Laurent BAYART sera mercredi prochain à partir de 17h dans la salle blanche de la librairie Kléber pour une lecture musicale en « Facebook Live », retransmission en direct de cette animation originale. Il vous parlera de voyage immobile avec des extraits de son livre paru en 2018, « J’ai mon voyage, récit d’un sédentaire » (éditions Orizons) où il avait déjà imaginé une sorte de confinement dans l’exotisme et l’imaginaire de son jardin…Il sera en compagnie de l’écrivain Chantal Robillard et de son compère accordéoniste Fabien Christophel. Ne manquez pas ce premier rendez-vous depuis février dernier, comme un voyage qui commence…
On pourrait presque intituler ce livre de forme atypique, huis clos dans une petite chaume, l’auteur Grégoire Gauchet, que je ne connaissais pas, nous entraîne dans une folle virée abracadabrantesque dans un coin paumé des Vosges, avec trois « quarantenaires » vététistes, poussant la chanson de leur pédalier et se livrant –sans réserve – à un retour sur expérience de vie commune pas piqué des vers ! L’écrivain ayant déjà commis un certain nombre de polars dont on retrouve – par moments – la dramaturgique trame…
Une joyeuseté littéraire et sportive dans laquelle nos gais lurons et larrons deviseront de l’amour et aussi du… désamour avec, en toile de fond, les fantômes de Marco Pantani et du moins connu René Pottier, le premier héros du Grand Ballon aux temps héroïques de la Grande Boucle. Nos trois bonshommes (dont l’un est journaliste sportif !) nous régalent avec leurs dialogues truculents et philosophiques en mode petite reine : L’amour, c’est comme la descente à vélo, ça ne dure jamais toujours…Et leurs procrastinations de continuer allègrement, à la manière du grand Hugo : On se trompe, vieillir, ce n’est pas aller vers l’automne, c’est espérer un nouveau printemps…
Nos amis, pourtant dûment bagués, souhaiteront avec foi et dévotion la venue de randonneuses suédoises, venant réclamer gîte et couvert ! Miracle qui surviendra mais à leur risque et péril ! Forcément, puisque leurs épouses arriveront –elles aussi -aussi (faut pas rêver !), comme de furibondes statues de commandeurs. La bicyclette « Icare sur des roulettes » se terminera, tout comme leur virée, en mode Mike Tyson et Cassius Clay dans un cabanon transformé en ring…
Voilà un livre marrant et bien revigorant, truffé de mots d’esprit et de philosophie qui nous régale d’une goinfrerie de bonne humeur.
Copyright : Laurent BAYART
* Le Maillot jaune flotte sur la Petite Chaume »,roman, de Grégoire Gauchet, Le Verger Editeur, 2014.
En ces temps de disette et de vache maigre, voilà un article qui me met du baume ou plutôt du « boum » au coeur. Merci à Hervé de Chalendar pour son article paru, ce mercredi 20 mai 2020, dans le journal « L’Alsace » sur mon dernier opus littéraire/ récit consacré au Val d’Ajol ! En espérant pouvoir enfin le présenter au Val de la Combeauté, Chez Narcisse et à la brasserie La Valheureuse !
A vous de jouer, désormais, les enfants puisque, adultes, nous avons lamentablement échoués à respecter le monde végétal et tout ce qui nous entoure. Nous n’avons pas compris que ce décor – tout en verdure – fait partie intégrante de notre corps d’être humain. Même particule, même molécule, même globule, même tissu… de cet infiniment grand et infiniment petit qui se rejoignent pour ne former qu’un même corps, celui de notre planète. Nous avons oublié que les arbres sont les artères grandiloquentes et majestueuses de nos vies d’où s’écoule la semence de l’essentiel qui constitue l’essence même de nos instants. Oxygène en chlorophylle qui égaie nos poumons et nous enivre de cette jubilation de liberté et de cette soif d’aller jusqu’à demain.
Vous filez, les petits, sur la sente qui mène vers des jours verdoyants et prenez votre envol à l’horizontal, moinillons qui portent nos espérances en bouquets de fougères, de jacinthes et de jonquilles.
N’écoutez que votre allégresse à vivre heureux dans un monde apaisé et réconcilié. Soyez sourds à l’incantation des urubus et autres oiseaux de mauvais augures.
Vous êtes vous-mêmes le chemin et l’exemple qu’il nous faudra désormais suivre pour être dignes de votre confiance.
Et nous mettrons, ensemble, des majuscules à nos rêves de monde meilleur car nous n’avons que l’espérance comme unique choix et horizon.
