Archives de catégorie : Blog-Notes

NUAGES OU POSER MA DESTINEE DANS LE CIEL.

       Un jour, dans une grande échappée d’air et de lumière, j’irai poser ma destinée dans le ciel, comme on imaginerait quelques ballons ou montgolfières fichés sur une nappe bleue, venant chatouiller mes pupilles et m’enivrer de vents marins. L’indigo, turquoise ou l’outremer sur la palette d’une peinture aérienne. Aquarelle qui filerait à la vitesse des vents, tout autour de la planète.

Un jour, je partirai et glisserai dans l’épaisse volute de gaze d’un nuage, je m’en irai faire des circonvolutions au fil de l’azur. Devenir enfin volage et m’enivrer de paysages à réinventer à chaque instant. Voyager, encore et toujours au fil des alizés qui me pousseraient à tourner à l’infini autour de la terre ! Globe-trotter de l’espace en cumulus-nimbus.

Et, peut-être, un jour, dans les plis de ce drap bleu y rencontrer une étoile?

Et là, rester avec elle, durant ce qu’il me restera d’éternité pour y apprécier l’instant présent.

Puis, continuer à vivre dans l’air du temps, sous les ailes protectrices des oiseaux comme des anges gardiens jouant dans les airs avec leur flûte à bec.

© Laurent BAYART

                                                     20 janvier 2025

LIVRE / VIOLETTE D’URSO OU (DEJA) UN PETIT PRODIGE DE LITTERATURE.

          Le titre s’avère magnifique, la couverture sublime (œuvre de Félice Casorati), et la photo de l’auteure âgée de 23 ans, Violette d’Urso, énigmatique voire envoûtante. Ce premier livre est tout simplement magistral, voyage dans la profondeur de l’écriture où déjà les mots nous tourneboulent et nous font palpiter. La trame : Anna perd son papa (Luigi d’Urso, décédé d’une crise cardiaque en 2006, à l’âge de 52 ans) très jeune et, adulte, s’en va à sa quête car celui-ci représente, avec sa vie d’aventure(s) et d’aventurier, un personnage romanesque ! Il est réputé un peu dandy, artiste voire excentrique et fascine l’imaginaire de la jeune femme. Fille d’Inès de la Fressange, ancien mannequin français des années 1980, égérie de Chanel, elle travaille aussi pour Karl Lagerfeld, elle lança par la suite sa propre ligne de vêtements. A noter, pour la petite histoire qu’elle a conçu aussi un pilulier pour « l’Élixir de l’Abbé Soury » !

Et voilà qu’elle se pare d’un habit de (fin) limier et s’en va quérir le portrait de cet Italien charmeur, homme d’affaires : Il s’habille comme Mr Banks dans Mary Poppins. Voilà déjà un sacré indice…Plus sérieusement, faisant référence à son pays de naissance : Mon père était italien, et la culture catholique avait toujours été importante chez nous, bien que peu pratiquée. J’aimais l’esthétique chrétienne, les vitraux, la liturgie, les statues de Marie, les cierges, les chants…L’écriture surprend et fascine pour une jeune écrivain de 23 ans qui avoue que ce roman est, en partie- autobiographique. Elle découvre, avec stupéfaction, que le portrait patriarcal ne correspond pas vraiment à la réalité. En effet, cette figure emblématique en forme d’image d’Épinal se révèle être un homme phagocyté par la drogue : C’était dur d’être la fille d’un héroïnomane, mais ça l’était autant d’être la fille d’un héros tout court, d’un homme parfait. Plus loin, la jeune femme lui écrit et confie : Bien sûr, papa, ce n’était pas que la drogue, mais c’est une donnée qui créait du sens et que je n’avais pas. Maintenant je sais qu’il y avait des côtés obscurs, mais je sais aussi que c’était un père aimant. D’autant qu’elle découvrira que son mentor s’acoquinait et côtoyait aussi la mafia… La Sanità…c’était l’un des quartiers les plus contrôlés par la Camorra. On ne pouvait pas y pénétrer en portant un casque de moto car on risquait d’être pris pour un killer…La Sicile, mais surtout Naples sont évoqués : …beauté infinie, chaos infini : des grandes terrasses plus larges que des places d’église, les cheveux volant dans le vent des femmes sur les scooters, derrière leurs maris casqués, l’accent chuintant…Superbe description de cette ville volcanique pour laquelle Violette manie le verbe avec maestria.

De petites pépites de littérature et de mots saupoudrés sur le texte à l’image du parmesan sur des pâtes : Anna, quand on fait des trucs géniaux à 3h38 du matin, est-ce que ça veut dire qu’on a une insomnie ou simplement qu’on aime la nuit ?

