Que restera-t-il de ces instants ballotés au fil de nos pérégrinations dans l’instant ? Que restera-t-il de ces mélopées qui scandent leur liturgie d’espérance en nos vies balancées par les tempêtes ? Ivresse de croire encore en l’ineffable, à lever la tête vers le ciel, en espérant la manne d’une folle espérance ? Coquilles de noix balancées par les vents d’autan…en emporte le temps ! Nous sommes des naufragés à nous agripper désespérément sur un frêle esquif !
L’océan, comme le cosmos, nous gobera de toute manière un jour ou l’autre.
Les étoiles nous emporteront avec elles en un rêve d’infini.
Et Dieu, comme un noyer, nous fera monter tout en haut des cimes pour caresser les étoiles et offrir un baiser à la lune, où Pierrot y est toujours solidement accroché…
Je porte en mon cœur la nostalgie, saudade* comme disent les Brésiliens, de nos marchés de Noël d’antan. Celui de Strasbourg, qu’on appelait alors le Le Christkindelsmärik, ou « marché de l’enfant Jésus » …
Uniformisation oblige et crainte de références trop religieuses, on le nomme plus prosaïquement aujourd’hui le marché de Noël…Réduit à un attribut commercial, en classe affaires. Business (des)oblige… Les pères Noël de notre enfance, qui nous accueillaient à l’entrée, ont disparu. On craindrait trop qu’ils prennent les enfants sur leurs genoux…et qu’ils soient pris pour des satyres en manteaux rouges ! Ces vieillards à la longue barbe blanche termineraient en menottes pour s’intéresser trop aux petites quenottes ! hohoho… Tristesse de ce monde où l’Intelligence Artificielle se met à prendre les commandes de cette société de consommation. Mais où se trouve donc l’intelligence du cœur et la beauté de l’âme ? Alexa, reprends-toi, ils sont devenus fous !
J’ai la nostalgie de ces odeurs qui viennent de l’enfance et de ces lumières scintillantes qui nous poussaient toujours vers le haut. Odeur de gaufres, de pommes d’amour, de noisettes et de marrons grillés…
J’ai mal à mon enfance et voudrais retrouver ces moments de magie et de grâce qui embellissaient nos vies, en y posant la douce folie de croire encore en l’essentiel.
Pour ma part, je reste un enfant qui attend la venue du Magicien en manteau rouge pour mettre une pincée d’étoiles dans nos yeux émerveillés !
Le temps nous file entre les doigts mais lorsqu’il est fertile et fécond, on ne le voit plus passer…Alors, continuer coûte que coûte car on n’a plus guère le choix…Je suis désormais bien trop loin de mon port d’attache, alors il faut poursuivre ma folle odyssée ! Poser mes mots sur les feuillets et partir à l’aventure de moi-même et des autres. Ecrire, comme continuer à marcher sur un sentier dont on ne connaît pas la destination. Qu’importe le chemin, pourvu qu’il mène à un autel…ai-je entendu, un jour, dans un film indien. Ecrire, tel un orpailleur qui trouverait des pépites dans la glaise et la terre du quotidien.
Si j’avais eu, un instant, la moindre idée de ce chemin qui allait m’enchanter quand j’ai commencé à écrire à dix-huit ans !
Le temps nous file entre les doigts, mais le sable qui s’écoule recèle quelques pépites qui illuminent nos existences.
Écrivain, à l’instar d’un chercheur d’or.
Ma vie est une lumière qui brille en continuant d’écrire, chaque jour encore et toujours.
Entre temps, mes cheveux ont blanchi mais il y a des paillettes et de la poudre d’or dans leurs racines…
Mon jardin a endossé son duvet en habit de foin, dissimulant son épiderme brun, comme une jolie fille cacherait sa douce peau d’ondine derrière le rideau d’un affriolant caraco. Dentelle de la terre qui se pâme de beauté. Elle se prépare doucement pour l’hiver et rêve déjà d’un printemps fécond pour y faire danser légumes et fruits.
Quelques rouges-gorges, pinsons ou mésanges volent au-dessus de ce territoire qui sommeille chaleureusement.
Anges-gardiens ailés qui veillent au repos de la terre.
Plus loin, le jardinier hiberne lui-aussi. Ses bottes sommeillent dans la cabane et rêvent de futures odyssées potagères.
Le jardin est en mode pause et ronronne tel un chat qui dort paisiblement sur le duvet d’un lit…
C’est tous les jours Noël quand on écrit avec la jubilation d’avancer et de (se) découvrir chaque jour un peu plus. Bonheur de semer quelques coquillages et cerfs-volants, dans le ciel et la terre, telles des pépites de jubilation, en son existence.
Le temps passe et file mais l’essentiel étant qu’il reste fertile et fécond ! J’aime ces instants qui embellissent mon âme et l’installent déjà dans une sorte de nirvana qui ne dit pas son nom.
Je suis une cédille, un papillon, un instant qui s’installe dans l’éternité.
Ecrire, c’est poser des cailloux sur son passage, mais sans jamais revenir en arrière, sans jamais se retourner.
Parti, en quête d’océan, voici cinquante ans, il m’est désormais impossible de revenir en arrière.
Les vagues ont refermé ma route et ont posé leur nappe bleue immaculée, comme si aucun esquif n’était jamais passé.
Un goéland ou une mouette vole au-dessus de moi, comme un ange-gardien.
