Lorsqu’on découvre et lit le dernier ouvrage de Sylvain Tesson, avec photos à l’appui, on se dit qu’il est complètement « allumé » ce gars-là ! « Frappé » à vouloir toujours s’inventer des défis et mettre sa vie sur des guillemets en trampoline périlleux ! Plutôt crever dans les congères que faire la vaisselle chez pénélope ! Son dernier livre nous donne le vertige : Les piliers de la mer raconte l’improbable ascension de ses points d’exclamation de roche qui se dressent par milliers devant les falaises côtières. On les appelle « stacks » en anglais.
On reste époustouflés par cette prouesse totalement gratuite et fortuite qui consiste à escalader ces véritables murs naturels, le plus célèbre d’entre-eux étant Étretat.
Magnifique et sublime littérature de la crapahute, Sylvain Tesson est un être polymorphe et certainement, le plus talentueux de nos littérateurs contemporains. Pour revenir à nos stacks et les grimper, il faut être agile comme le crabe, adhésif comme le bulot, souple comme l’algue, déterminé comme la pluie. C’est un Victor Hugo de l’aventure et du vertige, Une étoile filante qui jongle avec la verticalité. On se dresse, à l’équilibre du danger. On reste immobile, le corps prolongeant la colonne dans son axe exact. On est ébahi d’avoir atteint le sommet, inquiet d’en descendre, conscient de l’absurdité de la position, de l’inutilité de l’effort, de la stupidité du projet, mais heureux de se tenir là où personne ne vient…
Où s’arrêtera donc Sylvain Tesson pour qui rien n’est impossible ? Peut-être fera-t-il un jour un bivouac sur le dos d’une nova ? Avec lui, la littérature se décline vers le haut !
© Laurent BAYART
- Les piliers de la mer de Sylvain Tesson, Albin Michel, 2025.