Après ce cauchemar science-fictionneste de cette pandémie qui s’est propagée comme une trainée de poudre sur la planète, et ces épisodes affligeants comico-dramatico-burlesques de nos contemporains, écumant les allées des supermarchés, avec leurs caddies abondamment approvisionnés en montagnes de p.q., ou ceux qui se ruaient vers les soupes en sachet à l’hydroxychloroquine, très en vogue, on s’est dit qu’il serait (largement) temps de ré-inventer le monde et de le ré-enchanter un chouia ! Y mettre enfin un zest de poésie ! Bref, nous élever, nous faire prendre de la hauteur et nous faire rêver un peu…
Et puis, on pensait que les « incivilités » (quel terme élégant pour identifier l’imbécilité !) de nos contemporains allaient se tasser devant l’utopie de l’essentiel et le sens retrouvé de nos existences, et puis, pfutt….le monde d’aujourd’hui, déconfiné/ déconfit, s’est mis à rassembler pathétiquement à celui d’hier. Les autoroutes à nouveau bourrées comme des colliers de perles hydrocarburées autour de nos cous, à nous asphyxier, nous plomber les bronches…Et puis, nos techniciens de surface n’en finissant plus de balayer et de ramasser (avec des gants) les masques chirurgicaux et autres que nos contemporains abandonnent à la discrétion des trottoirs et du macadam….L’homme nouveau serait-il né ? Apparemment, il continue allègrement à souiller tout ce qu’il touche…En mode erectus détritus.
Fini, les embrassades énamourées, les bourrades fraternelles, les poignées de mains chaleureuses, il faudra désormais se résigner à vivre masqués, en attendant que toute cette agitation se calme. Sale temps pour la convivialité et les rapprochements humains. Ce fichu virus a phagocyté l’humanisme des échanges et inventé des « gestes barrières », sinon en mode barbelés et palissades, mais il ne s’agit pas ici d’une… lapalissade !
Et surtout, ne vous avisez pas à éternuer en public, mal vous en prendrait ! Vous seriez menacé de bannissement dans une libraire désaffectée ! (Sinon désinfectée !).
Voici venir le temps des cochons. Nous voilà devenus des têtes de lard, cachés sous nos rideaux de tissu. Et si tout cela se terminait finalementen queue de poisson, euh, pardon, je voulais dire en tire-bouchon…L’expédition étant en porc compris ! Le cachet de la poste faisant évidemment foie de génisse.
On l’a constaté durant ces semaines de « confinement », jamais le ciel ne fut aussi dégagé, les autoroutes muettes ont rendu l’oxygène doux comme…l’air ! La nature ayant repris ses droits sur l’omnipotent roi de la création, pollueur en série, prince du réchauffement dit climatique. Dehors, on n’arrêtait plus d’entendre le concerto mélodieux en flûtes à bec des oiseaux ! Bref, l’hurluberlu qui a mis le monde sens dessus, sens dessous s’est retrouvé entre quatre murs « encagé »…pour le plus grand bien de l’humanité. Qui l’eut cru ?
Et dans ce marasme ambiant, on a redécouvert les bienfaits de celle qu’on appelle la Petite Reine, autrement dit la bicyclette qui pourrait (mais on le savait déjà !) être la solution à tous nos maux ! Transport écologique, sport et santé, rencontres humaines et sens de la découverte, en mode « lecture du paysage » comme on dit, et donc acteur et non plus spectateur furax, fiché dans l’habitacle de sa bagnole à insulter tout le monde et faire des doigts d’honneur à son contemporain. La planète sera plus belle (et pas poubelle !) en chambre à air ! On le savait. Maintenant, on en a définitivement la confirmation. Mieux vaut couler quelques minces bandes de goudron, dans le paysage, qu’on appelle des pistes cyclables, que de grands et larges tapis qui balaient, malaxent et écrabouillent arbres et champs sous son mascara noir.
L’être humain devenant un erectus bicyclotus. Assis sur sa selle, il ne sera plus un simple erectus en mode debout ou plutôt garde-boue…mais, de manière assise comme le bon vieux Saint-François ! Tiens, justement, celui qui parlait aux oiseaux… Le vélo comme on l’aime, c’est à dire l’anagramme de love…
Oui, voici venu le temps de la vélorution. Le monde sera plus beau et bon en chambre à air. La planète gonflée à bloc comme un pneu qui aurait pris un bon coup de pompe ou plutôt de bar !
