Tous les articles par Laurent Bayart

LIVRE/ L’AVENTURE SAUVAGE DE SARAH MARQUIS.

 

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          Indéniablement, la couverture m’a attiré : un marcheur (de profil) gros sac à dos tirant une « charrette » sur un fond de steppe désertique. Il s’agit de Sarah Marquis, élue aventurière 2013 Europe et nominée par le « National Géographic ». Son livre « Sauvage par nature » raconte son ahurissant périple « de Sibérie en Australie, 3 ans de marche extrême en solitaire ». Cette femme, dans la lignée de ses ainées, Ella Maillart et d’Alexandra David-Néel, est partie défier les ruades des cavaliers mongols et les trafiquants de drogue, sans compter les petites et grosses bêtes rencontrées sur sa route ou près de sa tente de fortune : serpents, buffles et parfois imposants crocodiles…mais la créature la plus dangereuse restant – sans conteste – l’être humain !

S’ils sont souvent passionnants, ce type de récits des baroudeurs du globe sont rédigés dans un langage sommaire où les notes s’emmêlent. Là nous avons affaire à une écriture déjà bien affinée et cohérente. L’originalité de cet ouvrage de 300 pages réside dans le fait qu’elle nous raconte la médaille mais aussi son revers et ce qui se trame derrière le (pudique) rideau…Ainsi, mi-amusée, mi agacée, elle se demande pourquoi certains mâles mongols s’arrêtent pour pisser juste devant elle ? Elle n’obtiendra jamais de réponse. Notre guerrière des confins de l’Asie devra fréquemment poser son bivouac à l’abri des regards et des convoitises…Sarah Marquis nous rappelle que : les déserts éloignent les gens qui ne savent pas regarder, ceux qui ont besoin de divertissement et d’agitation. Plus loin, elle rajoute : La nature laisse des traces derrière elle, il suffit de les « décoder » pour la comprendre et survivre.

Cette Suissesse d’une quarantaine d’années (la Suisse est le pays qui recense le taux le plus important d’aventuriers sur son territoire !) termine par une judicieuse définition de l’aventure : Toute entreprise où le risque est considérable et dont la réussite est douteuse ». Mais, dans le fond, la vie ne s’apparente-t-elle pas à une improbable aventure ?

                                                                                                                      Laurent BAYART

* Sauvage par nature de Sarah Marquis, Editions Michel Lafon, 2014.

THEATRE / CREATION DE « LA CAMPAGNE » DE LA COMPAGNIE LE TALON ROUGE OU LA BARBARIE DU JEU « PAPIER CISEAU CAILLOU»

 

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                 Faut-il le rappeler ? Le théâtre est lieu de l’essentiel. Il raconte cette ligne de fracture/ partage des eaux des destinées humaines. Catherine Javaloyès (voir articles précédents sur le site), metteur en scène et responsable de la compagnie alsacienne Le Talon rouge, nous le remémore avec justesse. Elle vient de présenter « La campagne » de l’auteur anglais Martin Crimp. Un palpitant moment de théâtre où la prouesse du trio de comédiens nous offre le frisson des moments rares.

L’histoire de Corinne et de son époux Richard, médecin généraliste, pourrait ressembler à une feuille de papier musique où les trous entreraient tout « naturellement » dans le système d’un orgue de barbarie (ô la bien nommée !), s’il n’y avait de jolies paires de ciseaux (en couleur) pour taillader la belle harmonie. Un soir, le mari ramène au logis familial une (belle et sensuelle) rescapée d’un naufrage…Et voilà que l’eau du robinet n’a plus le même goût et l’agencement des meubles se trouve tourneboulé. La si douce terre campagnarde devient une zone sismique qui fissure le beau miroir des apparences et autres convenances. Le jeu devient celui du massacre et les ciseaux, tronçonneuses…

Outre l’incroyable densité du texte, la rythmique du jeu, le décor dépouillé, la chorégraphie des lumières, on appréciera – peut-être avant tout – la prouesse des comédiens : Nancy Guyon, François Kergoulay et Catherine Javaloyès. Duos au tac au tac, ricochets, dialogues en enfilades/estafilades, ahurissants face à face qui font l’indéniable réussite de cette pièce. Epoustouflante dramaturgie où les « culs-de-sac et autres évitements » mènent à cette frénétique partie de ciseaux-frénie… Là où une grosse pierre s’installe à l’endroit du cœur et de l’amour.

                                                                                                                      Laurent BAYART

 « La campagne » de Martin Crimp de la compagnie Le Talon rouge, mise en scène de Catherine Javaloyès. Taps Laiterie à Strasbourg, représentation jusqu’à dimanche 9 novembre à 17h.

