Archives de catégorie : Blog-Notes

GILLES LAPOUGE, L’ORPAILLEUR DES VOYAGES.

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Gilles Lapouge est une sorte d’orpailleur des mots et des voyages. Cet écrivain et journaliste connaît bien un pays qu’il raconte souvent  dans ses ouvrages : le Brésil, dans lequel il a résidé plusieurs années en tant que correspondant pour un journal.

Son nouveau livre « Nuits tranquilles à Belém » est singulier par son approche. En effet, le narrateur semble atteint d’une totale amnésie quant à son identité et erre à la rencontre de son personnage. On apprécie l’ironie de l’auteur quand il est question d’écrivain-voyageur, à l’occasion du fameux festival de Saint Malo. Lui, qui se perdait souvent dans ses itinéraires, se considère, comme disait Mallarmé à propos d’Arthur Rimbaud, en « voyageur toqué » ou un « voyageur étonné » car « j’arrivais toujours dans des endroits inattendus qui n’étaient pas dans les mappemondes… ».

Enquête et quête avec un curieux antagoniste du nom d’Olacyr de Freitas, un nom tout en exotisme, à la recherche de Blaise de Pagan, géographe de Louis XIV. Le premier cité, historien à la retraite, disant fort joliment : « Avec la retraite, ma vie s’est remplie de dimanches. Il y avait des dimanches partout. Je ne savais plus qu’en faire. Chaque matin, je tombais dans un dimanche… »

Gilles Lapouge décrit parfaitement bien les contrastes de ce pays-continent : « Au Brésil, ils n’ont qu’une seule nuit. Et un seul noir, un noir dur et luisant comme une carapace d’insecte, un noir indélébile. »

Et puis, on apprécie cette conversation décalée avec Nicolas Bouvier, le parangon de la bourlingue, étonné d’abord puis convaincu par notre écrivain qui prétend qu’un vrai voyageur ne devrait jamais revenir. « Qu’est-ce que tu veux, ce n’est pas ma faute si la terre est ronde. Je reconnais que ça marchait mieux avant, d’accord. Avant, quand la terre était plate, comment tu aurais pu revenir à ton départ ? ».

                                                                                                                      Laurent BAYART

* Nuits tranquilles à Belém, de Gilles Lapouge, Editions Arthaud, 2015.

LIVRE / COMME UN POLAR AU ROYAUME DU CYCLISME OU PIERRE BALLESTER BALANCE !

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Pierre Ballester est journaliste sportif. Prix Blondin en 1994, il enquête depuis une quinzaine d’années sur les affaire de dopage. Autant dire qu’il connaît bien son sujet ! Parmi son tableau de chasse, on peut signaler : L.A. Confidentiel : les secrets de Lance Armstrong.

Paru en 2013, son livre Fin de cycle, Autopsie d’un système corrompu constitue une enquête fouillée et fournie sur le monde hallucinant du dopage et de son corollaire le business. C’est un véritable roman noir ou polar que l’on tient entre les mains, ou le sport et le cyclisme ne constitue qu’un décor en carton-pâte. Sont évoqués le procès Festina, les Sepp Blatter de l’Union Cycliste Internationale, évidemment le système Armstrong « Arm strong » – bras long », l’incroyable machinerie mise en place où dirigeants, coureurs et politiques baignent dans le cambouis jusqu’aux…bras ou plutôt jusqu’aux mollets…Et puis ce terrible constat sans appel : De 2000 à 2012, huit des treize dernières éditions du Tour d’Espagne ont été remportées par des coureurs convaincus après coup de dopage…/…Le Tour d’Italie en présente dix sur treize possibles ! Et le Tour de France ? Même score, dix sur treize ! En prime, vingt des vingt et un coureurs qui ont piétiné les podiums sous l’ère Armstrong sont encalminés jusqu’à la glotte…Bon, on arrête le massacre à la chaîne (titre du livre de l’ancien soigneur (Willy Voet) de Festina !) et on se tape un morceau de Cochonou…en regardant passer les seringues au bord des routes. Après, on admire les beaux paysages de France racontés par Eric Fottorino, le successeur de Jean-Paul Ollivier.

                                                                                                                      Laurent BAYART

* Fin de cycle – Autopsie d’un système corrompu – de Pierre Ballester, Editions de la Martinière, 2013.

LIVRE / LE RAVISSEMENT D’UN CONTE EGYPTIEN.

