Archives de catégorie : Blog-Notes

MUNDOLSHEIM SUR KOCHERSBERG.

                                             Sur une photo d’Abdellali  Baladia,

          La nuit tombe langoureusement dans la magie du soleil qui s’éteint et se retire doucement. Les luminaires du village vont s’allumer, avec les étoiles qui jouent, beaucoup plus haut, de la harpe dans les nuées. Mundolsheim est une île flottante, havre de lumière, installé sur les terres fécondes du Kochersberg où l’or du lœss fertile nourrit cette glèbe, si riche et si généreuse, qui fait des paysans des musiciens jouant sur l’horizon avec le stradivarius de leurs tracteurs agricoles. Image de paix et de béatitude qui offre à l’âme un réceptacle de sérénité. Ivresse de vivre au ralenti et de ressentir les pulsations du monde. J’aime ces moments vagabonds échappés de cette course folle au temps et de son chronomètre nerveux pour aller s’installer dans l’éphémère éternité de l’instant.

Là, le temps s’arrête, tandis que le violoncelle et le tambourin de l’église protestante martèlent l’heure.

Dieu, métronome de l’espace, se délecte et prend son temps à Mundolsheim…

                                                                    © Laurent BAYART

                                                                           6 avril 2024

MON SANCTUAIRE.

                                                         A Brigitte et Rémi Picand,

          Dans tes allées enchantées, les oiseaux, mésanges, pies, merles et autres rouges-gorges, sont des cierges à plumes qui viennent illuminer mes journées. Hosties de lumière en offrande qui caressent le duvet de mon épiderme. Les étoiles semblent s’être accrochées, telles des guirlandes et des boules de Noël, sur les branches des pommiers, noisetiers et pruniers. Je vis en connivence et bonne intelligence avec quelques âmes errantes qui viennent veiller à cette terre. Elle est devenue un sanctuaire pour moi. 

Je sens ses vibrations telluriques venues de l’absolu des mondes, situé entre le cosmos et les abysses du magma. Je suis un confetti égaré sur cette croûte féconde où chante l’ivresse des rencontres. 

Et lorsqu’un passant s’arrête, comme un pérégrin qui cheminerait sur la route de Compostelle, je suis éclairé par sa lumière qui s’égrène en moi et distille ses ondes bienfaitrices jusqu’à mon esprit.

Mon jardin est un sanctuaire dans lequel je me ressource chaque jour.

Et y recharge à l’infini mes batteries, via le fil invisible qui s’en va, guilleret, jusqu’à mon âme.

Et Dieu vient psalmodier quelques paroles à mes oreilles, cantique de la jubilation, comme on sème quelques semences sur la nappe du ciel.

                                                               © Laurent BAYART

                                                                        4 avril 2024

GLISSER LA POESIE ET LA FANTAISIE DE QUELQUES POISSONS EN PAPIER SUR LE MUR D’UN DOS.

Sur une photo d’Emilie Bayart, le dos de Thibaud avec la complicité de Jules et Camille…

         Réinventer la fantaisie, la poésie de l’impromptu et la surprise de voir son dos pris pour un petit panonceau/dazibao où quelques poissons colorés, en papier, confectionnés par les mains innocentes d’enfants se prennent dans les filets d’une échine de victime bien consentante…J’aime ces instants de liberté où l’esprit vagabond redevient espiègle et où l’adulte se glisse dans la peau d’un gamin…comme s’il lui prenait l’envie d’écraser à nouveau ses doigts sur une sonnette !

Poème en écailles d’un premier jour d’avril qui annonce un printemps taquin.

Besoin de retrouver la légèreté d’une vie qui n’est finalement qu’une bulle de joie égarée dans le cosmos.

Quelque part dans l’immense constellation du poisson.

                                                               © Laurent BAYART

                                                1er avril 2024

UNE PETITE BOULE D’OR EN PLUS SUR LE GRAND BOULIER ARITHMETIQUE DE LA VIE.

A toi, Véronique.

          Le temps nous entraîne dans son maelström qu’on le veuille ou non, il nous bouscule, chahute, tourneboule mais nous enchante aussi, au gré de cette ronde folle de la vie. Je t’aime encore et toujours comme à nos premières étreintes de notes et autres rendez-vous. La partition continue à distiller sa tendre musique toujours en nous… N’est-ce pas l’essentiel ? Les instants ont glissé contre vents et marées, houles et soleil, ressacs et tempêtes, mer d’huile et rouleaux de vagues déferlantes. A deux, telle une conjugaison qui se déclinerait par tous les temps…Aimer, le seul verbe qui restera dans notre grammaire et autre vocabulaire. 

C’était hier que nous avons lié nos existences sur ce banc de la Place de la République à Strasbourg. Toi, fluette infirmière et moi jeune agent de la Préfecture.

Depuis le temps s’est arrêté. Notre rendez-vous s’est fixé à jamais dans l’agenda des jours qui passent. Ce banc est devenu un sanctuaire…

Ensemble nous avons suspendu les secondes pour y poser des paillettes d’or. Nous étions loin d’imaginer alors le chemin que nous allions prendre…Notre Compostelle amoureux.

