Cinquante et une années de mots et de passions, de phrases et de lettres qui dansent en moi dans une dactylographie de littérature effrénée.
Ivresse intense qui m’accompagne depuis si longtemps…Un temps qui passe ou plutôt file… mais l’imaginaire reste comme un talisman, un chemin de croix ou plutôt de foi qui a bâti ma destinée.
Écrire, plus qu’un verbe : une sente éclairée qui m’a emmené jusqu’à cette cathédrale imaginaire, une sorte de Compostelle où je me suis retrouvé.
Un stylo, à l’image d’un cierge que j’allume chaque jour et qui éclaire le tabernacle de ma vie.
Un ange gardien a déposé une plume à mes pieds, tel un signe ou un message sibyllin, pour m’indiquer, en un chuchotement, la route à suivre…
Je suis une gommette ; coccinelle qui se régale de cet enchantement quotidien de côtoyer mon jardin, ivresse de frondaisons et d’arbres qui enchantent mon âme. Je me nourris de cette plénitude que m’offre cette litanie et psalmodie de verdure. Je me trouve dans le bonheur de l’instant qui s’égrène lentement.
Un papillon de passage vient s’installer sur mon épaule. Est-ce un signe ? Une manière de me donner des nouvelles des airs, du vent et de l’espace ? Un merle vient se poser sur ma fourche-bêche et m’offre l’aubade de son chant.
Je suis dans l’infini du moment présent et me délecte de ces secondes d’émerveillement qui se fixent à jamais dans mon corps.
On appelle cela l’éternité, celle de la vie qui coule encore en nous à la seconde qui passe et pose une plume sur l’absolu et l’infini.
Fratrie de nos connivences suprêmes, nous sommes comme frères et sœurs, habités par l’envie d’aller enchanter le même chemin. Nos paluches se tiennent tels des garde-fous ou des mains courantes afin de nous protéger des aspérités du monde et de la vie. Nous sommes ensemble unis pour l’existence.
Qu’importe ! Nos destinées sont liées à jamais.
L’affection que l’on se voue nous emportera – pour toujours – sur les chemins de demain.
Nos mains vieilliront mais le lien entre nous ne prendra jamais de rides et ne faiblira pas.
Nous sommes des mousquetaires au service d’un seul souverain : l’amour d’être toujours fidèle à nos liens.
Solides comme le chêne dont les branches nous emmènent vers le ciel et dont les racines nous tiennent profondément ancrés dans la terre féconde qui ensemence notre quotidien.
Par terre et à califourchon, on se délecte en friandises rouges qui poussent à hauteur de loupiots. On cueille et dépose ces voluptueuses et plantureuses fraises dans nos paniers, mais on en profite aussi- au passage – pour en savourer quelques-unes en les glissant dans nos glottes et autres palais ! Pas besoin de crème chantilly pour les accommoder ! Plaisir simple et naturel…et pas besoin non plus d’assiettes et de cuillères. Que nenni !
Savoureuses fraises et bonheur de la cueillette en goguette qui fait chanter nos estomacs rassasiés. Ils sont remplis…comme nos besaces !
Fruits rouges des champs…Élysées de la gourmandise.
On repartira rassasiés !
De retour à la maison, maman préparera une tarte aux fraises ! Mais, zut! On n’aura plus faim !
….Et lorsque je regarde notre amitié, il me semble qu’elle est née il y a des milliers d’années-lumière, et non pas il y a trente ans, un dimanche de Pâques, pendant que les chrétiens célébraient cette fête en famille et que moi, étudiante amoureuse des lettres, mais surtout de la langue française, je me rendais au Rectorat de l’Université pour rencontrer un écrivain. Et avec son épouse, à qui j’ai timidement demandé une amitié épistolaire (qu’elle soit my pen friend) – la plus ancienne amie que j’aie encore aujourd’hui, ma Véronique.
Nous voici aujourd’hui dans une posture inédite, devant un texte à quatre mains, en écho ou en miroir, sans anadiploses.
Pour revenir à notre amitié que Laurent appelle « pépite d’or », moi, je la vois ici sous la forme d’une prosopopée. L’amitié est pour moi le Sel dans les mets, mais aussi le Sucre et le poivre, la coriandre, la cardamome, le romarin, le sésame, le safran ou d’autres épices, à doses différentes, comme les tons et les nuances des couleurs. Elle est le Sel de la vie, sans lequel nous ne pouvons vivre, sans lequel nous serions, comme en l’absence de musique, démunis, plus pauvres, faute de sentiment, privés du Beau, du Vécu, de l’Émotion de la vie. Celle qui fait vibrer nos âmes, qui y scintille doucement.