 

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Il y a un peu du ravissement et de la magie des contes des Mille et une nuits, ainsi que des récits bibliques, dans ce livre d’un auteur égyptien Ahmad Aboukhnegar « Le ravin du chamelier ». Publié d’abord au Caire en 2008, il est repris et traduit par Actes Sud/ Sindbad en 2012. Ici, l’on nous parle de caravane bédouine errant dans le désert, puis d’un ravin, lieu mythique et mystérieux – telle une oasis – qui ensorcelle les personnages de ce livre. Serpents, djinns, bergers et chameliers s’entrecroisent dans un monde devenu mythologique. On appréciera la finesse et la poésie d’un récit qui s’apparente tantôt à la fable, tantôt au conte populaire et aussi à la geste philosophique. Un dépaysement garanti que cette entrée dans l’abime inspiré de ce ravin, où l’univers semble inventer une manière de cosmogonie.

* Le ravin du chamelier de Ahmad Aboukhnegar, traduit de l’arabe par Khaled Osman, Actes Sud/Sindbad, 2012.

LIVRE/ CHI LI ET SON COUP LITTERAIRE GRACE AUX COUS DE CANARD…

imgres Pour une fois, le nom de cette romancière chinoise est facile à retenir : Chi Li ! Est-ce sa date de naissance : 1957 ou la photo marrante du vélo et de son cycliste en couverture ? En tout cas, ce livre intitulé « Le Show de la vie » a tout de suite titillé ma curiosité…

Ce roman, écrit avec bonne humeur, nous raconte la vie mouvementée d’une femme appelée Célébrité –clef de voûte – de ce quartier populaire et emblématique de Bon-Augure, aux odeurs de soja puant frit, situé dans la ville de Wuhan. Héroïne en espèce de mère Thérèsa des nuits déjantées de cette rue, où artistes et vendeurs à la sauvette font exploser cette (sympathique) cocotte minute. Ainsi, porte-t-elle à bout de bras un frère drogué et soutient amis et familles…Elle tient un étal de cous de canard qui fait sa renommée ! La narration se déroule avec fraîcheur et une indéniable qualité littéraire, où les bons mots ne manquent pas : La plus grande faiblesse chez les artistes, c’est de confondre éternellement la scène et la vie…Des tas de personnages se côtoient dans cette rue improbable où les rendez-vous sont des moments d’humanité et de philosophie : Les endroits où l’on boit remplissent la même fonction que ceux où l’on joue : ce sont des lieux où il faut rivaliser de finesse, de courage et de combativité…

On y apprend, suite au succès de ce livre, que les cous de canard sortis tout droits de l’imagination de la romancière sont devenus la spécialité du lieu, et qu’on vient désormais les déguster des quatre coins de la Chine !

A défaut d’un couac, cet ouvrage a constitué un sacré… coup littéraire !

Laurent BAYART

* Le Show de la vie de Chi Li, éditions Actes Sud, 2011.

LIVRE / LES TROUS NOIRS D’UNE VIE…

imgresIl n’est jamais facile de vivre dans l’ombre d’un génie, en l’occurrence celle du célèbre physicien britannique Stephen Hawking, « l’héritier d’Einstein ». Le livre biographique, de son ex-femme Jane, pose un éclairage attachant sur une épouse amoureuse d’abord, qui prend ensuite le statut d’infirmière dévouée et enfin se métamorphose en véritable Mater dolorosa en se sacrifiant, jour et nuit, pour Stephen. En effet, l’existence du jeune couple bascule lorsqu’on détecte une maladie paralysante incurable, connue sous le nom (savant) de syndrome latérale amyotrophique.

La maladie commence alors à ronger les fonctions nerveuses du jeune homme, réduisant peu à peu son existence à un brouillon de vie, même si son activité intellectuelle reste foisonnante. Dans ce livre de mémoire, Jane raconte, avec pudeur et beaucoup de tendresse, son sacrifice, car elle devra mettre entre parenthèse ses études médiévales et ses activités de choriste. Il y a de l’humour, de la compassion et un indéfectible attachement à l’homme qui ne cesse d’être hanté par le concept des trous noirs dans l’espace. Habitant à Cambridge puis en Amérique, elle fera le récit de ses années de galère où ils durent chercher des financements, alors que le scientifique croulait déjà sous les reconnaissances, les honneurs et les médailles…

Elle nous avouera aussi que le génie, devenu handicapé et totalement dépendant, deviendra un véritable tyran vis à vis de cette femme qui se dévoua pour lui…Aussi, le divorce fut inévitable au bout de vingt cinq ans de vie partagée.

