Archives de catégorie : Blog-Notes

BILLET D’HUMEUR / ACTE 110 / LE MONDE DISTANT DE NOS BAISERS PERDUS ET AUTRES EFFLEUREMENTS.

         Ce fichu virus aura finalement gagné la partie ! Même si, au jour d’aujourd’hui, tout semble s’être apaisé et calmé, cette ivraie et autre chiendent de coronavirus auront réussi à détruire – d’une certaine manière – une forme de vie sociale et la chaleur de nos rapports humains, en mettant de la distance à nos existences. Non contente d’avoir décimé de nombreuses vies humaines, cette pandémie a éloigné nos baisers si tendres et chaleureux de nos joues, banni ces poignées de mains qui faisaient palpiter nos âmes de la joie des rencontres et autres retrouvailles, jeté aux orties ces bourrades et attentions charnelles que nous nous adressions en guise de fraternité et d’affection, sans cesse renouvelées. Toutes ces tendresses qui constituaient les ivresses  et l’ambroisie de nos cœurs. 

Ce virus a masqué les visages, ôté toutes expressions et tous sourires. Dérobé les jolis minois, enlevé les rictus et autres grimaces. Même les rires sont devenus aveugles. Echappés de ce qui faisait la partition de nos sentiments. Nous voilà tous dissimulés derrière un rideau de tissu, cagoulé à moitié, tel des bandits de grands chemins.

Et ces vieilles personnes qui ne reçoivent plus l’aubade d’une visite, la caresse d’une main bienveillante et attentive sur leurs bras ou leurs figures. Leurs rides se creusent encore plus de cette solitude qui les éloigne et les sépare de leurs enfants et petits enfants.

Où est-elle donc passée cette humanité, bousculée par la perversité de ce virus venu du chaos de l’invisible et de l’infinitésimal ?

Voici venu le temps des mondes distants de nos baisers perdus et autres effleurements. 

Ces bisous et autres manifestations d’affection qui manquent à jamais au grand boulier de nos existences. 

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                                5 juin 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 109 / CAMILLE COMME UNE CHANSON D’HENRI DES.

(magnifique) photo de Marie Bayart

Camille, chaque fois que je te vois, j’entends Jules, ton frérot chantonner la merveilleuse et si tendre chanson d’Henri Dès : « Ma petite sœur est jolie ». Sais-tu que son nom, c’est Camille ? C-A, ca, M-I, mille/ elle a trois cheveux sur la tête et pas une dent/ on dirait une pâquerette avec un ruban…Impétueux torrent, rivière qui déborde d’énergie et ratisse ses berges, ruisseau qui gigote et frétille dans la nervosité de l’instant et l’intensité de ses gestes en bouquet de mouvements…Et, pourtant, petite fée électrique, scotchée sur ta feuille de papier, tu t’appliques – méticuleusement – à mettre de la couleur dans les traits des dessins comme si tu voulais ré-enchanter le monde de demain…Déjà petite élève appliquée qui joue à faire ses classes avec les crayons magiques du dessin. Tu apprends ainsi à mesurer le temps et à canaliser ton inépuisable énergie de petite fille. Pâquerette d’Henri Dès qui illumine les jours de ceux qui te suivent et te regardent. Elle a deux petites menottes/ Ainsi-si font-font/ Gigoti, elles gigotent/ Comme des poissons…

Peut-être que toi aussi, Camille, demain tu écriras des chansons, des textes et des poèmes, tu peindras et dessineras, offriras quelques étoiles à ceux qui n’ont plus rien dans leur cosmos. Balanceras de la lumière sur la noirceur, en cécité de papiers trop sombres pour offrir quelque espoir aux êtres humains en mal d’espérance.

Et, comme Henri Dès, tu poseras délicatement le velours de la tendresse sur la barbarie du monde. Les doigts sur les cordes d’une guitare ? Sais-tu que son nom, c’est Camille ? chantera Jules qui veillera sur sa petite sœur, comme le bon lait sous la flamme qui chante.