L’année 2020 sera, d’ores et déjà, placée sous le signe de ce fichu virus qui a définitivement plombé l’ambiance planétaire, mettant le mot « confinement » à la page et le masque tout azimut dans la panoplie des indispensables appendices, sésames protecteurs, afin de pouvoir se déplacer en toute sécurité (sociale ?). Qui l’aurait cru ? Comme le disait, hier, à mon épouse (masquée) le boucher derrière son abri en plexiglass : – Trop drôle, y’a pas si longtemps, on demandait aux gens de ne pas avoir le visage couvert, afin qu’ils puissent être reconnus, et maintenant patatras, c’est tout le contraire ! Bon, ce n’est pas le même cas de…figure dirais-je, revêtant la toge noire de l’avocat du diable ! Les temps ont bien changé…
Nous voilà donc à nous balader avec toutes sortes de masques pour nous grimer le visage, en tissus fantaisistes, colorés à souhait, chirurgicaux, en becs de canard, de bricolage genre Castorama ou Leroy Merlin…C’est le grand carnaval des masques professionnels ou fabriqués dans son atelier clandestin. Chacun y allant de son imagination et de sa créativité. Tout ça pour éviter les postillons (qui étaient – je vous le rappelle – des cochers pour attelage de chevaux en des temps jadis !) et autres projections microbiennes délétères.
Une année, décidément, complètement plombée par ce coronavirus qui – me semble t-il – n’a pas forcément lancé son dernier prout pour nous enfumer !
Un calendrier 2020 désenchanté en mode annulation et report. Et aujourd’hui, depuis le 11 mai dernier, chacun –plus ou moins – s’est relancé prudemment dans ses activités.
Reste que le port (salut) du masque est devenu IN-DIS-PENSABLE !
Ce film de science-fiction dans lequel nous déambulons, du reste assez lamentablement, prend son temps pour nous annoncer le générique du mot fin. Clap éponyme.
En tout cas, ironie du (mauvais) sort, il est désormais impossible de reconnaître les acteurs et autres protagonistes de cette super production/navet. Ben, quoi ! Ils « jouent » tous désormais… masqués !
Ces cinquante-cinq jours en mode confinés auront donné l’occasion aux hommes de souffler un peu, de se mettre dans une espèce de bande d’arrêt d’urgence, de vivre peut-être l’instant et d’écouter le chant des oiseaux sur leur balcon ? D’observer les nuages se courser dans le ciel et de prendre (enfin) le temps de vivre ? De se mettre en mode sédentaire et de suspendre cette course folle à la vitesse et à la rentabilité du rendement tout azimut.
A priori, au niveau planétaire, ce confinement aura permis aussi à la planète de souffler un peu ! L’espace naturel débarrassé de son prédateur qu’est l’être humain, l’air redevenu un zest vivifiant, les bronches des autoroutes dégagées des particules de monoxyde de carbone et des interminables files de bouchon. Mortifère queue leu leu des pots d’échappement qui gazouillent leurs sombres sonates dans l’atmosphère. Les automobiles laissées aux vestiaires/garages ou dans les rues. Leur kilométrage statique et autre compteur bloqué leur ont donné des fourmis dans les pneus. Durant ce temps arrêté pour cause de pandémie, les voitures se seront revêtues d’un peu de lierre et d’une couche de mauvaise herbe. Un bon coup de peinture en mode feuillage ! Leurs tôles devenues un petit terrain vague avec un volant en proue, tel un gouvernail laissé à l’abandon en plein milieu de cette aire de repos.
Après cette pause imposée, beaucoup se demande encore s’il ne serait pas temps de changer définitivement de mode de vie avant que le réchauffement climatique ne nous envoie dans le décor, que la pollution n’assombrisse notre horizon et que d’autres virus ne se mettent à nous faire de microscopiques crocs-en-jambe en nous envoyant valdinguer dans le néant de l’infinitésimal.