Un livre d’amour et de passion, en guise de petite psychothérapie, à l’adresse de ce père si loin et désormais si proche…

                                                               © Laurent BAYART

  • Même le bruit de la nuit a changé , roman de Violette d’Urso, Flammarion, 2023.

LA PASSION DES MOTS DEPUIS SI LONGTEMPS OU CE JARDIN MERVEILLEUX QUI POUSSE EN MOI DEPUIS CINQUANTE PRINTEMPS…

                                   Photo de Jean-Marc Diebold, à mes cinquante années d’écriture…

              Un jour les mots ont fait la fête en moi et ne sont plus jamais repartis…Merveilleuse palpitation de l’imaginaire qui a posé ses pépites d’or ! Magie de l’écriture et de ses découvertes qui m’ont émerveillé durant ce parcours, à l’image d’un chemin de Compostelle. Cette sente buissonnière a fait chanter mon âme. Quant à ce Jardin intérieur, il n’a jamais cessé de pousser en exubérance verte de phrases et de vers en goguette. Ils se sont enroulés autour de moi, en serpentins syntaxiques, telles des pousses en vrille de haricots ramants…

Ainsi, au fil des années, je me suis échappé à l’aventure de moi-même, en remontant sans relâche du fin fond de mon puits un seau rempli à ras bord de mots, faisant chanter mon âme et jubiler mon esprit. Ecrire : un verbe qui se conjugue dans toutes les formes de la passion et m’émerveille en me faisant emprunter les chemins de l’ineffable. 

Un jardin que j’alimente chaque jour. C’est lui qui m’offre la volupté de l’instant.

Mon cœur, comme un arrosoir, palpite ainsi de le voir pousser chaque jour en lui offrant cette eau bénite, sanctifiée par les nuages bienveillants.

Et, tel le soleil d’un tournesol, je monte et me dirige vers le ciel grâce à lui.

                                                   © Laurent BAYART

                                             14 janvier 2025

UN POTAGER DANS MON AME OU MON JARDIN INTERIEUR.

                                            Sur une photo d’Albert Strickler, lors de sa dernière visite chez moi…

          Il chante le cantique des courgettes et des haricots en goguette et psalmodie quelques adagios et autres andantes en notes de tomates et de betteraves, esquisse des entrechats dans la chorégraphie des haricots bien alignés en rangs…d’oignons. Mon jardin potager joue de l’arpège avec le stradivarius des tuteurs et pianote ses gammes avec les violoncelles des salades dans la grosse fosse d’orchestre à composte. Là, quelques lombrics en queue de pie se prennent pour des musiciens ou mélomanes avisés.

Je me délecte de cette musique intérieure qui vient enchanter mon cœur qui palpite de bonheur. 

Quelques merles et corbeaux se servent des branches de mon pommier pour les transformer en flûtes à bec et autres hautbois.

J’aime cette musique intérieure qui apaise mon âme. Ma bêche comme une baguette de maestro donne la mesure de ce concerto intérieur.

Mon jardin distille sa musique et ses notes qui apaisent mon âme et la fait vibrer au diapason de la terre et du ciel.

Tandis que sur le sol de mon potager quelques partitions ont abandonné leur signature féconde à la glèbe.

Mon jardin intérieur est un écrin de soie où je dépose précieusement mon âme.

                                                               © Laurent BAYART

                                                7 janvier 2025

LA LUMIERE VIENT POSER SES CHANDELLES EN NOS AMES…

                                                     Sur une photo de Némorin, alias Erik Vacquier.

                           La lumière psalmodie les louanges de l’absolu en nos âmes. Quête de l’ineffable et de l’indicible qui nous pousse inexorablement vers les étoiles et nous fait plonger dans l’absolu. Les sentes étoilées du cosmos nous offrent leur kyrielle de constellations telle une silencieuse méditation offerte par les nuits stellaires. Le cosmos représente une cathédrale dans laquelle nos destinées plongeront un jour, à corps perdu, pour une éternelle méditation. Pixels de luminosité où les âmes deviendront des lucioles gobées par je-ne-sais-quelle étoile. Retrouver l’essentiel de l’avant-vie et de l’après-mort. Nous irons là où les lendemains ne porteront plus de noms, là où les agendas et autres calendriers ne représenteront plus que des fatras de feuillets sans importance. Nos rendez-vous s’envoleront à jamais vers le ciel et ses limbes. Nous serons définitivement en retard sur les rencontres et les hasards des connivences. Mais qu’importe, nous serons définitivement fixés dans l’instant.

Partir enfin car nous aurons oublié que nous ne sommes – finalement – que des pérégrins.

L’éternité en bandoulière nous offrira l’ivresse de son chemin qui ne mène nulle part.

Mais qui nous emmènera partout.