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                       31 mai 2020

LIVRE / UNE JOYEUSE HALTE (EN JAUNE !) DANS UNE PETITE CHAUME VOSGIENNE…

          On pourrait presque intituler ce livre de forme atypique, huis clos dans une petite chaume, l’auteur Grégoire Gauchet, que je ne connaissais pas, nous entraîne dans une folle virée abracadabrantesque dans un coin paumé des Vosges, avec trois « quarantenaires » vététistes, poussant la chanson de leur pédalier et se livrant –sans réserve – à un retour sur expérience de vie commune pas piqué des vers ! L’écrivain ayant déjà commis un certain nombre de polars dont on retrouve – par moments – la dramaturgique trame…

Une joyeuseté littéraire et sportive dans laquelle nos gais lurons et larrons deviseront de l’amour et aussi du… désamour avec, en  toile de fond, les fantômes de Marco Pantani et du moins connu  René Pottier, le premier héros du Grand Ballon aux temps héroïques de la Grande Boucle. Nos trois bonshommes (dont l’un est journaliste sportif !) nous régalent avec leurs dialogues truculents et philosophiques en mode petite reine : L’amour, c’est comme la descente à vélo, ça ne dure jamais toujours…Et leurs procrastinations de continuer allègrement, à la manière du grand Hugo : On se trompe, vieillir, ce n’est pas aller vers l’automne, c’est espérer un nouveau printemps…

Nos amis, pourtant dûment bagués, souhaiteront avec foi et dévotion la venue de randonneuses suédoises, venant réclamer gîte et couvert ! Miracle qui surviendra mais à leur risque et péril ! Forcément, puisque leurs épouses arriveront –elles aussi -aussi (faut pas rêver !), comme de furibondes statues de commandeurs.  La bicyclette « Icare sur des roulettes » se terminera, tout comme leur virée, en mode Mike Tyson et Cassius Clay dans un cabanon transformé en ring…

Voilà un livre marrant et bien revigorant, truffé de mots d’esprit et de philosophie qui nous régale d’une goinfrerie de bonne humeur.

                                                           Copyright : Laurent BAYART

Le Maillot jaune flotte sur la Petite Chaume »,roman, de Grégoire Gauchet, Le Verger Editeur, 2014.

BILLET D’HUMEUR / ACTE 108/ L’APPEL DE LA FORET OU LA JUBILATION DE L’IVRESSE VEGETALE.

Photo de Marie Bayart

                                                      A Jules, Alphonse et Camille,

          A vous de jouer, désormais, les enfants puisque, adultes, nous avons lamentablement échoués à respecter le monde végétal et tout ce qui nous entoure. Nous n’avons pas compris que ce décor – tout en verdure – fait partie intégrante de notre corps d’être humain. Même particule, même molécule, même globule, même tissu… de cet infiniment grand et infiniment petit qui se rejoignent pour ne former qu’un même corps, celui de notre planète. Nous avons oublié que les arbres sont les artères grandiloquentes et majestueuses de nos vies d’où s’écoule la semence de l’essentiel qui constitue l’essence même de nos instants. Oxygène en chlorophylle qui égaie nos poumons et nous enivre de cette jubilation de liberté et de cette soif d’aller jusqu’à demain. 

Vous filez, les petits, sur la sente qui mène vers des jours verdoyants et prenez votre envol à l’horizontal, moinillons qui portent nos espérances en bouquets de fougères, de jacinthes et de jonquilles.

N’écoutez que votre allégresse à vivre heureux dans un monde apaisé et réconcilié. Soyez sourds à l’incantation des urubus et autres oiseaux de mauvais augures.

Vous êtes vous-mêmes le chemin et l’exemple qu’il nous faudra désormais suivre pour être dignes de votre confiance.

Et nous mettrons, ensemble, des majuscules à nos rêves de monde meilleur car nous n’avons que l’espérance comme unique choix et horizon.

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                                21 mai 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 107 / L’HOMME NEW VEAU EST Né OU SALE TEMPS DE COCHON !

Après ce cauchemar science-fictionneste de cette pandémie qui s’est propagée comme une trainée de poudre sur la planète, et ces épisodes affligeants comico-dramatico-burlesques de nos contemporains, écumant les allées des supermarchés, avec leurs caddies abondamment approvisionnés en montagnes de p.q., ou ceux qui se ruaient vers les soupes en sachet à l’hydroxychloroquine, très en vogue,  on s’est dit qu’il serait (largement) temps de ré-inventer le monde et de le ré-enchanter un chouia ! Y mettre enfin un zest de poésie ! Bref, nous élever, nous faire prendre de la hauteur et nous faire rêver un peu…

Et puis, on pensait que les « incivilités » (quel terme élégant pour identifier l’imbécilité !) de nos contemporains allaient se tasser devant l’utopie de l’essentiel et le sens retrouvé de nos existences, et puis, pfutt….le monde d’aujourd’hui, déconfiné/ déconfit, s’est mis à rassembler  pathétiquement à celui d’hier. Les autoroutes à nouveau bourrées comme des colliers de perles hydrocarburées autour de nos cous, à nous asphyxier, nous plomber les bronches…Et puis, nos techniciens de surface n’en finissant plus de balayer et de ramasser (avec des gants) les masques chirurgicaux et autres que nos contemporains abandonnent à la discrétion des trottoirs et du macadam….L’homme nouveau serait-il né ? Apparemment, il continue allègrement à souiller tout ce qu’il touche…En mode erectus détritus.

