quand je pense en français, je me travestis. Ce voyage lui permet de retrouver les traces d’une vie passée et des émotions fixées dans l’album des souvenirs : Nous prenons place sur le trottoir, devant l’ancien cinéma à la façade rongée d’humidité. Tu savoures ton sa nom yen les yeux fermés et je sens un plaisir immense infuser en toi…/…Ce thé a vraiment la couleur du Mékong. On a l’impression de boire de la boue. 

Et puis, la photographe n’est pas loin : Il faut passer à autre chose, lâcha-t-il. Je frémis. Sa parole serait définitive « Maintenant, prenez les gens de face. Trouvez votre jeu de jambes ». Je répondis que je ne savais rien, que j’avais appris seule, avec un vieil appareil dont personne ne voulait. 

Voyage attachant et troublant dans ce culte de la mémoire  et «l’épaisseur du temps » qui permettent de retrouver son identité, à travers le passé et l’exil où le seul endroit sur terre dont je peux revendiquer l’appartenance est le périmètre de ma peau. C’est là, le seul, le vrai lieu qui est mien.

                                                                                Laurent BAYART

* L’Imprudence, roman de Loo Hui Phang, Actes Sud, 2019.