Voici déjà quelques mois, ami Alain, que tu as pris la poudre d’escampette en laissant ton appareil photo pour t’en aller voyager sur le tapis volant d’une étoile. C’était l’un des derniers jours de mai de cette année…Le temps passe et file mais pour toi, il s’est fixé à jamais dans l’infini. Parti sans laisser d’adresse, peut-être pour un Périgord plein de novae et d’astres lumineux ? Qui sait ? Nous ne savons rien des rendez-vous qui nous attendent de l’autre côté du miroir ? Peut-être as-tu rencontré, là-bas, ce Magicien en manteau rouge dont tu m’avais offert cette si belle couverture de livre, afin d’émerveiller encore les plus grands et enchanter les plus petits ?
Nous sommes des passagers qui ne connaissons rien de notre destination.
Nous nous contentons simplement de faire confiance au pilote, ce Magicien qui nous ouvre la route du cosmos et pousse l’immense rideau blanc de l’éternité…
Ivresse d’une bulle de lumière dans une échappée de livres qui sont comme des feuilles et feuillets accrochés aux branches d’un arbre. La bibliothèque est une respiration de l’âme qui nourrit notre besoin d’évasion et de découvertes. Baguenauder, entre les allées et les rayonnages, pour aller « piocher » un ouvrage qui n’est autre qu’un papillon ne demandant qu’à s’envoler à votre passage. Prendre les airs et s’accrocher, en cerfs-volants, aux cimaises du ciel, ses ailes en pages imprimées racontant mille histoires…
La bibliothécaire se transforme en aiguilleur du ciel…
Lecteur/voyageur dont le seul passeport constitue sa curiosité et sa passion, de partir à l’aventure de la lecture.
La bibliothèque devient un vaste aéroport où les mots et les livres sont des avions qui s’en vont vers des destinations exotiques.
Lire, c’est un peu comme devenir globe-trotter et faire palpiter les méridiens.
Puis, revenir de ses pérégrinations en passant par la douane de la banque de prêt…
Parti, voici désormais deux ans, Albert Strickler continue de nous chuchoter à l’oreille et de parler de son émerveillement qui se poursuit de l’autre côté du miroir.
Ainsi, vient de paraître son nouvel opus de poésie, voix éteinte mais si présente. Il nous répète, inlassable arpenteur des sublimes territoires de l’absolu : Qu’il faut/Le labyrinthe qui mène/Quelque part à la Présence.Gageons qu’il a trouvé cette pépite qui illumine son âme, telle la Vierge Marie dont il me parlait souvent dans ses missives matutinales en forme de courriels…
Cet ouvrage sera officiellement disponible lors du festival du livre de Colmar Fdl Colmar où les Éditions du Tourneciel auront un stand (Hall 3 /331) les 22 et 23 novembre prochains. A noter, la superbe couverture d’Olivier Klencklen.
Elle est le miroir du dehors, de l’outre paysage qui sollicite en moi la folle envie de prendre le large, la poudre d’escampette…
La fenêtre m’offre la lumière des étoiles et l’astre du soleil. Parfois, un papillon vient illuminer l’encadrement en esquissant des arabesques autour des croisées. Parfois, aussi un merle ou une pie vient jouer une partition aérienne autour de cette lucarne qui devient magique…
Les vitres sont mes écrans de téléviseur sur lesquelles le monde s’affiche et me propose la magnificence de ses programmes.
J’observe avec émerveillement le tableau du paysage. Dès fois, aussi, j’aperçois le flûteau d’un avion qui passe dans le ciel en laissant la trace de sa partition.
Et parfois, aussi, le chat pose sont séant soyeux sur le rebord et m’accompagne, complice de connivence, dans cette muette contemplation.
Regarder, c’est un peu s’adonner à la prière avec le bréviaire de ses yeux.
Edgar Morin, sociologue et philosophe, continue d’être le témoin vigilant et attentif d’un monde qui se délite. A cent-quatre ans, il nous apprend, avec son nouveau livre, que les destructeurs peuvent être aussi de grands civilisateurs, que les mythes influent puissamment sur le réel, qu’un seul individu peut parfois changer le cours de l’histoire…
En seize « leçons », ce sage éclairé nous revisite l’histoire et la généalogie de la barbarie et des guerres, entre le passé, l’histoire immédiate et le présent qui fait grincer nos existences. Et Morin de rappeler judicieusement, au vue de ce qui se déroule actuellement au Proche-Orient : Une autre leçon à tirer de cette histoire est qu’il ne suffit pas d’avoir été persécuté pour ne pas devenir persécuteur. Et plus loin, de rajouter, comme une évidence que la rationalité des sciences et des techniques est amplement mise au service des guerres.
Et l’écrivain de rappeler que L’invasion de la Gaule par Rome a créé une entité gallo-romaine elle-même transformée par l’invasion des Francs puis la formation, à partir d’un petit royaume capétien, d’une nouvelle civilisation qui sera celle de la France.
Voici un petit livre qui nous rafraîchit la mémoire en essayant de « tirer » quelques leçons de l’histoire où Rien n’est plus humain et plus inhumain que la guerre.
Plus loin, en forme de conclusion, pas vraiment rassurante, Edgar Morin rajoute : …une élite technocratique californienne a ressuscité puis mondialisé une croyance en le progrès fondée sur les succès des sciences. Cette idéologie promet à la fois l’immortalité, une société parfaite régulée par l’intelligence artificielle…