Fini, les embrassades énamourées, les bourrades fraternelles, les poignées de mains chaleureuses, il faudra désormais se résigner à vivre masqués, en attendant que toute cette agitation se calme. Sale temps pour la convivialité et les rapprochements humains. Ce fichu virus a phagocyté l’humanisme des échanges et inventé des « gestes barrières », sinon en mode barbelés et palissades, mais il ne s’agit pas ici d’une… lapalissade ! 

Et surtout, ne vous avisez pas à éternuer en public, mal vous en prendrait ! Vous seriez menacé de bannissement dans une libraire désaffectée ! (Sinon désinfectée !).

Voici venir le temps des cochons. Nous voilà devenus des têtes de lard, cachés sous nos rideaux de tissu. Et si tout cela se terminait finalementen queue de poisson, euh, pardon, je voulais dire en tire-bouchon…L’expédition étant en porc compris ! Le cachet de la poste faisant évidemment foie de génisse.

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                          20 mai 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 106 / LE TEMPS DU VELO OU LA CHAMBRE PREND L’AIR !

         On l’a constaté durant ces semaines de « confinement », jamais le ciel ne fut aussi dégagé, les autoroutes muettes ont rendu l’oxygène doux comme…l’air ! La nature ayant repris ses droits sur l’omnipotent roi de la création, pollueur en série, prince du réchauffement dit climatique. Dehors, on n’arrêtait plus d’entendre le concerto mélodieux en flûtes à bec des oiseaux ! Bref, l’hurluberlu qui a mis le monde sens dessus, sens dessous s’est retrouvé entre quatre murs « encagé »…pour le plus grand bien de l’humanité. Qui l’eut cru ? 

Et dans ce marasme ambiant, on a redécouvert les bienfaits de celle qu’on appelle la Petite Reine, autrement dit la bicyclette qui pourrait (mais on le savait déjà !) être la solution à tous nos maux ! Transport écologique, sport et santé, rencontres humaines et sens de la découverte, en mode « lecture du paysage » comme on dit, et donc acteur et non plus spectateur furax, fiché dans l’habitacle de sa bagnole à insulter tout le monde et faire des doigts d’honneur à son contemporain. La planète sera plus belle (et pas poubelle !) en chambre à air ! On le savait. Maintenant, on en a définitivement la confirmation. Mieux vaut couler quelques minces bandes de goudron, dans le paysage, qu’on appelle des pistes cyclables, que de grands et larges tapis qui balaient, malaxent et écrabouillent arbres et champs sous son mascara noir.

L’être humain devenant un erectus bicyclotus. Assis sur sa selle, il ne sera plus un simple erectus en mode debout ou plutôt garde-boue…mais, de manière assise comme le bon vieux Saint-François ! Tiens, justement, celui qui parlait aux oiseaux… Le vélo comme on l’aime, c’est à dire l’anagramme de love…

Oui, voici venu le temps de la vélorution. Le monde sera plus beau et bon en chambre à air. La planète gonflée à bloc comme un pneu qui aurait pris un bon coup de pompe ou plutôt de bar !

                                                          Copyright : Laurent BAYART

                                                                                15 mai 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 105 / VOICI VENU LE TEMPS DES MASQUES…

         L’année 2020 sera, d’ores et déjà, placée sous le signe de ce fichu virus qui a définitivement plombé l’ambiance planétaire, mettant le mot « confinement » à la page et le masque tout azimut dans la panoplie des indispensables appendices, sésames protecteurs, afin de pouvoir se déplacer en toute sécurité (sociale ?). Qui l’aurait  cru ? Comme le disait, hier, à mon épouse (masquée) le boucher derrière son abri en plexiglass : – Trop drôle, y’a pas si longtemps, on demandait aux gens de ne pas avoir le visage couvert, afin qu’ils puissent être reconnus, et maintenant patatras, c’est tout le contraire ! Bon, ce n’est pas le même cas de…figure dirais-je, revêtant la toge noire de l’avocat du diable ! Les temps ont bien changé…

Nous voilà donc à nous balader avec toutes sortes de masques pour nous grimer le visage, en tissus fantaisistes, colorés à souhait, chirurgicaux, en becs de canard, de bricolage genre Castorama ou Leroy Merlin…C’est le grand carnaval des masques professionnels ou fabriqués dans son atelier clandestin. Chacun y allant de son imagination et de sa créativité. Tout ça pour éviter les postillons (qui étaient – je vous le rappelle – des cochers pour attelage de chevaux en des temps jadis !) et autres projections microbiennes délétères. 