                                                                   © Laurent BAYART

                                                                         5 janvier 2025

UN PETIT GARCON PERDU DANS LA NUIT OU BRIANCON 1965…

                                            A Elisabeth Klaenschi et ce petit garçon qui vit toujours et encore en moi…

                  Le petit garçon est encore là, bien présent au tréfonds de mon âme, dans les replis cachés de ma conscience, dans l’infini des limbes du cosmos intérieur qu’est devenu mon esprit. Accroché comme un naufragé au cou de cette tante Lumière qui était venu me voir (le voir) un jour de 1965, dans le sanatorium de Rhône-Azur situé à Briançon. Le temps passe et file mais il demeure en moi dans mon ADN, fixé tel un mollusque à son galet, à mes chromosomes, le petiot ! Et pourtant, le temps a fait son œuvre, grisonnant les tempes du marmot, mettant de la rouille à ses articulations…Mais le temps ne passe plus lorsque cette étrange saudade ou mélancolie vous fige pour l’éternité.

Ma tante Klaenshi partie dans une échappée de luminosité et autres nébuleuses d’étoiles, la voilà devenue ma bonne fée, mon ange-gardien, à laquelle je m’agrippe encore et toujours…La vie est décidément bien têtue !

Mon Dieu, les années se sont étirées à l’image d’un immense élastique mais je reviens toujours et encore vers ce môme, abandonné dans ce sanatorium où ses poumons se refaisaient lentement une santé dans le smog blanchâtre de sa tuberculose pulmonaire. Et parfois, il remonte en moi, ce petit Laurent, venant me faire un coucou tenace !

Il s’agrippe désormais au cou de ce senior qui ne sait plus trop comment faire pour le rassurer ? Alors, je lui confie ces quelques mots :

-Allez, prends-moi la main, petit ! Nous allons faire le reste du chemin ensemble !

Et c’est comme cela que je me suis accroché à lui (à toi), comme on se tient précieusement à quelques rondins ou planches d’un radeau de naufragé qui vous emmène là où vous ne pensiez jamais échouer…

Quelque part dans l’ineffable clarté de l’âme.

                                            © Laurent BAYART                                                               29 décembre 2024

LIVRE / LA TRANSYLVANIE DE MATHIAS MENEGOZ OU UNE GRANDE FRESQUE AU PAYS DE DRACULA.

          Cet ouvrage « Karpathia », premier roman de Mathias Menegoz, a obtenu le Prix Interallié en 2014, et se passe en Transylvanie en 1833. Il constitue une impressionnante fresque narrative de plus de six-cents pages qui se déroule dans une Roumanie (la Korvanya, contrée isolée au fin fond d’une vallée sauvage) qui n’existe pas encore, aux confins de l’empire d’Autriche où vivent de nombreux peuples ; seigneurs magyars, serfs valaques, Tziganes et bourgeois saxons. L’ouvrage raconte, à la manière d’une odyssée picaresque, les aventures tumultueuses du comte Korvanyi, qui va bouleverser les hiérarchies et les codes, accompagné par Cara, sa jeune épouse autrichienne. Cet ancien soldat de l’Empire est revenu pour prendre possession de ses terres, non sans se heurter à une population hostile et à de nombreuses vicissitudes. Belle description, à l’entame du livre, d’un duel où le sens de l’honneur fait parler la poudre et où le personnage prend déjà sa stature de héros.

Dans ces contrées reculées de la sylve carpatique, des disparitions d’enfants jetteront le trouble et l’effroi : Très vite, l’idée de la culpabilité des Tziganes l’emporta sur la théorie de la fugue et sur celle de l’attaque d’un loup. Bien sûr, le décor et le château en couverture nous font penser au personnage de Dracula : Le vampire avait un rôle ambigu dans l’imaginaire des Valaques : le personnage historique à l’origine du mythe de Dracula était le prince Vlad Tepesh (Vlad l’empaleur) qui régna sur la Valachie au XVème siècle. Il avait notamment fait faire demi-tour à une armée ottomane en faisant empaler vingt mille prisonniers turcs…/…Ce prince sanguinaire était un grand héros des peuples de langue roumaine. 

Dans cette histoire menée à un train de rapières, sont évoqués les Szeklers, paysans-soldats parlant le hongrois, cultivant et gardant les confins orientaux de la Transylvanie. Ces derniers étaient traditionnellement mobilisables en cas de guerre et de menaces d’invasion.

