Tous les articles par Laurent Bayart

LA PISTE CYCLOPE/CYCLABLE EST SI BELLE…

                                             Sur une photo d’Alain Tigoulet,

          Elle semble avoir inventé le vélo, en tout cas l’attendre avec impatience…cette si belle piste cyclable au goudron bordeau, avec ses bornes inspirées que sont ces arbres qui sillonnent les accotement et tendent leurs branches/biceps vers les nuées. La piste est belle comme une petite route de la soie où les cyclistes, tels les cyclopes de l’Odyssée, en casques profilés de cosmonautes pourraient imaginer des suées vers l’imaginaire des voyages. Aller jusqu’à une échappée belle et rebelle en chambre à air à travers les steppes de l’Eurasie. Jusqu’aux tréfonds de cette finitude où se pose le butoir de l’horizon. La piste cyclable offre son tapis de bitume pour y recueillir la confidence des jantes et le glissement de la gomme des pneus.

J’ai les pieds qui fourmillent de mille vibrations en admirant cette piste qui est comme une invite à la partance.

Ma bicyclette piaffe d’impatience en poussant des hurlements de cheval sauvage.

Partir, c’est une manière de se mettre en piste, de pousser et de chahuter les étoiles sur la voie lactée.

Et, le soleil dans la musette me chante le cantique des prochaines rencontres.

Celles qui font grandir l’âme.

                                                      © Laurent BAYART

                                           28 février 2024

ATTENDRE ET PARTIR LENTEMENT…

                                    Sur une photo (Inde) de Némorin, alias Erik Vacquier.

          La vie n’a jamais cessé de poser la limaille de ses chaînes, le lierre de l’habitude et de rouiller nos articulations ankylosées. Regarder vers le lointain telle une inaccessible chimère en forme de terra incognita. Besoin de partir, de prendre la poudre d’escampette et de mettre les bouts, mais il y a les mais…qui nous retiennent inexorablement à ces existences de barreaux de chaise. Et puis, un jour, un train s’arrête sur un quai, un avion se pose sur un tarmac, une voilier accoste sur la jetée d’un port, une automobiles suspend sa course et s’arrête au ras d’un trottoir, un vélo vous aborde avec sa chambre à air, une main se tend vers vous…

Suspendre son regard tendu sur l’horizon et s’en aller enfin. Les plus beaux voyages sont ceux que l’on n’avait ni cartographié, programmé et même imaginé.

S’en aller en emportant l’anneau de votre chaîne comme l’alliance d’un nouveau départ.

La destination ? Elle demeure illisible sur le billet qui n’est pas encore imprimé.

D’ailleurs, l’agence de voyage est aussi immense que votre âme qui respire les effluves des étoiles et de la voie lactée.

Partir si loin que l’on ne sait même pas par quelle sente revenir.

                                                               © Laurent BAYART

                                                26 février 2024

LE MONOCLE DU SOLEIL OU BRILLE TOUJOURS LE CONFETTI DE L’ESPERANCE.

                                             Sur une photo d’Alain Tigoulet,

          Telle une pluie de novae, la cime des arbres et ses pacotilles de feuilles enchantent le ciel de leur tapisserie naturelle. On dirait des fougères qui auraient décidé de grimper sur le tronc des arbres. L’étoile et le halo du soleil posent son monocle sur l’horizon tourmenté par le bras des arbres qui tendent leurs biceps. Muscles décharnés de l’hiver, la forêt est une salle de gym désertée ou plutôt de motricité comme on dirait aujourd’hui… A peine quelques oiseaux en survêtement de plumes et des écureuils en body en queue de panache essaient de crapahuter sur ce podium en bois. Olympiades sylvestres où, plus bas, un mastodonte sanglier haltérophile et le sprint d’une biche perturbent la douce quiétude des lieux. Un renard fuse sur la piste, se prenant pour Usain Bolt…

A peine entend-on le starter du pistolet d’un chasseur donnant le départ de l’épreuve.

En un baiser de paix, le carabinier tire même en l’air !

                                                               © Laurent BAYART

                                               2 4 février 2024

CAMILLE, TES CHEVEUX DANSENT ET DESSINENT DES ARABESQUES DANS LE CIEL.

