Archives de catégorie : Blog-Notes

PABLO, MON CHAT, SUR LE QUAI DES GRANDS DEPARTS…

         Je sens qu’il est bientôt l’heure de nous quitter. Pablo, mon chat que j’ai tant aimé, prépare ses bagages pour le Grand Voyage, celui dont on ne revient pas…Depuis plusieurs jours et heures, je me fais doucement (cruellement) à l’idée de ton absence. Pablo, mon chat qui a posé ses apaisantes vibrisses et ses ronrons sur nos existences, en égayant nos vies et en nous offrant la chaleur de nos rendez-vous quotidiens. La vie est décidément impitoyable qui nous oblige à partir, à s’en aller pour des ailleurs dont nous n’avons pas idée. Nous éloigner, êtres humains et animaux, de ceux que nous aimons tant…Mon âme est triste, Pablo. Demain, quand tu auras pris la poudre d’escampette, je te verrai, te devinerai encore, en train de me suivre, compagnon fidèle, ami d’au-delà des mots et des apparences. Mon frère à quatre pattes. Tant de connivences et de moments partagés. J’avais 48 ans quand tu es arrivé dans notre petite famille !

Pablo, je t’aimais. Je t’aime toujours mon chat.

Certainement, demain, tu seras notre ange-gardien en coussinet qui veillera sur nous et nos destinées. L’amour est une éternité qui nous remplit de sa grâce.

Et je sais, que tu me suivras, félin de l’invisible pour me réclamer cette caresse qui scelle la tendresse des départs contraints.

Que Dieu, qui aime toutes les créatures, te protège à jamais! Et, demain, se retrouver, comme si de rien n’était.

Pablo…si près, si loin déjà.  Le point final est comme une larme/gouttelette que l’on laisse à la fin d’une phrase sur la feuille fine et blanche d’un mouchoir. Synonyme de partance…

Adieu Pablo.

                                                 © Laurent BAYART

BILLET D’HUMEUR / ACTE 170 / CAMILLE A UN AIR DE FETE SUR LA TETE !

         Telle une princesse aux cheveux d’herbes folles, Camille chante le vagabondage du printemps dans sa chevelure, à l’image d’un champ qui danse de la bossa nova avec les alizés. Epis en goguette et fleurs sauvages qui gazouillent le printemps sur sa toison de petite amazone. La vie est si belle dans le chahut et la turbulence des instants enchantés ! Camille, petite fée électrique aime dessiner sur des bouts de papier abandonnés à la discrétion de son imaginaire. Artiste déjà au bout de ses doigts-fougères ? Ses traits de couleurs sur la feuille blanche comme une chevelure en palette qui esquisse des arabesques en touffes de friselis et de bouclettes. Tu lutines en feu follet et rends nos vies plus belles et légères, en  t’envolant tel un papillon, se posant sur un pétale de pâquerette ou le rubis rouge d’un coquelicot.

La caresse d’un peigne serait une offense à ton désir de liberté…capillaire. Et la tondeuse moissonneuse batteuse de ses couperets/ciseaux, une folle hérésie !

– Cheveu m’amuser avec l’air qui joue de la musique sur ma caboche ! Nous scande notre petite fille…

Camille a un air de fête sur la tête !

                                                                               © Laurent BAYART

                                                                                     11 mai 2021

LIVRE / LOO HUI PHANG OU L’ŒIL DU PHOTOGRAPHE QUI ECRIT…L’EXIL.

          Scénariste de bande dessinée et photographe, Loo Hui Phang est née au Laos et grandi en Normandie, son livre sensuel, comme un retour aux sources, emmène le lecteur dans son pays d’origine, via Savannakhet, à l’occasion du décès de sa grand-mère Wâipo (Vietnamienne d’origine) dont on découvre la vie, au fil de ces pages.

L’Imprudence est peut-être un livre inclassable, le premier roman de cette photographe graphiste qui raconte cet exil qu’elle porte en elle dans son âme : Quand je parle en français, je mens. Et quand je pense en français, je me travestis. Ce voyage lui permet de retrouver les traces d’une vie passée et des émotions fixées dans l’album des souvenirs : Nous prenons place sur le trottoir, devant l’ancien cinéma à la façade rongée d’humidité. Tu savoures ton sa nom yen les yeux fermés et je sens un plaisir immense infuser en toi…/…Ce thé a vraiment la couleur du Mékong. On a l’impression de boire de la boue. 