L’amitié est la Flamme de la vie, elle est une personne d’attachement et un objet transitionnel, qui laisse des traces indélébiles, qui compose des codes chiffrés incompréhensibles pour ceux qui lui sont étrangers.
Le temps nous prend les pieds dans son tapis roulant, volant parfois si vite aussi…A l’aune supersonique d’une vie qui passe à la vitesse de la lumière.
Un jour à l’université de Galati en Roumanie : rencontre avec une jeune étudiante qui deviendra une amie et, bien plus tard, une professeure émérite, écrivain et traductrice. Et le temps passant, faire connaissance avec son amoureux…George, devenu notre compère aussi. Le temps glisse et file si vite mais l’amitié reste comme une pépite d’or qui fait vibrer et palpiter nos cœurs.
Amis qui ont marqué nos destinées d’une pierre blanche. Que serions-nous sans le talisman de l’amitié ?
Nos existences ne seraient que des étoiles sans lumière, des nébuleuses vides comme des méduses d’océan.
L’amitié nous offre une certaine forme d’éternité, car à l’instar de l’amour, elle nous permet de demeurer toujours fixée en nous, au plus profond de notre ADN.
La main offerte en partage et la bise sur la joue, ce sont comme des étoiles que l’on fixerait à jamais dans notre âme.
Cette amitié est un soleil qui donne à notre chemin l’envie d’aller jusqu’au bout de l’horizon.
Où sont passés les voyages d’antan ? Aujourd’hui, le train à (très grande) vitesse fuse et file sur le tapis (roulant) de la campagne verdoyante où – voyageurs volages – vous n’avez plus le temps d’apercevoir les vaches devenues des gommettes tachetées, perdues dans le paysage évanescent.
Le voyage est devenu un simple déplacement. Le bourlingueur se transforme en cosmonaute terrestre qui ne côtoie plus l’espace mais le sol à ras les pâquerettes. Où est passé la malle-poste si chère à Victor Hugo qui écrivait dans la lenteur du kilomètre parcouru comme un pensum, une besogne ?
Les trains fusent de gare en gare. Le temps de s’asseoir et d’ouvrir l’éventail d’un livre que vous voilà déjà arrivés !
Les rails s’en vont à l’infini en quête du butoir d’une gare.
Et déjà, une autre destination s’affiche sur les panneaux électroniques.
Le livre se referme, l’ordinateur aussi et déjà, le paysage change d’adresse.
Les oiseaux prennent la poudre d’escampette en jouant avec les vents et autres courants d’air de leurs ailes qui sont devenues des voiles de bateau. Le ciel propose son ivresse d’azur afin de nous faire voyager au gré des alizés.
Oiseaux vous êtes les anges gardiens des cieux, sans votre présence, les nuages ne seraient que de tristes moulins cherchant leur Don Quichotte ailé. Le monde a besoin de ces gens de plumes qui émerveillent le firmament. Comme les étoiles du cosmos, vous venez apporter votre lumière et la grâce de vos ballets aériens.
Moi, j’aime vous regarder et lever ma tête vers vous. Un seul vol au-dessus de ma tête remplit mon cœur de plénitude.
Voilà que dame Bécassine, tel un phare de lumière, illumine mon jardin potager de sa présence en rouge et noir, comme le chantait Jeanne Mas…
Elle tend ses bras comme pour une mirifique cueillette magique, pêche miraculeuse de légumes bien vitaminés, élevés à l’air pur et frais d’un ciel en goguette, avec l’arrosoir naturel des nuages.
Bonheur d’être accompagné par cette donzelle qui n’épouvante vraiment personne et certainement pas les quelques étourneaux, corneilles, merles et autres tourterelles qui vadrouillent et baguenaudent dans ce territoire de verdure où la sérénité se décline en vert…mais pas contre tous !
Bécassine constitue une douce présence qui m’offre une certaine forme de plénitude et de sérénité. Le monde se révèle si beau et apaisant lorsque ces phares habillés de tissus viennent se fixer dans l’harmonie de cette verdure.
Les épouvantails sont les anges gardiens de nos jardins.
Le mois de mai surgit et l’on entend tintinnabuler les petites clochettes du muguet des forêts, sonnettes naturelles qui klaxonnent pour nous avertir du bonheur qui va arriver ? En ce jour, qui fête le travail, sous les pavés, trouve-t-on la plage (horaire) ? Ou plutôt le printemps et des bouquets de fleurs sauvages ! Ivresse de courir la prétentaine, fleur au fusil.
En mai, bon sang, fais ce qu’il te plaît !
Demain est un autre jour. Celui de la rose, du coquelicot, de la primevère, de l’hortensia ou de la marguerite, allez donc savoir !
A chaque jour, sa fleur et aujourd’hui, il y a un petit brin de muguet déposé dans l’éphéméride.