Cela fait des années et des années que cet ouvrage « traîne » dans ma bibliothèque, acheté à sa parution, je n’ai finalement pas eu l’heur de le découvrir ! Basta, comme la vie est curieuse ! Et voilà que ces dernières semaines, le moment était venu de lire ce « Journal d’une jeune fille mal dans son siècle, 1840-1959 ». Et qu’elle pépite et autre témoignage d’un monde disparu qui m’est tombé entre les mains !
Il y a dans ces textes quotidiens, d’une jeune femme, une indéniable qualité littéraire, un sens inné de l’observation et un romantisme échevelé qui devait annoncer une destinée d’écrivain mais qui ne se réalisa jamais. Quel dommage ! Néanmoins, on retrouva de nombreux cahiers de son journal dans un grenier où ils furent exhumés et finalement sauvés de l’oubli.
Ses parents appartenant à la petite bourgeoisie protestante de Strasbourg, monde de la boutique (boucher et cafetier), et donc, rien à voir avec le milieu culturel, elle dressera un inventaire journalier de sa vie et autres états d’âme, au fil de ses rencontres et de ses soirées au théâtre et aux concerts. Amélie confiera en préambule : Les jeunes filles du XIXème siècle sont comme des prisonnières qui attendent leur sentence : leur métier est d’attendre le mariage. Et plus loin justifiant ce mode d’écriture quotidienne : Et puis un journal n’a pas le même tempo qu’un roman. Il prend son temps. Ainsi, la voilà lancée dans un journal qu’elle saura rendre passionnant, émouvant et tendre. Tableaux et images d’une époque bien révolue. Tristesse et parfois désespoir mélancolique de cette jeune femme : Quelle triste vie quand il n’y a point de gaieté autour de vous, et que personne ne veut comprendre qu’on aime le plaisir et les fêtes quand on est jeune. Un journal qui l’arrache et l’extirpe d’une certaine forme de solitude mais on lui fait le reproche de « perdre son temps » à rédiger ses libelles. Plus loin, d’avouer : Il faut que je cesse : à chaque mot que j’écris, je crois m’arracher une veine du corps. Femme toutefois enflammée et enthousiaste qui lâche : Une jeune fille n’éprouve jamais d’émotion plus vive que l’attente d’un bal.
Ouvrage instructif et passionnant qui nous fait découvrir le Strasbourg du dix-neuvième siècle vu par une jeune fille qui laisser -sans le savoir – une œuvre murie dans un grenier. Amélie se confiera d’une manière touchante : O vie, je t’avais rêvée tout autrement.
© Laurent BAYART
- Journal d’une jeune fille mal dans son siècle, 1840-1859 d’Amélie Weiler, La Nuée Bleue, 1994.