Avec noblesse, cette femme éreintée nous raconte ce chemin de croix mais aussi quelques anecdotes croustillantes sur un Stephen Hawking qui se prit les roues dans le tapis dans les salons de la reine d’Angleterre, fut un trompe la mort lorsqu’il conduisait encore, mais aussi le mépris et l’indifférence qu’elle rencontra dans la cour de cet homme d’exception.

Et puis, au détour d’une page (il y en a tout de même 440 !), lorsque Stephen tombe dans le coma dans un hôpital Genevois, elle écrit : « Cette nouvelle bouleversante nous plongea dans un trou noir ». Un comble, non ? A moins que cela soit le couronnement d’une œuvre éponyme ?

                                                                                                                      Laurent BAYART

* Ma vie avec Stephen Hawking, une merveilleuse histoire du temps, de Jane Hawking, Editions Terra/Nova, 2015.

 

RETOUR SUR LE SALON « DE LA NATURE DU LIVRE » A LA FERME BUSSIERRE DE LA ROBERTSAU DU 7 ET 8 NOVEMBRE.

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Placée sous le talisman doré du soleil et des températures printanières, cette 3ème édition du salon « De la nature du livre », qui s’est tenue dans ce lieu magique et bucolique qu’est la ferme Bussierre, a constitué un moment chaleureux de rencontres et de découvertes. Invité, pour ma part, depuis sa création, c’est avec bonheur que j’ai répondu à l’invitation de Bernard Irrmann, son infatigable organisateur et comme dirait la pub « Si nous ne portons pas le même maillot, nous avons la même passion », celle du vélo et des rencontres !

Situé près du parc du château de Pourtalès, le centre d’Initiation à la Nature et à l’Environnement est entouré de grandes étendues d’espaces verts et de forêts. Ainsi, les écrivains et artistes conviés avaient  l’impression de passer un week-end d’oxygénation plutôt que de participer à une « classique » séance de dédicaces…En ce qui me concerne, je fus ravi de pouvoir discuter avec de nombreux lecteurs, badauds et curieux, avides de découvertes, d’autant que j’étais accompagné par la photographe Annaëlle Desplanches (avec laquelle j’ai publié Petites bêtes et autres z’ANIMOTS) qui avait glissé quelques-unes de ses photos sur les grilles, derrière nous, et qui était accompagnée de son sympathique toutou  Jowi, berger des Shetlands! Qui fit le buzz –comme on dit – durant le salon…

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Rencontres et connivences avec les amis écrivains comme Olivier Larizza, Philippe Lutz –à la gâchette photographique impressionnante ! -, Jean-Paul Klée, Albert Strickler et bien d’autres. Ravi de retrouver l’ancienne conseillère au livre de la DRAC, devenue écrivain(e) : Chantal Robillard. Excité de faire la conversation de mon ancien patron à la commission culture du Conseil Général de l’époque: Robert Grossmann, toujours pétillant de curiosité et affûté comme jamais. Cet homme de culture (et cultivé) n’a jamais cessé de m’impressionner. Conversation impromptue et chaleureuse avec ce jeune écrivain qu’est le romancier Michel Hutt et brin de parcours avec mon confrère, intarissable arpenteur de territoire en vélo : Louis Holder. Plaisir des rencontres aussi avec cet élu (à l’écharpe verte) passionnant et passionné qu’est Alain Jund qui sait de quoi il parle lorsqu’il disserte sur les déplacements urbains en bicyclette…

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Bref, des moments qui vous revigorent et vous redonnent de l’énergie. Merci à Bernard Irrmann pour avoir été le « chaman », en compagnie de ses collègues bénévoles, de ces instants magiques où la convivialité fut –somme toute -…une alchimie naturelle !