Et puis, la photographe n’est pas loin : Il faut passer à autre chose, lâcha-t-il. Je frémis. Sa parole serait définitive « Maintenant, prenez les gens de face. Trouvez votre jeu de jambes ». Je répondis que je ne savais rien, que j’avais appris seule, avec un vieil appareil dont personne ne voulait. 

Voyage attachant et troublant dans ce culte de la mémoire  et «l’épaisseur du temps » qui permettent de retrouver son identité, à travers le passé et l’exil où le seul endroit sur terre dont je peux revendiquer l’appartenance est le périmètre de ma peau. C’est là, le seul, le vrai lieu qui est mien.

                                                                                Laurent BAYART

* L’Imprudence, roman de Loo Hui Phang, Actes Sud, 2019.

BILLET D’HUMEUR / ACTE 169 / UNE IVRESSE DE LIBERTE DANS UN CIEL SANS MASQUE.

          A la fin, voileront-il aussi les nuages ivres de vents et d’espaces en leur fichant un masque sur leurs minois de gaze, filant dans le ciel bleu comme des feux follets ? J’ai peur que le soleil ne s’y retrouve plus dans cette vaste mascarade où l’on dissimule chaque visage sous les monocles d’un tissu. Frères, je voudrais tant revoir vos sourires !

Le virus est devenu un soleil noir qui plane sur nos destinées plongées dans l’anonymat.

Faire définitivement tomber le masque à terre comme on se débarrasse d’un poids. Mes lèvres auront recouvré leur liberté. Enfin retrouver le monde d’avant que tout disparaisse derrière ce voile comme un rideau de scène.

Et t’embrasser enfin sans gestes barrières et tamis en tissus.

Un baiser sur ta peau, tout simplement, comme le nuage étreint le ciel avec la plume de quelques oiseaux. La tendresse de se revoir enfin et de se toucher comme on se serre les mains, en un cocktail d’accolades de retrouvailles. 

En fraternité de nos humanités.

Il n’est que temps pour le printemps.

                                                     ©  Laurent BAYART

                                                                                         6 mai 2021

BILLET D’HUMEUR / ACTE 168 / LES BARRIERES DES GESTES FRONTIERES SE SONT BAISSEES…

Il faudra décidément s’y faire, à vivre masqués jusqu’à d’hypothétiques jours meilleurs quand le virus et ses fichus variants, pas marrants, auront décidé de nous lâcher la grappe ! Foi de pangolin ! Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux…scandait, jadis, Louis Aragon. C’était avant le coronadestrictus…

Nos minois dissimulés, nos lippes planquées derrière les tulipes, et nos faciès embusqués sous d’impudiques  tissus. Nos sourires ont été dérobés. Reste le rubis des pupilles pour dessiner un zest de ciel bleu. Les gens passent derrière moi dans l’incognito des jours tristounets. Un monde nouveau est né sous nos yeux et sous notre nez (caché). Bouche bée dissimulée.

Alertez les bébés ! Comme le chantait, en son temps, Jacques Higelin. Révoltez-vous les enfants ! Demain, vous ne pourrez même plus embrasser vos parents et les câliner affectueusement ! Il vous faudra appliquer la distanciation corporelle et sociale.

Leur tenir la main et leur effleurer la joue dans un essaim de tendresse. Exit l’humanité des tendresses retrouvées…

Les masques sont devenus les nouveaux barbelés des frontières de demain. Les gestes ont fait tomber leurs barrières sur les routes qui nous reliaient au pays de toutes nos fratries.

L’être humain transformé en douanier (sanitaire) et une simple piqûre s’étant muée en laisser-passer…Le tampon d’un vaccin, comme le cachet de la poste, faisant foi, froid dans le dos…

                                                                   © Laurent BAYART

                                                                                2 mai 2021

LIVRE / L’HISTOIRE A LA MACHETTE ET A LA « KALACHE » ENTRE HUTUS ET TUTSIS.

