Tous les articles par Laurent Bayart

CHAQUE CAILLOU RACONTE UNE HISTOIRE…

                                                     Avec la complicité (photographique) de Gustave,

         Chaque caillou est comme une miette de parchemin qui raconte l’histoire du minéral en crissant sous nos pas. Le chemin se retrouve enchanté par ses escarbilles de poussières solides, jetées sur la sente tels des poèmes qu’il convient de lire et de scander à haute voix. Nos semelles lisent à travers la voûte plantaire, sismographe de l’écriture terrestre. C’est le chant du monde qui émerveille nos âmes. Et si nous ne formions qu’un tout ? Qu’un seul corps que nous retrouverons au jour ultime ? Et si l’univers n’était qu’un livre ? Une bible universelle et cosmogonique ? Rejoindre l’Un pour recouvrer son enveloppe originelle ?

Cheminer, c’est peut-être, à l’image d’un enfant, remplir ses poches de petits cailloux ou galets peints, étranges mandalas…et les remettre sur nos pas pour retrouver notre route.

Et puis, s’arrêter enfin de marcher, la destination s’étant posée sur le paillasson du départ.

Un caillou s’est métamorphosé en boite à lettres.

Quelqu’un a rédigé sur la pierre une missive en forme de lettre, le cachet de la poste faisant foi.

Dieu, en serait-il l’invisible expéditeur ?

                                                 © Laurent BAYART

                                                                           23 juillet 2024

LIVRE / TOUS EN SEINE OU LE ROMAN FLEUVE DE PHILIBERT HUMM.

          C’est un livre qui coule, presque comme un long fleuve tranquille, d’un auteur talentueux dont le nom fait penser à un onomatopée. Vaste équipée fluviale le long des sources de la Seine jusqu’au Havre où le suspense y est supportable et l’œuvre reste accessible au public poitrinaire. L’aventure sans forcément de majuscules, ni besoin d’aller au diable vauvert ni jusqu’aux confins des mondes. Philibert Humm, capitaine de frégate ou plutôt de kayac ajoutant malicieusement, parlant des aventuriers : Nous ne nous vantons pas. Nous enchantons le monde en l’honorant de notre visite…Petit rappel toponymique (toujours utile !) : Les manuels scolaires nous l’apprennent, la Seine prend sa source sur le plateau de Langres et se jette dans la Manche. Relativement rectiligne jusqu’à Paris, elle observe ensuite d’inexplicables détours et circonvolutions que les géographes appellent pompeusement des méandres. Et par les temps qui courent (ou plutôt qui s’écoulent) où l’on parle -Dieux de l’Olympe obligent – de baignade dans le fleuve : Evoluent également dans la Seine des bactéries de type E. coli. Ces bactéries ne se voient pas à l’œil nu mais elles n’en sont pas moins redoutables. Il est fortement déconseillé de boire la tasse. 

On y navigue ainsi paisiblement à vau-l’eau au fil des villages, villes et bourgades traversés qui sont tels des colliers de perles qui s’enroulent autour de l’onde où il y a vingt ans, on dénombrait plus de lamproies et d’aloses, poissons de l’Atlantique Nord. L’ablette et le goujon étaient revenus eux aussi, la brème et la carpe continuaient de pulluler…Aujourd’hui, on évoque plutôt la surpopulation de rats, raccourci ?

Et d’évoquer dans cet opus inspiré des personnages truculents : Depuis l’enfance, Bertrand urinait dans la Seine. Avec un sentiment d’éternité il disait : – Je suis un affluent à moi tout seul.

En lisant cette petite merveille de livre, on a envie de dire : Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! Et ce bonheur s’appelle la poésie, la rencontre et la découverte constantes sur l’esquif enchanté de la belle écriture où le talent va jusqu’à se jeter à la mer.

                                                               © Laurent BAYART

  • Roman fleuve de Philibert Humm, Folio, 2024.