Une année, décidément, complètement plombée par ce coronavirus qui – me semble t-il – n’a pas forcément lancé son dernier prout pour nous enfumer !

Un calendrier 2020 désenchanté en mode annulation et report. Et aujourd’hui, depuis le 11 mai dernier, chacun –plus ou moins – s’est relancé prudemment dans ses activités.

Reste que le port (salut) du masque est devenu IN-DIS-PENSABLE !

Ce film de science-fiction dans lequel nous déambulons, du reste assez lamentablement, prend son temps pour nous annoncer le générique du mot fin. Clap éponyme.

En tout cas, ironie du (mauvais) sort, il est désormais impossible de reconnaître les acteurs et autres protagonistes de cette super production/navet. Ben, quoi ! Ils « jouent » tous désormais… masqués ! 

                                                      Copyright : Laurent BAYART

                                                                       13 mai 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 104 / VOITURE VERTE EN MODE Confiné

photo prise à Lisbonne.

         Ces cinquante-cinq jours en mode confinés auront donné l’occasion aux hommes de souffler un peu, de se mettre dans une espèce de bande d’arrêt d’urgence, de vivre peut-être l’instant et d’écouter le chant des oiseaux sur leur balcon ? D’observer les nuages se courser dans le ciel et de prendre (enfin) le temps de vivre ? De se mettre en mode sédentaire et de suspendre cette course folle à la vitesse et à la rentabilité du rendement tout azimut. 

A priori, au niveau planétaire, ce confinement aura permis aussi à la planète de souffler un peu ! L’espace naturel débarrassé de son prédateur qu’est l’être humain, l’air redevenu un zest vivifiant, les bronches des autoroutes dégagées des particules de monoxyde de carbone et des interminables files de bouchon. Mortifère queue leu leu des pots d’échappement qui gazouillent leurs sombres sonates dans l’atmosphère. Les automobiles laissées aux vestiaires/garages ou dans les rues. Leur kilométrage statique et autre compteur bloqué leur ont donné des fourmis dans les pneus. Durant ce temps arrêté pour cause de pandémie, les voitures se seront revêtues d’un peu de lierre et d’une couche de mauvaise herbe. Un bon coup de peinture en mode feuillage ! Leurs tôles devenues un petit terrain vague avec un volant en proue, tel un gouvernail laissé à l’abandon en plein milieu de cette aire de repos.

Après cette pause imposée, beaucoup se demande encore s’il ne serait pas temps de changer définitivement de mode de vie avant que le réchauffement climatique ne nous envoie dans le décor, que la pollution n’assombrisse notre horizon et que d’autres virus ne se mettent à nous faire de microscopiques crocs-en-jambe en nous envoyant valdinguer dans le néant de l’infinitésimal.

Le moment est peut-être enfin venu de se mettre au vert. Les arbres étant les meilleurs conseillers pour notre avenir. Il serait (grand) temps d’écouter leur doux chuchotement en philosophie et sagesse végétales…

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                            12 mai 2020

BILLET D’HUMEUR / ACTE 103 / EN MAI, FAIS (enfin !) CE QU’IL TE PLAIT !

          On nous promet un grand charivari, tohu-bohu « branquignolesque », après 55 jours de confinement, assignation à résidence/domicile dans nos maisons et appartements, à ne dépasser le paillasson, dieu lare du « doux sweet home », munis de notre laisser-moi-passer, atteste-station, voilà que les vannes vont s’ouvrir, en ce jour de mai, numéro 11. Date qui restera gravée dans l’historiette de la République ? On nous prédit une déferlante ; immense vague d’une agitation forcenée et d’un désir de rencontres effrénées, de rendez-vous, d’escapades, une soif à faire cramer vos pompes à marcher à n’en plus finir. Semelles vagabondes. Envie de baguenauder sans but et de dire bonjour à chaque inconnu croisé. Boulimie du partir pour ceux qui furent réduits à la sédentarisation forcée. Est-ce que le quidam sortira masqué ? Avec un paquet de p.q. en bandoulière, au cas (caca) ou ? Doté d’une savonnette pour se protéger des imprudentes poignées de main ? Un nouveau monde va t’il enfin voir le jour ? Ou bien, ce sera encore et toujours kif-kif bourricot, file et queue dans les super marchés et impressionnantes processions, ruées vers les Mac Do ? Time is changing ? Chantait-on jadis…Et on recommencera à souiller la planète en attendant la prochaine pandémie ? La razzia des moustiques-tigres, venus aussi d’Asie et que sais-je encore ? Dans la panoplie de nos peurs et des menaces, y’a des stocks engrangés pour des décennies !