A l’occasion de ton anniversaire, photo de Papilo.

                 

  Tu aimes le compagnonnage des feuillets blancs que tu habilles des mille couleurs de tes crayons et feutres. Artiste en herbes (folles) qui dansent avec tes doigts en esquissant des pas de danse sur le papier. Magie de ton imaginaire qui te fait raconter des histoires colorées avec tes dessins. Passion précoce où l’on retrouve souvent des animaux à quatre pattes que tu adores ! Qui sait, peut-être demain, en feras-tu ton métier ? Soigner la gente féline ou canine ? A moins que tu ne décores les cimaises des murs de tes dessins qui deviendront des toiles ? Qui sait ? La destinée nous raconte ses histoires et il suffit parfois de la suivre aveuglément. Elle ne se trompe jamais…lorsque le cœur et l’âme dictent nos mouvements et autres actions…

Camille, laisse-toi guider par les fées qui t’emmèneront danser sur leur baguette magique.

Car la vie est une fête qui transforme les petites souris en princesses.

                                                          © Laurent BAYART

                                                                 20 février 2024

UN « PORTE-PLUMES » S’EST POSE SUR UN ARBRE…

                                                     Sur une photo d’Alain Tigoulet,

          Sur la patère d’un arbre, un porte-plumes s’est posé sur un de ses bras, cherchant l’inspiration de son bec tendu vers le ciel et ses acolytes de nuages qui filent et défilent …Mais, il ne s’agit pas là d’une rentrée des classes ! Un corbeau en transit entre deux vols ? Attend-il une quelconque compagne, complice de ses échappées azuréennes ? Observe-t-il l’engeance humaine qui s’ébroue à ses pieds ou plutôt à ses pattes crochetées ? L’oiseau écrit-il un message sur le tronc ? Histoire de laisser une trace de son volatil et furtif passage ?

Le mystère plane. Plus haut, plus loin, un aréopage de grues trace un V dans la blancheur immaculée du ciel.

Elles reviennent d’un si long voyage. D’Afrique ? Une hirondelle ne fait pas le printemps mais une tribu d’oiseaux migrateurs qu’annoncent-ils?

Plus bas, bien plus bas, un homme, jardinier de surcroît, aiguise les lames de sa fourche-bêche.

Le potager baille…aux corneilles et se réveille d’un si long hiver…

Le printemps ne dit pas encore son nom mais annonce discrètement déjà sa venue.

                                                              © Laurent BAYART

                                               20 février 2024

FAUTEUIL QUI ROULE ET MARCHE QUI ROUILLE…

         Que sommes-nous donc devenus au fil des ombres passagères où les silhouettes claudiquent et bafouillent leurs marches ? Brinqueballer, la belle affaire ! dans l’ivresse des rendez-vous que nous n’avions pas imaginés. Avancer coûte que coûte les pieds jetés en avant tel un filet de pêche, dans l’équilibre instable des palpitations jetées comme des semis dans le vent. Avancer encore et toujours car nous n’avons pas d’autres destinées. Éviter le strapontin de la canne et plus tard, ce fauteuil qu’on dit roulant pour y jeter le désarroi d’être en station assise. Avancer, oui, mais dans l’absolu et la prière de l’instant. Trébucher parfois, et même tomber…Mais toujours se relever. 

Rester debout et continuer à effleurer les étoiles en respirant l’arôme des nuages. Et prier pour que le chemin puisse poursuivre son cantique de caillasse et dérouler son tapis de graminées devant nous. 

En s’imaginant même une destination pour nos pas, comme si Dieu venait glisser une plume devant nous…pour nous ouvrir la sente et faciliter notre envol.

                                                               © Laurent BAYART

                                                                  18 février 2024

CINEMA / MAGNI-FICA ! OU RETOUR SUR L’EDITION 2024 DU FESTIVAL INTERNATIONAL DES CINEMAS D’ASIE DE VESOUL.

                  L’édition 2024 du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul vient à peine de souffler ses trente bougies qui plongent désormais les salles du cinéma dans cette féconde obscurité. Voilà que les projecteurs font de la bossa-nova avec les images et que les personnages s’animent au gré de cette route de la soie qui va jusqu’au bout du bout, au Finisterre de nos passions partagées, aux extrêmes de la caméra dans les travellings de l’imaginaire. Enchantements de ces pépites de lumières qui dansent sur l’écran et posent leurs lucioles sur la toile tendue. Les films ont ainsi encore raconté leur romance et déroulé leurs histoires.