PETIT LUTIN MALIN QUI REGARDE UNE FEE…

                                             Pour Gustave à l’occasion de son anniversaire,

         Petit lutin de trois pommes, pose un peu de féerie dans les jours qui passent et dans ce quotidien qu’il t’appartient d’émerveiller et d’enchanter. Le temps file vite, Gustave ! Mais, tes yeux sont déjà de petits coffrets dans lesquels tu déposeras les belles images que tu capteras et captureras comme des papillons dans l’air…Peut-être tomberas-tu amoureux d’une elfe pour un voyage au cœur d’un carrosse magique qui t’emmènera sur des routes qu’il t’appartiendra aussi d’inventer ? 

Le monde est magie, il suffit de l’aimer très fort et tu le transformeras, comme on enfile des perles sur un bout de ficelle.

Et il deviendra tout simplement un magnifique collier aux confettis d’or et d’argent.

                                                                    © Laurent BAYART

                                                  17 juillet 2024

LES MOTS SONT MON JARDIN…

                                             Sur une photo de Claudia Windstein,

         Les mots constituent mon jardin secret qui déroule son kaléidoscope de couleurs en aquarelles de quadrichromie. Papillons de syntaxe s’envolant dans le ciel de mon inspiration. Ivresse de cette imaginaire dans lequel je puise la fortune des jours et qui m’émerveille à chaque instant. Les mots m’accompagnent depuis tant d’années tels des lutins d’encre, espiègles, taquins et cocasses, sertis de cette poésie devenue le fil d’or de ma vie. Je marche ainsi, fildefériste, en équilibre précaire, illuminé par l’extase de se découvrir et de s’inviter à la fête de la vie. 

Vivre, c’est jouer avec les mots jusqu’au point final. Mais où se trouve-t-il ? Dernier butoir et borne avant de plonger dans l’abécédaire des mondes inconnus, du cosmos et de ses étoiles.

Et là, continuer à planer comme sur un tapis de mots, à la recherche d’Aladin et de sa lampe magique…

Au début était le verbe, et à la fin le Z se transforme en A. Éternel recommencement et histoire sans fin.

L’écriture de l’âme dactylographie et raconte l’odyssée de celui qui a traversé le miroir.

Son existence devient romance. Et Dieu, un marque-page comme un repère dans l’absolu.

Le cachet du tic-tac de l’horloge faisant foi et indique la même heure pour l’éternité.

                                                               © Laurent BAYART

                                                13 juillet 2024

MON JARDIN SECRET…

                                              Sur une photo-montage de Jean-Marc Diebold,

                  Mon jardin m’accompagne à chaque moment, comme un voyage que l’on fait en pérégrinant sur les sentes des allées bordées de légumes. Ses ondes bienfaitrices portent, tels des candélabres, la lumière… Je l’aime pour la paix et la sérénité vertes qu’il m’offre à chaque seconde. Jardinier-potageur comme un élément qui fait chanter mes chromosomes de cette sainte jubilation d’exister et de vivre intensément. Un merle vient me chuchoter dans les oreilles…C’est le cantique du monde ou le bruit du ressac de l’océan qu’il m’apporte dans son bec. Les courgettes, les haricots, les salades, les tomates, poivrons, betteraves et tutti quanti sont les enfants de chœur de cette cathédrale à ciel ouvert. L’azur est composé d’une mosaïque de vitraux sur lesquels les nuages et le soleil glissent à la vitesse du dieu Éole. Les pommiers, pêchers et pruniers portent une kyrielle d’anges gardiens en plumes éparses. Le monde est si magique quand on l’aime…

Ici, tout respire la sérénité. Un passant s’arrête comme s’il s’en allait sur un chemin de Compostelle imaginaire pour faire un brin de causette en ma compagnie.

Me laissant le coquillage d’un sourire.

Puis, il repart à la conquête du vaste monde, laissant le jardinier, sédentaire et immobile, heureux d’habiter l’instant.

S’habiller de son jardin comme une âme, l’enveloppe d’un corps et s’en aller baguenauder dans le cosmos avec un brin d’herbe entre les dents. 

                                                               © Laurent BAYART

                                                9 juillet 2024

EN PARTANCE AVEC LE TALISMAN DU SOLEIL.  

                                    Sur une photo de Jean-Marc Diebold.