Mai, que se passe t-il donc dehors ? Ce monde fou qui déferle ? C’est la grande braderie ? Les soldes à l’emporte pièce ? (Tiroir-caisse) A s’inventer un nouveau dicton : Plus personne au balcon, mai aux tisons ! Fièvre de s’en aller à l’Avventura, comme le fredonnaient Stone et Charden ?

Et si on s’inventait de nouvelles fraternités, des envies de tendresse et d’amour ? Des jours sans fin de « bienveillance, un mot très « tendance »… Insupportable pour le virus humain de la rentabilité et du business tout azimut ? Le capitalisme à tout crin (atout craint ?) enfin éradiqué ?

Voilà une occasion propice de changer le monde, car en mai, faut faire ce qu’il te plaît ! Alors, sous les pavés, la plage ? Ou simplement les caniveaux, les égouts, les catacombes ou le métro ?

Mais, réchauffement climatique oblige, notre idyllique île s’est retrouvée inondée. Notre âne atoll comme on l’avait si tendrement baptisé…a pris l’eau comme nos rêves de liberté.

Ces inaccessibles confins des lendemains meilleurs.

                                                           Copyright : Laurent BAYART

                                                                             11 mai 2020

LIVRE / PALPITANTES IVRESSES GUERRIERES ET AUTRES INTRIGUES AU PAYS DES SHOGUNS.

          Les pavés ou autres fresques historiques, avec un impressionnant tableau des personnages en liminaire, vous font soit complètement « dévisser » devant l’approche labyrinthique de la généalogie et de la parenté des protagonistes, ou bien (effet inverse) vous font entrer dans une narration palpitante et rondement menée qui vous emmène dans une fresque –quasi cinématographique – haletante et passionnante. C’est finalement le deuxième cas de figure qui s’est produit à la lecture de ce roman de Jocelyne Godard qui s’articule, sans aucun temps mort- sur cinq cent quarante pages.

L’auteure, « passionnée par la vie des femmes célèbres du passé », nous raconte l’histoire d’une femme à la destinée singulière et à l’incroyable force de caractère, Masako l’épouse de Minamoto Yoritomo qui devint le premier shogun du Japon. Femme guerrière et quasiment samouraï qui traversera les ornières du temps, les batailles et les noueuses intrigues pour hisser son guerrier dans les sphères du pouvoir. Elle devra d’abord « besogner » afin de pouvoir offrir un fils à son gladiateur, passeport indispensable pour assurer la pérennité du nom. Un fils ! Il lui fallait un fils. Cela lui devenait aussi nécessaire que l’air pour respirer ou l’eau pour boire. Guerroyer aussi avec les ambitions des concubines qui –elles aussi- recueillent la divine semence afin de procurer aussi au noble combattant un mâle successeur ! Tout cela, sous fond de gigantesques batailles entre le clan des Taïra et celui des Minamoto dont elle fait partie. Il faudra donc éliminer, les malines intrigantes et les éloigner du Shogunat. A signaler, le tableau « gargantuesque » des batailles et les descriptions qui sont une forme de prouesse, presque un gigantesque tableau où l’on perçoit les cris, l’on sent les fragrances de la tripaille et l’intense palpitation des combats au katana. On pourrait presque s’imaginer que le narrateur en a été le témoin, tant les descriptions sont finement ciselées.

Et pour le mot de la fin, je reprendrai les propos de Masako, femme au sang bouillonnant, qui résument la force et la grandeur du destin qu’elle taillera dans l’airain : – Tout d’abord, précisa-t-elle d’un ton sec, apprenez que je suis et resterai la seule épouse du Shogun. Les autres n’étaient que des courtisanes et des concubines…

                                                           Copyright : Laurent BAYART 

– Dans les plis du kimono de Jocelyne Godard, Editions Philippe Picquier, 2009.