En résumé, je reprendrais l’analyse d’un lecteur : Mathias Menegoz m’a vraiment impressionnée pour ce premier roman. Non seulement parce qu’il ressuscite un monde qui n’existe plus avec une langue qui ne cède pas une once de terrain aux modes littéraires. Mais aussi parce qu’à travers son écriture scrupuleuse, attentive aux infimes aspérités de la matière comme aux destins individuels, on décèle très vite une certaine qualité du regard. Il y a une forme d’acuité psychologique chez l’auteur qui donne beaucoup de finesse à la narration

J’ajouterais aussi la présence de quelques maladresses, longueurs et de nombreuses répétitions, mais ce livre nous entraîne néanmoins dans un souffle narratif épique, voire époustouflant qui nous font oublier ses erreurs de jeunesse. 

Cette véritable épopée raconte d’une manière romanesque et originale la vie de personnages historiques, ainsi que des lieux et un territoire qui ne porte pas encore le nom de la Roumanie, mais qui chante déjà l’âme d’un pays qui va naître.

                                                                         ©Laurent BAYART

  • Karpathia de Mathias Menegoz, P.O.L. Editeur 2014.

LA MAGIE D’ESPERER…

photo noire et blanc et couverture d’Alain Tigoulet,

       Croire encore en l’enchantement des jours comme une poudrerie d’or qui viendrait jeter ses essaims d’étoiles dans le ciel et se déposer, tel un duvet de neige, sur nos espérances. Le monde a tant besoin de retrouver la magie de l’amour afin d’émerveiller les instants qui s’échappent à la fuite du temps ! Et si, cette Divine Attente nous permettait de découvrir que, finalement, sous le grand manteau rouge du Magicien, se cache celui que les hommes attendent depuis la nuit des temps ?

Les rois mages l’ont affublé d’un costume de prestidigitateur mais dans la paille de la crèche brûle la flamme d’un tabernacle.

Les étoiles ne s’y trompent pas : Elles le suivent en ce chemin de croix situé dans le cosmos…

…et tracent une sente de lumières pour arriver jusqu’à Lui.

Là, la baguette du Magicien transforme les ténèbres en une cathédrale où chacun retrouve son âme d’enfant.

L’Esprit de Noël métamorphose un simple sapin en une rivière de luminosité et autres guirlandes de novae où tout en haut sur son faîte, en guise de pointe, brille un grand soleil…

                                                 © Laurent BAYART

                                                   26 décembre 2024

ESCALE DANS L’ESCALIER.

                                    Sur une photo de René Roesch,

       Monter, encore et toujours, jusqu’à se démonter les pieds, escalader vaille que vaille les marches qui vous emmènent vers l’impossible quête des nuées. Ahaner et s’essouffler à faire cracher ses poumons dans ce Graal des hauteurs qui vous fait côtoyer le ciel. Improbable athlète des arêtes et des à-pics. Les escaliers constituent un chemin de croix tout en verticalité, la dernière station vous faisant arriver sur le sofa d’un nuage. 

Vous voilà devenu alpiniste d’un escalier qui dresse ses pentes à l’instar d’une montagne…Ici, pas besoin de cordes ni de piolets, il suffit de faire chanter les muscles de ses jambes et de faire vibrer ses cuisses affûtées comme pour un trail. Ici, il n’est pas question d’épopées alpines ou pyrénéennes mais d’imposants buildings…

La scala est une partition où les marches constituent les notes de cette improbable ascension.

Puis, planter son petit drapeau imaginaire, prendre une photo/souvenir et entamer la descente en appuyant sur le bouton de l’ascenseur.

Là, les étages défilent et s’affichent sur l’écran jusqu’à vous faire parvenir au kilomètre zéro de l’entresol où l’aventure se sépare de sa majuscule.

                                                  © Laurent BAYART

                                                   23 décembre 2024

DANS LA PALPITATION DE L’INSTANT ET L’IVRESSE DE VIVRE.

                                                                               A Véronique,

                  Nous avons vécu l’instant avec passion et ivresse. Le sable s’est écoulé dans l’horlogerie du temps égrenant sa minuterie, nous rappelant que nous ne faisons que passer…et qu’un jour il faudra bien s’arrêter, comme le lapin blanc d’Alice aux Pays des merveilles.

Chercher l’océan et la volupté des mouettes qui jouent de l’arpège dans le ciel et font des broderies avec les nuages en tricotant des arabesques sur l’horizon. Continuer coûte que coûte, côte à côte, ce chemin de Compostelle ou cette quête du Mont-Saint Michel qui se trouve juste derrière nous ; la Sainte-Odile vosgienne des marées ! 

Des années de sentes et de chemins, parfois escarpés, semés d’embûches mais aussi de découvertes et de bonheur pour arriver jusqu’ici.

L’amour est un voyage où l’on composte son billet avec quelques baisers volés à la fuite du temps.

Le contrôleur/prêtre qui nous avait mariés avait bien précisé : le cachet de la poste fait évidemment foi ! 

                                                                    © Laurent BAYART

                                                                        20 décembre 2024