Contacts / talonrouge@free.fr

NE VOUS LAISSEZ PAS METTRE EN BOITE (AUX LETTRES) PAR VOS COURRIELS ! BILLET D’HUMEUR / ACTE 14

            Incontournables aujourd’hui dans le monde du travail, les messages électroniques viennent bourrer votre boîte aux lettres de leurs petites enveloppes virtuelles. Plus moyen d’y échapper ! Le salarié moderne – qui plus est au bureau – est submergé par ces messages insistants qui finalement participent au stress de la vie dite moderne. Les neurochirurgiens sont formels : ils seraient responsables d’une perte de 10 à 15% de la productivité…/…car la majorité d’entre nous n’est pas faite pour traiter deux informations à la fois. Nous voilà prévenus. L’homo erectus ne peut pas courir après deux dinosaures en même temps !

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En plus, on lui colle des réunions qui représentent des instants remplis de vacuité où les paroles défilent, souvent truffées d’enflures verbales et d’incompréhensibles superlatifs mais sans beaucoup de sens (pratique). Ainsi, 88 % des personnes considèrent y perdre leur temps ! Ben voyons… Quel scoop ! La pression exercée, les tâches multiples et souvent le non-remplacement des personnes parties à la retraite font que nos contemporains se retrouvent complètement peroxydés…Au bord de l’incendie interne ! Le plus comique –si l’on peut dire – est que, d’après des études, être débordé reste perçu comme un signe d’importance ! Curieux ces bureaucrates qui abhorrent les messages électroniques mais reconnaissent dans ces petites enveloppes le grisant pouvoir d’être surbookés, nourrissant aux grains nobles les vautours du stress. Bref, comme dirait la pub : il n’y a que mail qui m’aille…

                                                                                                                  Laurent BAYART

 

  • DNA, mercredi 24 septembre 2014 « Le grand stress des « hyperconnectés ».

UNE ETOILE DANS LA NUIT / LE JOURNAL D’HELENE BERR.


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       Préfacé par le récent prix Nobel de littérature Patrick Modiano, le journal d’Hélène Berr se présente comme un intense et vibrant témoignage d’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Ce journal-récit s’échelonne de 1942 jusqu’au début de l’année 1944. Hélène, juive issue d’une famille aisée (le père est industriel), raconte sa soif de vivre, ses sorties culturelles dans un Paris occupé où elle sent – d’une manière étrangement prémonitoire – la tragédie qui se prépare. Elle exulte d’amour et de passion, ode à la vie et à la beauté des éléments, à contretemps du poids d’une actualité qui écrase les destinées. Elle doit déjà jongler, sinon faire du gymkhana, entre les rafles plus ou moins annoncées. Elle éclate littéralement d’amour pour un jeune homme Jean Morawiecki : « Je lui avais trouvé l’air slave, l’air d’un prince slave ». Il s’engagera dans la résistance pendant que, peu à peu, disparaissent les silhouettes « étoilées » dans la ville lumière étranglée par la peste nazie : «  Il y a du beau mêlé au tragique. Une espèce de resserrement de la beauté au cœur de la laideur »

Outre une indéniable qualité d’écriture, on est impressionné par cette femme romantique qui ose encore s’émouvoir et aimer au milieu d’un chaos qui creuse son effroyable fosse. Ce journal, devenu « texte mythique » qui a été offert au Mémorial de la Shoah, est d’une troublante modernité. Il y décrit cette inexorable montée de l’horreur, les camps d’internement, le « Vel d’hiv’ », les trains à bestiaux, l’humiliation quotidienne de cette étoile cousue aux manteaux : « Ce soir, tout a changé à nouveau : je trouve que c’est une lâcheté de ne pas le faire (la mettre), vis-à-vis de ceux qui le feront ». Ce destin hors du commun nous ouvre la voie et nous exhorte à ne jamais renoncer…Les flammes d’hier n’ont pas encore fait taire leurs braises. D’autres incendies tels des fœtus dorment dans le ventre des dictateurs fous.