Le moment est peut-être enfin venu de se mettre au vert. Les arbres étant les meilleurs conseillers pour notre avenir. Il serait (grand) temps d’écouter leur doux chuchotement en philosophie et sagesse végétales…
On nous promet un grand charivari, tohu-bohu « branquignolesque », après 55 jours de confinement, assignation à résidence/domicile dans nos maisons et appartements, à ne dépasser le paillasson, dieu lare du « doux sweet home », munis de notre laisser-moi-passer, atteste-station, voilà que les vannes vont s’ouvrir, en ce jour de mai, numéro 11. Date qui restera gravée dans l’historiette de la République ? On nous prédit une déferlante ; immense vague d’une agitation forcenée et d’un désir de rencontres effrénées, de rendez-vous, d’escapades, une soif à faire cramer vos pompes à marcher à n’en plus finir. Semelles vagabondes. Envie de baguenauder sans but et de dire bonjour à chaque inconnu croisé. Boulimie du partir pour ceux qui furent réduits à la sédentarisation forcée. Est-ce que le quidam sortira masqué ? Avec un paquet de p.q. en bandoulière, au cas (caca) ou ? Doté d’une savonnette pour se protéger des imprudentes poignées de main ? Un nouveau monde va t’il enfin voir le jour ? Ou bien, ce sera encore et toujours kif-kif bourricot, file et queue dans les super marchés et impressionnantes processions, ruées vers les Mac Do ? Time is changing ? Chantait-on jadis…Et on recommencera à souiller la planète en attendant la prochaine pandémie ? La razzia des moustiques-tigres, venus aussi d’Asie et que sais-je encore ? Dans la panoplie de nos peurs et des menaces, y’a des stocks engrangés pour des décennies !
Mai, que se passe t-il donc dehors ? Ce monde fou qui déferle ? C’est la grande braderie ? Les soldes à l’emporte pièce ? (Tiroir-caisse) A s’inventer un nouveau dicton : Plus personne au balcon, mai aux tisons ! Fièvre de s’en aller à l’Avventura, comme le fredonnaient Stone et Charden ?
Et si on s’inventait de nouvelles fraternités, des envies de tendresse et d’amour ? Des jours sans fin de « bienveillance, un mot très « tendance »… Insupportable pour le virus humain de la rentabilité et du business tout azimut ? Le capitalisme à tout crin (atout craint ?) enfin éradiqué ?
Voilà une occasion propice de changer le monde, car en mai, faut faire ce qu’il te plaît ! Alors, sous les pavés, la plage ? Ou simplement les caniveaux, les égouts, les catacombes ou le métro ?
Mais, réchauffement climatique oblige, notre idyllique île s’est retrouvée inondée. Notre âne atoll comme on l’avait si tendrement baptisé…a pris l’eau comme nos rêves de liberté.
Ces inaccessibles confins des lendemains meilleurs.
Les pavés ou autres fresques historiques, avec un impressionnant tableau des personnages en liminaire, vous font soit complètement « dévisser » devant l’approche labyrinthique de la généalogie et de la parenté des protagonistes, ou bien (effet inverse) vous font entrer dans une narration palpitante et rondement menée qui vous emmène dans une fresque –quasi cinématographique – haletante et passionnante. C’est finalement le deuxième cas de figure qui s’est produit à la lecture de ce roman de Jocelyne Godard qui s’articule, sans aucun temps mort- sur cinq cent quarante pages.
L’auteure, « passionnée par la vie des femmes célèbres du passé », nous raconte l’histoire d’une femme à la destinée singulière et à l’incroyable force de caractère, Masako l’épouse de Minamoto Yoritomo qui devint le premier shogun du Japon. Femme guerrière et quasiment samouraï qui traversera les ornières du temps, les batailles et les noueuses intrigues pour hisser son guerrier dans les sphères du pouvoir. Elle devra d’abord « besogner » afin de pouvoir offrir un fils à son gladiateur, passeport indispensable pour assurer la pérennité du nom. Un fils ! Il lui fallait un fils. Cela lui devenait aussi nécessaire que l’air pour respirer ou l’eau pour boire. Guerroyer aussi avec les ambitions des concubines qui –elles aussi- recueillent la divine semence afin de procurer aussi au noble combattant un mâle successeur ! Tout cela, sous fond de gigantesques batailles entre le clan des Taïra et celui des Minamoto dont elle fait partie. Il faudra donc éliminer, les malines intrigantes et les éloigner du Shogunat. A signaler, le tableau « gargantuesque » des batailles et les descriptions qui sont une forme de prouesse, presque un gigantesque tableau où l’on perçoit les cris, l’on sent les fragrances de la tripaille et l’intense palpitation des combats au katana. On pourrait presque s’imaginer que le narrateur en a été le témoin, tant les descriptions sont finement ciselées.
Et pour le mot de la fin, je reprendrai les propos de Masako, femme au sang bouillonnant, qui résument la force et la grandeur du destin qu’elle taillera dans l’airain : – Tout d’abord, précisa-t-elle d’un ton sec, apprenez que je suis et resterai la seule épouse du Shogun. Les autres n’étaient que des courtisanes et des concubines…
Copyright : Laurent BAYART
– Dans les plis du kimono de Jocelyne Godard, Editions Philippe Picquier, 2009.