J’ai aimé me perdre dans cette nuit qui m’a fait rêver les yeux grands ouverts.

Et, durant ce festival j’ai pu approcher le léopard des neiges du Tibet (THE SNOW LEOPARD de Pema Tseden), me délecter d’une virée dans les paysages verdoyants skri lankais (PARADISE de Prasanna Vithanage (Sri Lanka), nous étions sous la yourte à Oulan-Bator dans la misère et le froid (Si seulement je pouvais hiberner, Zoljargal Purevdash, Mongolie), j’ai aussi adoré ce documentaire taïwanais, histoire tragique et dramatique mais traité en mode comédie musicale (La saveur du gingembreJean-Robert Thomann, Taïwan). A signaler aussi une pépite de tendresse et de beauté qui vous rafraîchit l’âme, (The Tree Full of Parrots, Jayaraj R, Inde), sans oublier ces films magistraux et magnifiques venus de cette région de l’Inde du Kerala…musiques, saveurs, situations et couleurs d’une cinématographie sublime… Mais il y avait d’autres petits trésors sur les trente-quatre films que nous avons visionnés durant ce festival…

Et, la lumière revenue sur le Sabot et la Motte de Vesoul, nous avons eu l’impression d’avoir cheminé sur cette route de la soie imaginaire, métamorphosée en une espèce de chemin de Compostelle, en version originale et sous-titrée pour arriver jusqu’à ces cathédrales que sont le Gange, L’Himalaya ou les steppes de Mongolie. Un voyage époustouflant au cœur du monde et de l’Asie.

                                                                      © Laurent BAYART

LIVRE / L’INCROYABLE QUETE/ENQUETE DE GREGOIRE BOUILLIER, VOYAGE DANS LA GENEALOGIE ET L’HISTOIRE.

          Cet ouvrage est un véritable pavé de 900 pages mais surtout une talentueuse épopée qui nous plonge au cœur d’un hallucinant et sulfureux fait divers qui s’est passé en août 1985 : une femme s’est laissé mourir de faim chez elle, pendant quarante-cinq jours en tenant le journal de son agonie. L’auteur, un orfèvre des mots et de l’écriture journalière, entend le récit de ce drame sordide à la radio. Ceci lui reste dans les oreilles et dans l’âme pendant des années et des années. Le voilà qu’il plonge à corps perdu dans la vie de cette femme, ancienne mannequin chez le couturier Jacques Fath et de restituer la vie de cette sombre héroïne dont on retrouva le corps seulement dix mois plus tard, et cela se passe dans un immeuble en plein cœur de Paris. 

L’écrivain part à la quête de cette femme, comme un détective privé, un généalogiste et un historien, écumant tous les documents de l’époque, de la presse écrite mais aussi de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), épluchant des monceaux et fatras de documents afin de faire revivre le présent de ces vies passées et parfois fracassées. Au fil de ce récit, il recolle les bouts de vies, les rencontres, les fratries, les anciennes photos, les amours de ces personnages  reprennent ainsi forme et existence. Grégoire Bouillier est littéralement possédé et investi par Marcelle Pichon, cette femme qui décida de se suicider d’une manière atroce, semblant étrangement le guider dans cette incroyable quête/enquête, inventant même avec beaucoup d’humour une agence de détectives privés travaillant pour l’auteur !

Celui-ci, par mimétisme, creuse en parallèle dans son propre passé qui se dévoile et se décrypte au fil de ce récit/journal : A quoi bon écrire si c’est pour que le monde continue de tourner comme si de rien n’était ? nous lâche-t-il. Et plus loin, ironique il rajoute cette citation de David Di Nota : Le corollaire de l’idéologie du « vivre ensemble », c’est de mourir seul. Cet ouvrage est une véritable encyclopédie en marche qui nous apprend une foultitude de choses en passant par un tas de détails qui restituent les chromos de l’époque : la coiffure (le père de Marcelle exerçait ce métier), le Berry, les journaliers, l’épuration, l’occupation, l’onomastique et l’origine des noms et prénoms, le tourbillon des chiffres concernant les divorces et les métiers exercés à l’époque : On comprend que, dès la fin du conflit, les demandes de divorce aient explosé en France : près de 18.000 en 1946, contre environ 9.300 en 1938…

Me voyant pris d’une frénésie généalogique confinant à l’hystérie pour une famille qui n’est même pas la mienne, il m’est soudain apparu que, sous couvert de Marcelle Pichon, je compensais maladivement les lacunes de ma propre histoire…Avoue l’écrivain.