Et sur ce banc, je t’attends toujours et encore, et te retrouve chaque jour.

© Laurent BAYART

                                                                                 27 mars 2024

LES SOURIRES ROUMAINS OU LE LIMON FERTILE DU DANUBE.

                                            A Carmen, Iarina et George, ainsi qu’aux absents, Anastasia et Eric Baude,

                   Le Danube a jeté son limon fertile sur les bords de la Souffel à Mundolsheim. Rives enchantées des sourires roumains qui viennent esquisser des chemins et autres méandres de joie sur les visages amis. Retrouvailles des bateliers de ce fleuve mythique et magique au diapason du Rhin. Oiseaux traversiers qui sont venus, via les sentes de ses eaux, en oiseaux migrateurs, jusqu’aux rives de l’Atlantique en passant par notre maison bleue sise en Alsace. Se retrouver après ce voyage comme une route de la soie qui traverserait l’Europe, via le chemin du fleuve, jusqu’à la mer Noire et son delta si prolifique. Là, les cigognes blanches, les pélicans, les hérons Pourpré ou cendré déambulent et s’affûtent telles des notes sur une partition liquide. Jubilation de se retrouver en passant par Vienne, l’ancienne capitale d’une ancestrale Mitteleuropa, où les échassiers se mettent à danser sur le parquet bien ciré d’un azur bleuté. 

Symphonie où le monde devient si beau grâce aux amis qui viennent faire de la chorégraphie sur nos cœurs et faire chanter nos âmes avec les hautbois et le violoncelle des oiseaux-voyageurs.

J’aime ces moments où l’on accoste aux rives du Danube pour repartir toujours et encore vers d’autres confins, à l’image de nos destinées.

L’amitié est un long fleuve paisible qui traverse le temps pour faire de nous des pêcheurs et des matelots venant se ressourcer dans l’éternelle genèse de nos fraternités.

                                                                        Laurent BAYART

                                                                           23 mars 2024

PARTIR PAR LA GRANDE PORTE DU GANGE…

                                                              Sur une photo de Némorin, alias Erik Vacquier.

          Les fleuves nous emmènent dans les méandres et limons de l’éternité. Leurs éléments liquides coulent et s’écoulent vers l’océan où la vie se jette dans l’immensité du cosmos bleu de l’eau. Nos corps plongent et deviennent fétus de pailles, feuilles ballotées par les courants et brindilles de bois comme des cédilles et autres accentuations végétales. Le temps passe au rythme de cet encrier qui se déverse dans les ondes de ce Gange, mère de tous les fleuves, qui nous promet la rédemption et l’éternité. Nous déambulons, ballotés par les inspirations fluviales vers des nirvanas qui attisent notre imaginaire.

Se glisser dans l’eau et se laisser emporter.

Quelques poissons en anges gardiens veillent à notre improbable cheminement.

Eau bienfaitrice et matriarcale qui nous verse dans le grand baptistère. La mort se déguise en naissance et prend sa source dans cet Himalaya si près des étoiles.

Dieu, tel un nautonier, nous donne rendez-vous sur sa pirogue.

Et le temps s’arrête à jamais.

                                                                        © Laurent BAYART

                                                                            19 mars 2024

LA RONDE DES MOTS ET DES LIVRES SOUS LE TALISMAN DE L’AMITIE.

                                            A notre café littéraire, Brigitte et Rémi, Patricia et Véronique.

          Les mots dansent sur des coins de table et les livres se mettent à la page dans ces moments de partage intense. Gourmandises de vocabulaires et d’histoires, trames de récits, narrations en odyssées déjantées et autres palpitations de l’histoire. Coups de cœur à l’heure du café. Et pendant que l’un présente son ouvrage de chevet, les croissants viennent danser une bossa nova endiablée sur nos papilles qui virevoltent de bonheur, papillons se délectant de pollen ! quand ce ne sont pas des morceaux de fromage, de jambons et ivresses gustatives de pains croustillants…La littérature est en goguette à l’aune du petit déjeuner ! L’amitié constitue une rencontre de fraternité qui nous offre la sérénité de se retrouver régulièrement. Rendez-vous des connivences, café philosophique et discussions à bâtons rompus comme si nous marchions ensemble sur un chemin de Compostelle parsemé des coquillages de la syntaxe, de phrases et de verbes aux mille saveurs et couleurs. Nous aimons tant ces instants précieux où le temps s’arrête, coincé entre une assiette, un verre, une tasse et un livre grand ouvert…comme l’évangile du jour  récité dans le réfectoire d’un couvent.

Magie de ces retrouvailles où chacun devient le messager et avocat d’un livre à découvrir, croquer et déguster.

Petite académie, divin aréopage où dans l’agenda de chacun se fixe en lettres d’or ce précieux rendez-vous, tel un marque-page que l’on calerait entre les feuillets/fougères pour ne pas perdre la route et s’égarer sur la sente.