                                                                                                                      Laurent BAYART

 * Hélène Berr, journal, préface de Patrick Modiano, Points, éditions Tallandier, 2008

Il N’EST PAS D’HABITUDE NI DE BANALITE EN CHAMBRE A AIR/ BILLET D’HUMEUR / ACTE 13

La rouille de l’habitude n’existe pas pour l’observateur quotidien en chambre à air. Arpenter les pistes et autres bandes cyclables permet – pour celui qui est attentif – d’être émerveillé par des chromos ou petites aquarelles qui sont créés dans l’instantané de l’éphémère. Tous les jours, d’autres détails apparaissent, un peu comme si un trésor dévoilait parcimonieusement ses poussières d’or et autres miettes argentées. Rester la tête dans le guidon serait – à l’instar de ceux qui ont les oreilles obstruées par « des bouchons de musique » – refuser, quelque part, la beauté de l’instant et l’envie de communiquer avec son contemporain…

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Ainsi, chaque jour, de drôles d’aphorismes ou fables sont rédigés devant moi. Il suffit simplement de les lire et de bien vouloir déchiffrer le secret de leur signification. Cocasse parfois, en lisère des champs de maïs près de Lampertheim, d’apercevoir un chien attendant discrètement, campé sur le séant, que son maître ait terminé de satisfaire ses besoins naturels. En général c’est plutôt le contraire ! J’entends encore le bruit d’une pétarade en feux d’artifice, non loin du pont tournant de Vendenheim. Des centaines de corneilles ou corbeaux se propageant, telle une nuée de fourmis volantes, dans le ciel… Et puis, en milieu urbain, surprise du cycliste d’apercevoir tôt le matin des dames de petite vertu aux abords de la place de la Bourse ( ???). L’une me gratifia même d’un signe de la main…Oups ! Je me rappelais que de pareilles dames se trouvaient un jour en pleine cambrousse, aux abords des champs, non loin de Cora…L’hypermarché du charme en quelque sorte moins les caddies… Je pense aussi et surtout à ces inconnus qui me gratifient d’un salut complice ; bonjour qui me réchauffe le cœur, car l’indifférence régnant en souverain sur la bande goudronnée fait que des gens passent aujourd’hui sans prêter la moindre attention à l’autre.

Moi, avec ma bicyclette, j’aime envoyer quelques aubades de bonne humeur à ceux que je croise. Manière d’embellir la banalité du quotidien répétitif qui n’a d’habitude que ce qu’on veut finalement bien lui donner.

                                                                                                                     Laurent BAYART

DES NOUVELLES DE COREE / LIVRE

 

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Encore une belle et heureuse traduction et découverte, celle qui rassemble une petite dizaine de nouvelles d’auteurs contemporains coréens (du sud, cette fois-ci). Séoul, vite, vite ! présente une palette surprenante de jeunes auteurs, un peu la crête d’une vague vivifiante d’une littérature qui gagne à être connue. Grâce soit rendue aux traducteurs Kim Jeong-Yeon et Suzanne Salinas. Ecrivains qui ont vu l’avènement de la consommation et de la démocratie : « l’intérêt des Coréens s’est déplacé vers l’individu en tant que tel, c’est-à-dire envisagé hors de la collectivité…/…pour déboucher sur une exubérante aspiration à la réalisation de soi »

On se délecte de ces histoires magistralement menées qui narrent les aléas d’une vie moderne et trépidante, univers asiatique et d’un pays que l’on ne connaît que trop peu où s’entrechoquent modernité et tradition. Dans ce registre, le texte Le déménagement de Kim Young-Ha est un petit bijou de dérision et va donner lieu à des comportements « irrationnels ». On notera aussi la très belle nouvelle Cours, papa ! qui raconte –non sans humour- la fuite en avant du pater, comme une allégorie de ces Coréens, nés à la fin du XXème siècle et qui se cherchent…Quand viendra l’heure évoque avec tendresse la disparition d’une sœur comédienne et de la lecture de son journal par sa sœur. Le drame du Grand magasin Sampung, immeuble qui s’effondra le 29 juin 1995, devenant un sanctuaire de ruines et gravats pour cinq-cents personnes…L’héroïne racontant comment le hasard lui fit échapper à cette dévastation, la vie –parfois et souvent – ne tient qu’à l’extrême bienveillance de la destinée…

Cette anthologie est une petite perle d’exotisme et une manière d’ouvrir l’huitre d’un pays à découvrir, pour y sentir l’irrésistible iode de l’exotisme.

                                                                                                                      Laurent BAYART

* Séoul, vite, vite ! anthologie de nouvelles coréennes contemporaines traduites par Kim Jeong-Yeon et Suzanne Salinas, Editions Philippe Picquier, 2012.

STEPHEN BLANCHARD : L’INOXYDABLE PLUME !

L’écrivain bourguignon Stephen Blanchard est un infatigable et inoxydable animateur de l’équipée culturelle contemporaine. Fondateur de l’association des Poètes de l’Amitié, sise dans la bonne ville de Dijon, il a mis à flot également la revue littéraire « Florilège » qui sort –ces jours-ci- sont cent cinquante-sixième numéro ! Rare dans la geste éditoriale littéraire.