       Creuser le sillon des chemins sous nos semelles et partir à l’aventure des paysages, avec la boussole et le sextant du soleil qui nous guident tels des rois mages à la recherche de la divine crèche. Merveille de se glisser sur les sentes en quête de cette ivresse de vivre l’instant présent. Croiser l’autre, le pérégrin et celui qui nous offrira l’aubade d’un salut fraternel. Son sourire illuminera nos cartes et nos méridiens.

Partir et abandonner son paillasson et l’éden de son jardin.

Les arbres qui cerclent notre maison glissent une larme comme une perle que l’on gardera précieusement dans la poche de son pantalon, avec le mouchoir où sont soigneusement rangées d’autres gouttes de paupières.

Les yeux des hommes sont des cavernes d’Ali Baba.

                                               © Laurent BAYART

                                                       2 juillet 2024

SE POSER DANS L’INSTANT…

       Se poser dans l’instant et attendre l’improbable. Se pauser et observer le chant du monde et ses tendres béatitudes. Regarder frétiller les nuages au-dessus de notre tête. Où vont-ils donc ? Et cette mouette ou ce goéland en ivresse de ciel qui jongle en faisant des arabesques et autres circonvolutions dans les nuées. Sur ce banc, comme un radeau échoué au milieu d’une plage, j’entends chanter la liturgie d’un coquillage enfermé dans l’océan.

J’écoute la musique de l’infini.

Et Dieu vient me chuchoter dans les oreilles que vivre, c’est attendre le jour du dernier rendez-vous.

Lorsque l’horloge s’installe, elle-aussi, sur un banc-reposoir, l’éternité joue du piano sur notre corps.

                                                   © Laurent BAYART

                                                1er juillet 2024

TOURNEBOULENT LES BOULES JUSQU’A LA QUILLE…

                                           Avec la complicité d’Alphonse,

        Qui sait -finalement – si la vie ne serait pas un vaste bowling où nous serions réduits au rôle de simples quilles ? Quant aux épreuves elles feraient office de grosses boules lancées à toute vitesse sur nos fragiles et fluettes silhouettes, destinées à nous faire tomber, chuter et nous éliminer, manu militari, nous faisant glisser dans la grande poubelle qui sert de réduit aux quilles…enquillées ! Qui sait ? L’adversité peut renverser les destinées des hommes qui se tiennent debout, au garde à vous, alignés tels des militaires pour une parade…immobile. 

La vie est un jeu de quilles, les enfants ! Ne l’oubliez jamais ! Prenez bien garde à ce drôle de billard qui veut nous envoyer au fond du trou…et n’oubliez surtout pas de…jouer et de vous amuser avant !

Jouer en jonglant entre les chausse-trapes, évitant les pièges et les coups de boule.

Gagner, c’est finalement avoir réussi à être heureux. Le reste n’est qu’illusion, que poussière oubliée par le vent, vétille comme un instant passé trop vite, une valise qui a été oubliée sur un quai ou dans un grenier.

                                                            ©   Laurent BAYART

                                                            28 juin 2024

S’ARRETER ET REGARDER PASSER LES NUAGES…

        S’arrêter et regarder passer les nuages dans la vaste chambre à air du paysage. Les cumulus migrateurs filent et ne manquent pas d’air, telles des étoiles de coton, grandes feuilles volantes et post-it blancs où la météo capricieuse s’écrit en filigrane. Instants de pause où le temps se repose et s’imagine en confettis d’éternité. Suspendre la course folle et regarder les longs échassiers et les coursiers du ciel filer d’un trait de plume dans l’azur. S’inscrire dans la contemplation du monde et laisser nos montures-destriers attendre patiemment le retour de ses cavaliers.

Nous sommes des passants installés dans ce moment furtif que l’on a fixé comme un marque-pages dans le calepin de rendez-vous programmés longtemps à l’avance.

Et demain, plus tard ou dans quelques minutes, repartir en enfourchant nos divines montures. Pérégriner sans coquilles ou coquillages sur une sente de Compostelle imaginaire.

Oublier toute destination en ne retenant que l’ivresse de se perdre en chemin. 

Un nuage telle une borne fait tourner la girouette du vent.

                                                © Laurent BAYART

                                                          27 juin 2024