         L’actualité, tels les remugles d’une sinistre marée noire (« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne sont pas noyés, sont mazoutés à vie.»), est revenue rappeler – récemment – qu’un million de personnes a été trucidé dans ce conflit ethnique qui a marqué l’histoire récente. L’ouvrage de Gaël Faye, rappeur franco-rwandais, finement écrit, nous le raconte, vu de l’intérieur. C’est sous la plume de Gabriel, enfant égaré dans un paradis situé dans son « petit pays » qu’est le Burundi qui jouxte le Rwanda, le pays des Mille Collines, qu’on surnomme aussi la Suisse de l’Afrique, que la narration se dérouleraLe nom de Rwanda évoquera désormais un effroyable génocide…

L’enfant raconte les différences entre Hutus et Tutsis sous l’analyse d’un regard naïf « haut de trois mangues ». Comment comprendre que les adultes se massacrent pour une question de nez ? : Puisque les Hutus l’ont gros, il faut en déduire que Cyrano de Bergerac est un des leurs. Tout cela sous fond de dispute en mode conflits entre ses parents : Entre Yvonne, sa mère Tutsi, née en 1963 au Rwanda et son père blanc, Michel, originaire des Vosges, rien ne va plus. Le paradis se fissure…

Ligne de partage des eaux où l’incompréhensible haine va prendre le dessus sur les vieilles fratries et connivences de la jeunesse : J’ai beau chercher, je ne me souviens pas du moment où l’on s’est mis à penser différemment. A considérer que, dorénavant, il y aurait nous d’un côté et, de l’autre, des ennemis…Et plus loin Nous vivons sur le lieu de la Tragédie. L’Afrique a la forme d’un révolver. Rien à faire contre cette évidence. Tirons-nous…

La chaos va s’installer comme une sanglante évidence, une hémorragie impossible à juguler, l’instinct de mort étant trop fort : La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. 

L’enfant s’exilera –in-extremis- en France, échappant à la longue litanie de la barbarie, pour raconter, plus tard, en chansons et en mots, la longue déshérence d’une humanité meurtrie qui bafouille ses morts.

                                                                    © Laurent BAYART

Petit pays, roman, de Gaël Faye, Editions Grasset, 2016.

BILLET D’HUMEUR / ACTE 167 / NOS OMBRES DANSENT SUR LE GOUDRON.

         Nos ombres dansent sur le goudron. Silhouettes imprimées en noir sur gris clair. On devine et imagine nos corps et la ligne jaune du quai, limite à ne pas dépasser. Les trains sont des ogres qui pourraient vous happer ! La lumière se trouve juste derrière nous avec la lampe halogène du soleil. Où vont nos ombres lorsque les nuages viennent griser le ciel et mettre un monocle sur l’astre du jour ? Où s’en vont-elles ?

Nos apparences, comme de fidèles compagnons, nous pistent et nous suivent inexorablement.

Un papy et un enfant assis sur un banc.

Et le soleil, complice de l’instant, qui joue au flash de la photo tirée sur le papier/pellicule du sol granuleux.

Il ne manque que l’ombre du moineau de la photo qui s’échapperait de la volière noire de l’obturateur de l’appareil, avec son clic…

Un oiseau noir s’envole dans le ciel. Ou du moins, son ombre…

                                                                                 Laurent BAYART

                                                                                   © 25 avril 2021

BILLET D’HUMEUR / ACTE 166 / LA RE-CRAIE-CREATION SUR LES PAVES DE LA VILLE.

         L’enfant dessine à la craie ses rêves pour demain sur les pavés de la ville. Instant d’arrêt à ras des semelles. Il imagine un monde en couleurs sur l’ardoise du sol. C’est son Lascaux à lui. Une grotte de bique couchée sur la paroi des carreaux. C’est sa ré-craie-création dans cette cour d’école imaginaire. Sous le préau, la plage ? Cours de dessins improvisé, il suffit de se mettre par terre. Le petit – pavé de bonnes intentions – esquisse figurines et arabesques, lutinant avec les formes et les courbes.

Il griffonne, gribouillonne les images brouillonnes qui dansent dans sa tête. Drôles de personnages qui s’avèrent être papa, maman et le bébé qu’elle attend !

Une corneille de passage – en vue aérienne – s’interroge et essaie à déchiffrer ce message sibyllin, rédigé à hauteur de limace.

Alphonse écrit, joue de la musique et chante avec sa craie. Les petits pavements sont des partitions.