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Son curriculum est quasiment un inventaire à la Prévert, tant il fourmille de mille et une choses qu’il a réalisées. Syndicaliste, organisateur de manifestations littéraires, d’expositions, de récitals, de lectures, créateur de prix…il foisonne d’activités et d’énergie (dopage ?). Et puis, avec cette incroyable panoplie d’interventions qu’il réalise dans moult (frites !) domaines, on en oublierait presque l’auteur qui se cache derrière l’animateur. Seize recueils de poésie publiés, bon an mal an, qu’il ne cesse de diffuser et parfois de réimprimer. Cet homme de cœur et pluridisciplinaire, fécond à souhait, se révèle être aussi un poète de talent qui manie le langage poétique avec finesse et dextérité.

L’homme d’action, en retraite (??) depuis peu – enchaîne de plus bel : il organise des spectacles littéraires et musicaux, presque soixante-dix par an…Il nous donnerait presque le tournis cet oiseau-là dont les plumes ne sont pas prêtes de se décoller du râble. Au pays du chanoine Kir, notre Icare a mis de la super glu !

Chapeau bas Monsieur Blanchard !

                                                                                                                  Laurent BAYART

« LE BEST-SELLER DE LA RENTREE LITTERAIRE » D’OLIVIER LARIZZA

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 Olivier LARIZZA, pardons Octave Carezza, signe un nouvel opus incendiaire de 228 pages : « Le Best-seller de la rentrée littéraire ». Ne vous fiez pas au gentil toutou qui se trouve en couverture. Galurin de touriste sur le chef, chemise à fleurs et lunette d’intello sur le pif, en train de taper sur le clavier de sa vieille Remington à rouleau. C’est un pitbull lâché au royaume de l’édition ! Notre écrivain nous décrit ses pérégrinations dans le monde des lettres. La parole se lâche en goguette et les citations drolatiques (et véridiques) de ses collègues parsèment l’ouvrage comme on saupoudre du parmesan sur des pâtes italiennes…On se régale, mais ça sent le soufre et le vitriole. Sa plume est rouge lance-flammes et dresse des portraits de ses confrères taillés à la tronçonneuse. Drôles, cocasses, pleins d’esprit, on se régale de ses descriptions et des personnages singuliers qu’il côtoie : éditeurs-poussahs en volutes de cigare, vampes admir-actrices, boutonneux des salons du livre du vendredi, Bernard Pinot-Noir, Houellebecq, Sollers ou l’incontournable Bernard-Henry Lévy qui propose des interventions armées (de stylos), sous couvert de l’ONU, dans la Google valley ! Et puis, il paraît que les écrivains possèdent un taux de suicide au-dessus de la moyenne nationale. Le meilleur remède pour ne pas sombrer dans la dépression, c’est (au final) de dévorer le livre-pamphlet d’Olivier Larizza ! Vous ferez l’économie d’une bonne dépression… de bière sans faux cols (culs !).

                                                                                                               Laurent BAYART

                                        * « Le Best-Seller de la rentrée littéraire » d’Olivier Larizza, éditions Andersen.                            

LAURENT BAYART DANS LA REVUE BOURGUIGNONNE « FLORILEGE ».

 FLORILEGE 156 UNE-pm couvertureQuatre textes inédits (Glisse, Boîtes à lettres, Incuriosité absolue et Porte étroite)  de Laurent BAYART ont été publiés dans le dernier numéro de la revue « Florilège » des Poètes de l’Amitié à Dijon. C’est l’une des plus anciennes publications littéraires et poétiques de France avec 156 numéros parus et un nouveau look qui la rajeunit !

L’ANNIVERSAIRE DE LA BIB DE MUNDO : CINQ ANS DEJA !

 Un petit hommage particulier à la dynamique et sympathique équipe de la bibliothèque de Mundolsheim, lieu de vie et d’échange, de passage et de convivialité dans le village. La culture est un vecteur important de lien social, on ne le répètera jamais assez. Grâce à Céline Hirtz, Claudia Windstein et Brigitte Thomas, entourées par une équipe de bénévoles compétentes et toujours attentionnées, la bibliothèque propose –tout au long de l’année – des animations, expositions et autres rendez-vous dans un espace aéré, confortable et lumineux.

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Cette ancienne école primaire est dotée d’un magnifique préau et d’un jardin coquet à l’arrière, qui lui confèrent un cachet intimiste et chaleureux. Les chiffres témoignent de cet engouement et parlent d’eux-mêmes : 16% des habitants de la commune fréquentent « l’Arbre à lire » ! Un bel arbre qui ouvre ses bras aux lecteurs, comme des branches remplies de feuilles…L’hiver n’est pas prêt d’arriver à Mundolsheim !

bibliothèque@mundolsheim.fr