Les mots sont de petits cailloux semés en chemin qui nous ouvrent la voie. Abécédaire et grammaire de cette jubilation de découvrir à chaque instant que la route n’est jamais aussi belle que lorsque nous cheminons ensemble.

                                                                        © Laurent BAYART

                                                                                 15 mars 2024

MON JARDIN SOURIT A CEUX QUI PASSENT…

                                                                  A Victor, de passage…

            Pépites des rencontres impromptues en commençant doucement à apprêter mon jardin-potager après son (léger) endormissement hivernal. Une maman et son petit bicycliste, de trois petites rainettes, s’arrêtent devant ma « terra incognita » pour regarder Bécassine, mon épouvantail, comme un phare dominant les embruns et faisant face à l’océan de terre, largement parsemé de foin qui ressemble à des vagues blondes en rouleaux, chevauchant la mer de glèbe. La maman me confiant qu’« il » (Victor, son fistounet) « aime beaucoup regarder votre épouvantail ! » Et voilà que nous entrons dans l’improvisation d’une conversation bien « terre-à-terre », entrecoupée par les passages de trains fusant sur la voie ferrée (Nous habitons en face !), rajoutant « qu’« il » (toujours Victor) adore observer les trains ! » Et le petiot, échappant à la vigilance de sa maman, partit à toute berzingue, via le trottoir en direction des quais !

Étrange et émouvante attirance des enfants vis-à-vis des trains qui symbolisent la partance et les voyages, mais aussi des jardins qui représentent la nature, l’espace et l’évasion aussi, mais en mode sédentaire…Les deux n’étant -finalement- pas antinomiques. Belle conversation entre gens qui ne se connaissent pas grâce au trait d’union d’un potager et sous l’œil complice de Bécassine…

Le monde n’est jamais (décidément) aussi beau que quand on l’aime !

                                                               © Laurent BAYART

                                                11 mars 2024

LE BATELIER DU DANUBE DORT SUR LE PONTEAU…

                                    Pour Eric Baude, Sur une photo de Carmen Andreï, chez elle à Galati, avec vue sur le Danube…

                  Le Danube, tel un félin nonchalant, déambule au fil des paysages roumains de Galati, ancienne cité de Galatz. Des monts et des plaines se profilent à l’horizon en steppes de l’infini. Triangle des enchantements et carrefours des routes maritimes et fluviales. L’eau, langoureuse, s’écoule et laisse caresser l’onde de son râble par la coque des bateaux aux milles pavillons pavoisés. Ils s’en vont baguenauder jusqu’à la mer Noire, via le Delta. Magique Danube qui nous ensorcelle de sa grâce et de sa divine beauté. Ivresse de ce chant muet qui ravit et illumine notre âme de ses pépites d’eaux majestueuses. Des sirènes psalmodient la complainte et le cantique du fleuve dans le bréviaire des étoiles. Dieu a dû imaginer un paradis dans l’andante de ses rives. Les fées et les ondines, tels des bateliers, protègent ses berges et des gladiateurs armés de rets que sont les pêcheurs. De sa tour de guet, un chat jonché sur la tourelle de la hune d’un bateau observe le ballet des oiseaux/navires qui glissent sur le fleuve comme sur l’azur du ciel. 

Long filament limoneux, à l’image d’une clepsydre, le Danube offre au temps qui passe une aubade d’éternité.

Les pendules se figent dans leur cadran et les chats se délectent à regarder le fleuve ondoyer en caressant, de leurs vibrisses, le gouvernail des esquifs…

                                                               © Laurent BAYART

                                                                        8 mars 2024

LES YEUX DES ARBRES SONT NOS BALISES SUR LES SENTIERS…

                                             Sur une photo de René Roesch,

          Dans la forêt, j’ai senti leurs pupilles en écorce m’observer avec bienveillance. Me dévisager ? Regarder à l’intérieur de mon cœur et m’ausculter l’âme. Tel un scan en train de m’analyser et de me cartographier. Malaise du promeneur qui se sent contemplé… Je marchais sous le regard curieux des arbres et de leurs iris grands ouverts se mettant au diapason de mes pas. Chacun prévenant l’autre de la venue d’un visiteur/pérégrin en quête de sente pour aller jusqu’à Compostelle ? Qui sait ? Mais, il n’y avait pas de coquillages pour m’indiquer le chemin ! Juste des épicéas et des fougères, comme des cierges, illuminant ma route de caillasses et d’aiguilles de sapins. Je marchais en sifflant, l’aventure en bandoulière, en essayant de laisser derrière moi le tapis moussu de mon paillasson et le coquillage de ma maison.

Partir, comme une goulée de kilomètres où les bornes seraient des flacons d’alcool.

Ivresse de ces instants où de mes paupières sortent des oiseaux de couleurs qui viennent se fixer aux branches des arbres.

Pour ne cesser de me regarder…Les yeux dans les yeux.

                                                                  © Laurent BAYART

                                                 3 mars 2024