                                                                                                                      Laurent BAYART

 

 

FOCUS/ NORA LUGA, LA GRANDE DAME DE LA POESIE ROUMAINE

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Curieux ouvrage que ce livre intitulé « La sexagénaire et le jeune homme » publié par cette grande dame de la poésie roumaine qu’est Nora Luga, professeur, journaliste, éditrice et traductrice qui « commet » aujourd’hui un texte en prose. Annoncé comme autobiographique, ce livre de 158 pages –sans chapitres s’il vous plaît – nous entraine dans les confessions, souvenirs et autres anecdotes d’une femme Anna – soixante-cinq ans – qui a connu les grands chahuts de l’histoire. Passionnant récit où elle conte et raconte un parcours qui ne fut pas un long fleuve tranquille. Journalisme, édition, amours au pluriel toujours avec l’œil sombre de la Securitate, et plus avant les Gardes de fer veillant aux grains, la dissidence et l’engagement aussi, car écrire est toujours une forme d’engagement. Elle côtoie ainsi des personnages emblématiques de la dissidence comme Paul Goma et dresse le portrait de son amie Terry, une sorte d’alter-ego ? Elle déambule dans ce lieu emblématique qu’est Capsa à Bucarest (confiserie à l’origine puis restaurant) où venaient Ion Barbu et Artur Enasescu.

Le livre est plein de sensualité et d’humour, ainsi la poétesse lâche au passage une formule qui résume le trait de caractère des roumains : Je ne connais pas plus tolérants que les Roumains. C’est pour ça que nous avons aussi des cafards et des rats. C’est aussi pour ça que la plupart des Tziganes d’Europe se sont installés chez nous. Sans doute que le principe du Je-m’en-foutisme fonctionne ici aussi…Plus loin, la prosatrice devenue âgée revient avec nostalgie sur la vieillesse : Tu sais, quand on commence à vieillir, les deux renoncements les plus difficiles sont la perte de la vue et celle de la mémoire. Et plus loin, parlant de cet instinct de liberté que possède chaque être humain, elle se pose la question de savoir si ce n’est pas une réminiscence du paradis perdu ? Voilà un livre bien élégant qui passe à travers l’histoire en forme de récit. L’ouvrage se termine par un bref entretien avec sa traductrice Claude Murtaza. Une manière de faire connaissance de cette âme roumaine qui joue sa nostalgie sur nos âmes, tel l’archet d’un violon.

                                                                                                                      Laurent BAYART

  • La sexagénaire et le jeune homme, de Nora Luga, Le Square Editeur, 2014.

LIVRE/ MIRCEA CARTARESCU OU LE SEDAR SENGHOR DE LA LITTERATURE ROUMAINE ?

imgres-1Né en 1956, Mircea Càrtàrescu enseigne la littérature et a publié une bonne trentaine d’ouvrages. Je viens de terminer « Le Levant », paru en 2014, qui révèle l’indéniable qualité d’écriture d’un auteur singulier, sachant manier l’humour et saisir les mots pour en faire des papillons de splendeur. Ce dernier opus représente un véritable hymne à la liberté et un plaidoyer pour la poésie où l’on déambule avec Manoïl,  jeune homme sensible et courageux, tourmenté par les malheurs de son peuple  (référence au Maître bâtisseur Manole ?).

Ce livre se compose de plusieurs « chants » où l’humour et la dérision croustillent comme du bon pain frais. Poète troubadour, chantre de la Valachie et des terres roumaines de l’ancienne Dacie, Mircea Càrtàrescu émerveille par la justesse de ses mots et l’amour de son pays, chahuté par les soubresauts de l’histoire : Oh, pauvre pays, gardes-tu des fruits dans tes granges ? Y a-t-il encore du sang chez les Roumains, qui triment depuis une éternité ? Je pense en le lisant à Marin Sorescu, le berger des Carpates. En drôleries permanentes, cet ouvrage fourmille d’une ironie bien roumaine. Il apostrophe ses personnages de romans qui ne connaîtront jamais la camarde : Braves gens, ai-je dit, ne craignez nullement la mort. Parce que vous n’êtes que des personnages…/…Vous vivrez à nouveau dès qu’un œil déchiffrera de nouveau ces lettres, dès qu’un lecteur rouvrira ce livre. Et plus loin, notre écrivain de vanter l’avènement d’un empereur poète, qui chantera la grandeur de notre peuple dans ses vers, comme Sédar Senghor…

Et si, ce bonhomme-là, était tout simplement Mircea Càrtàrescu ?

                                                                                                                      Laurent BAYART

* Le Levant, roman, de Mircea Càrtàrescu, Editions P.O.L. 2014.