Il ira même jusqu’à écumer tous les cimetières de Paris et des environs pour la retrouver…Quête qui tourne à la folie dont il jouxte d’ailleurs d’une manière dangereuse…Avec cette phrase lancinante, extraite de son carnet d’agonie : la langue, c’est un escargot qui dégorge dans du sel…

Ce livre est un exercice atypique et singulier d’un auteur pris de frénésie de recherches et qui remue l’histoire par les détails, en faisant revivre les fantômes du passé. Grégoire Bouillier est plus qu’un écrivain, c’est un immense arpenteur d’histoires qui vient rallumer les lucioles éteintes pour éclairer le présent.

                                                                      © Laurent BAYART

  • Le cœur ne cède pas de Grégoire Bouillier, Editions Flammarion, 2022.

NOUS SOMMES TOUS SUR UN QUAI DE GARE…

Sur une photo de Némorin, alias Erik Vacquier.

          Attendre la silhouette d’une aventure en forme de train qui file et parfois défile devant nous. Les rails, tels de longs traits rectilignes et muets, partagent le silence de l’absence. Sur le quai, les bancs représentent des ostensoirs où nos corps patientent dans l’espérance d’une montée horizontale vers la quête d’une improbable destination. Dernière station d’un chemin de croix ? Les passagers sont des cierges sans lumière. Le ballast de la caillasse des traverses demeure, à l’image du sable granuleux des plages face à l’océan, à regarder sous les jupes des wagons et des voitures. Attendre cette locomotive qui pourrait nous propulser et nous emmener derrière ce point du paysage lointain, tel un rendez-vous. Sur le quai, un chef de gare attend, lui aussi, l’imaginaire de boggies qui pourrait le faire siffler en trilles d’oiseau sédentaire. Composter l’absolu, quelle vaste affaire ! C’est encore loin les îles ?

Un voyageur égaré cherche un billet pour y poser son voyage.

Dans quelle ville se fixer ? Pas facile de choisir, chacune d’elle offre aux passants/voyageurs ses reposoirs afin qu’ils puissent s’asseoir et attendre un autre train. Et partir, encore et toujours…L’infinie destinée des êtres humains.

Les gares sont des chemins qui se terminent par des bancs.

                                                               © Laurent BAYART

                                                3 février 2024

LES OLYMPIADES DE LA BENNE.

                                     Sur une photo de Jean-Claude Worringen,

          C’est un gloubi-boulga de cartons et de détritus hétéroclites abandonnés en vrac à même le sol, près de la grande hotte destinée à récolter vos papiers, emballages plastiques, bouteilles en verres et autres joyeusetés ménagères. Les « inciviles » ont laissé trainer leurs groins en mode cochon… ne se donnant même pas la peine (benne) de démantibuler cartons et cagettes pour les enfouir dans cette caverne d’Ali Baba, en destination de la grande déchetterie de l’Eurométropole. Stupeur et tremblements de ces tristes olympiades des poubelles qui font des œillades en œil poché de pirates des Cartonaïdes. Tristesse de découvrir ce genre « d’exploits » devenus coutumiers dans nos villes et villages. Désolation et consternation. Il faudrait décerner, à ces « athlètes » de l’incivilité, des médailles en plastique ou en verre, les déposer sur les podiums des bennes…pour écouter les hymnes olympiques et  hisser les drapeaux sur les hampes, sortis tout droit de la benne à tissu !

Gageons que ces tristes sires seraient capables de jeter leurs breloques sur le macadam qui jouxte ce semblant de podium !

  • Elle n’est pas benne la vie ?  semble chuchoter une poubelle voisine, vaguement courroucée de ne pas être utilisée.

              © Laurent BAYART

                  2 février 2024