Il suffit simplement de jeter sur le Sol, la clef de sa mélodieuse poésie…Et la jubilation du bambin s’opère, grâce à la baguette magique d’une craie…

                                                                          ©  Laurent BAYART

                                                        21 avril 2021

BILLET D’HUMEUR / ACTE 165 / GARE…AUX TROIS MOUSQUETAIRES !

C’était un jour à la gare de Haguenau, trois petits, scotchés au parapet d’un pont observaient un train en partance…Leurs regards noyés dans l’ivresse bleue d’une petite ligne d’horizon en mode travées de rails. Longues lignes droites qui s’en vont vers Strasbourg et même plus loin, en direction du sud : Sélestat, Colmar, Mulhouse, Marseille…la mer… Magie de l’évasion et de cette envie de partir sur les voies ferrées comme les voies lactées du cosmos. Désir de voyage et de liberté pour ses aficionados de la couche culotte. Des billes dans les yeux, mais sans billets dans les poches… Les trois enfants regardent le train s’en aller…Que c’est beau un autorail qui glisse sur son chemin de fer ! Et le conducteur de pousser un trille de connivences en forme de klaxon tintamarresque, histoire de leur faire un petit clin d’œil au passage. Coucou du cheminot aux enfants qui cheminent haut…

Trois gavroches à la gare de Haguenau. Il suffit de rien du tout pour faire rêver les gamins.

Quelques étoiles accrochées à des wagons, une station où les gens vont et viennent, transhumance du quotidien et ce pont, comme un observatoire ou un phare érigé face à l’immensité de l’océan où se joignent et rejoignent les routes des bouts du monde. L’Amérique des confins et de l’imaginaire ? Terra incognita et finistère ?

Enchantement d’une gare qui fait encore rêver les enfants…mais aussi les adultes qui les scrutent avec des fourmis dans les poignets qui tiennent leurs bagages brûlants…

Leurs tickets dans les mains qui font des étincelles de feux d’artifice.

                                                              © Laurent BAYART

                                                19 avril 2021

FOCUS / CYCLISME / HANDISPORT OU LES ANNEAUX OLYMPIQUES COLLES AUX JANTES DE KATELL ALENCON.

Le hasard des « amitiés » facebookiennes m’a guidé sur le parcours atypique d’une jeune cycliste handisport, aujourd’hui professionnelle dans l’équipe Cofidis, au parcours remarquable qui dépasse largement le cadre du sport de haut niveau. Il s’agit de Katell Alençon, jeune compétitrice dont la vie bascula (à 25 ans) en 2011 à la suite d’une complication après une entorse à la cheville. Elle sera amputée de la jambe droite ! Un séisme pour cette jeune femme passionnée de vélo qui ne lâchera jamais, malgré les vicissitudes et les épreuves de la vie. Elle se remettra à marcher, courir et à faire du sport. Respect et chapeau bas ! Une incroyable leçon de courage à méditer ! J’ai souvenance d’un titre d’ouvrage d’Eric Jalabert, récit/mémoire, dont le titre est déjà une citation d’aphorisme et qu’elle pourrait reprendre à son compte : A chacun son défi !

Incroyable itinéraire qui suscite la considération car, sans se décourager, elle reprendra la compétition, grâce à une prothèse et participera aux Jeux Paralympiques de Rio en 2016 où elle décrochera une neuvième place au contre-la-montre et une septième place dans la course en ligne. Elle prépare aujourd’hui, justement, les prochains Jeux qui auront lieu, normalement, cet été au Japon ( programmés en 2020, mais repoussés, suite à la pandémie). J’ai d’ailleurs fait sa « connaissance » sur sa page Facebook, lors du stage qu’elle a effectué récemment en haute montagne avec son équipe. Une belle découverte sur les réseaux sociaux ! Eh, oui, il n’y a pas seulement des photos de repas dans les assiettes !

J’avais envie d’écrire un petit texte/focus, hommage à cette jeune femme dont les médecins avaient prédit qu’elle ne ferait plus jamais de sport…Quel beau…pied de nez à l’adversité !

La vie est souvent une épreuve, un parcours de combattant parsemé de chausse-trapes et d’embûches. Cette jeune femme cycliste a déjà réussi l’essentiel qui vaut tous les podiums : faire en sorte que la roue (de l’infortune qu’elle a transformé en fortune) continue de tourner et le paysage à défiler.

Respect et admiration. Elle a déjà glané une incommensurable médaille d’or…

                                               © Laurent BAYART