BILLET D’HUMEUR / ACTE 28 / AIMER AVANT QUE LE CIEL NE FERME SES RIDEAUX…

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Les temps sont au chahut, à l’incertitude, aux ballotements et déchirements. Nuages sombres d’une actualité qui ne fait qu’aliéner les êtres humains. Romance de la turpitude des politiques et des bruits de bottes. Les frontières sont bousculées, les oracles annoncent des apocalypses de comptoir. On voudrait tant y croire mais le ricanement des cimetières nous glace les tempes. Et puis, la nature fait encore des siennes ! Les océans se montent en épingle et viennent jouer aux débordements (il ne s’agit pas là de football !), tandis que des cyclones dessinent des spirales folles dans le ciel tourmenté. Même les oiseaux se mettent à voler à l’envers (comme le chantait le regretté Jean-Michel Carradec). Ah, le grand Nicolas Hulot nous avait pourtant bien prévenus…

Moi, je voudrais dessiner encore quelques étoiles sur le front des enfants, et sur tes joues comme des mandarines, à toi petit Jules qui vient de naître et nous émerveille de joie. Je voudrais tant te donner des brassées d’espérance…Mais l’humanité –Alzheimer – n’a plus la mémoire de ses génocides et de ses haines. Et pourtant, c’était il y a quelques fractions de seconde à l’échelle de la planète…Dire encore « Je t’aime » avant que les nuages ne basculent dans la grande dépression.

Aimer pendant qu’il en est encore temps, avant que le Grand Magicien de nos vies tire les rideaux du spectacle. Las de ce que nous avons fait de tous ses miracles…

                                                                                                                      Laurent BAYART

  • photo d’Erik Vacquier, alias Némorin

ERIC FOTTORINO OU UN SACRE TOUR DE FORCE !

 

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Qui n’a pas rêvé de faire un jour « son » Tour de France ? D’en aspirer les contours avec son vélo ? Eric Fottorino, journaliste et sportif émérite, a réussi le pari fou en juillet 2013 de réunir un peloton d’une vingtaine de coureurs (hyper motivés) et de réaliser le parcours de ces « géants de la route », 24 heures avant leur passage. Il a fallu trouver des sponsors, organiser une logistique imparable et avoir dans leur sillage un certain nombre de voitures suiveuses, et caetera…Trouver aussi et surtout une vingtaine de passionnés volontaires, n’ayant pas peur de faire trembler – voire de déchirer- leur cuissard !

C’est décidé, le 100ème Tour de France aura son éclaireur. Je serai en quelque sorte son signe avant-coureur…confie l’écrivain-cycliste, et de rajouter : Ouvrir le jeu aux jeunes, troquer mon énergie d’organisateur contre la fougue de leur envie. Et voilà que la caravane de ce « Tour de fête » (en hommage à Tati, le facteur de « Jour de fête ») s’élance –à l’instar des pros – de Porto-Vecchio le 28 juin…en ayant obtenu l’accord des organisateurs du « vrai » Tour ! Bien joué.

Avec un capitaine de route du nom de David Moncoutié, ancien champion et coureur professionnel, l’aventure devient non seulement sportive mais aussi et surtout humaine. Un groupe se forme et se soude, des amitiés se forgent au fil des épreuves de ces interminables étapes aux impressionnants dénivelés. Les chutes ne leur seront pas épargnées, le sang coulera et le macadam viendra chahuter la peau de ces compétiteurs de la fraternité, dont l’une d’elles (ce tour-là est mixte) percutera même une vache dans une descente…Plus de peur que de mal, elle ne terminera pas ce Tour dans son canapé en cuir…Ouf.

Cette troupe de saltimbanques du vélo rejoindra tout de même sans encombres Paris. Eric Fottorino écrira –en guise de conclusion – : Adolescent, mon père m’encourageait à avaler des kilomètres. Il se doutait que je ne serais jamais un crack, mais il savait qu’en souffrant sur une bécane, je me forgerais de belles armes pour lutter. Lutter contre quoi ? Contre l’usure des jours, la monotonie, la grisaille, la paresse, que sais-je encore, le désenchantement…Ce livre « La belle échappée » constitue une leçon que le vélo offre à chacun, car il suffit souvent de croire en ses rêves pour les réaliser, et pourquoi pas… en chambre à air !

                                                                                                                      Laurent BAYART

* La Belle échappée, Un Tour de France autrement, d’Eric Fottorino, photographies de Mickaël Bourgouin, éditions Gallimard, 2014.