Archives de catégorie : Blog-Notes

LE PETIT GARCON QUI PARLAIT A SON CHIEN.

photo Marie Bayart

                                                                         A Alphonse,

         Dans l’exubérance verte d’un pâturage chante le cantique de la liberté et l’ivresse de vagabonder avec toi, mon compagnon à quatre pattes. J’aime ces voyages de l’instant où les nuages et le bleuté du ciel se confondent et  se mélangent avec les herbes folles et les fleurs des prés. J’adore m’enivrer en ta compagnie, étrange et secrète connivence qui fait qu’un petit garçon parle à son chien ! Nous sommes sur la même longueur d’onde, au diapason du monde et de ce partage de tendresse que l’on se donne. On se comprend dans le langage du non-dit. Tu aboies de joie et moi, je m’esclaffe devant tes cabrioles de bonheur.

Plus loin, le porte-plume d’un oiseau m’offre la possibilité d’écrire ces moments de jubilation et de les laisser à la discrétion du temps. Plus tard, je serai écrivain pour dire l’inimaginable amour entre les êtres vivants.

Un jour, le monde sera si beau que l’on ne pourra plus se séparer.

Et nous resterons dans ce paysage comme dans une photo ou une peinture.

On appelle ça l’éternité, sauf qu’il y aura des étoiles à nos rendez-vous.

                                                                                   19 juin 2022

© Laurent BAYART                                                              

UNE TABLE RONDE ET DEUX CHAISES PLIANTES.

         C’est un rendez-vous et une incitation à se poser dans l’instant sacrifié à la fuite du temps. Des chaises installées sur le carrelage de la terrasse en quête de rencontres. Se retrouver enfin ! Cela faisait si longtemps. Une éternité… Le décor est planté pour nos retrouvailles. Il manque quelques verres et une bouteille. Nos existences sont en quête de cette ivresse des échanges. L’heure tourne avec le soleil. Nos ombres attendent nos corps. Un invisible serveur propose une bière. Mais où sont donc passés les personnages de cette photo ? Des gens déambulent et tournent autour de nous, mais nous ne sommes pas encore dans le moment présent. Les chaises attendent impatiemment notre venue.

Nous ne nous trouvons pas là. Certainement, ailleurs et nulle part.

Probablement attablé à un autre endroit.

Le monde est si vaste que nous ne savons plus sur quelles chaises nous nous sommes abandonnés…

Et nos existences se cherchent sur la ligne tendue d’un méridien.

Mais où donc ?

                                                                          ©  Laurent BAYART

                                                                                   14 juin 2022

LIVRE / UNE PASSIONNANTE INTRIGUE DANS LE MARSEILLE DU MOYEN-AGE.

Jean d’Aillon vit à Aix-en-Provence et rédige des romans policiers autour de l’histoire de France, et c’est –tout simplement – passionnant d’érudition. Cet auteur atypique a réalisé une grande partie de sa carrière à l’université en tant qu’enseignant en histoire économique et en macroéconomie. Il a démissionné de l’administration des finances afin de se consacrer à l’écriture. Jean d’Aillon, probablement un pseudonyme, est l’auteur d ‘une vingtaine de romans historiques qui s’articulent autour d’intrigues criminelles, avec une saga qui concerne « les aventures de Guilhem d’Ussel » dont cet ouvrage que je tiens entre les mains : Marseille, 1198, Enquêtes et complots au cœur du Moyen Age.

 Enlevé par des inconnus, Roncelin, vicomte de Marseille, a disparu. Surgit une galerie de personnages, anciens croisés, chevaliers, troubadours, princes, soudards, intriguants et autres archers avec ce fameux Guilhem d’Ussel, joueur de vielle et ménestrel. Les descriptions de ce Marseille médiéval sont magistralement bien campées : En cette fin de siècle, on entendait toutes sortes de dialectes dans l’antique cité phocéenne, on y voyait des vêtements extravaguants, on rencontrait sur les quais et dans les auberges aussi bien des chevaliers et des troubadours que des pèlerins ou des religieux. Ils attendaient d’embarquer pour la Palestine, ou ils en revenaient. Ce livre est instructif et didactique, même si on entre souvent dans la barbarie de l’époque qui avait ses « spécialités » dont le cruel gang des « écorcheurs », pas vraiment sympathique pour passer, comme on dit, « l’arme à gauche » ! On voit aussi apparaître un Robin des Bois, appelé ici « Robin au Capuchon » qui ne serait  autre qu’un certain Locksley ! Ca trucide à vau l’eau, précipite les suppliciés dans le trou des remparts et viole à tire larigot. Cette seigneurie armurée a des mœurs bien délurées ! L’intrigue est menée avec maestria et il n’y a pas de temps morts. Et puis, l’on aperçoit –au fil de la narration – des gens célèbres et renommés comme un certain Ibn Rushd, plus connu en Occident sous le nom d’Averroès, médecin et philosophe. L’auteur nous précisant à la fin du livre la part d’imaginaire et celle réservée à l’histoire, rajoutant pour conclure : A part les églises et des noms de rue, il ne reste rien du Marseille du XIIème siècle.

Que dire, sinon que l’on a envie de découvrir les autres ouvrages de ce romancier qui mélange, avec justesse, l’histoire, la narration et l’intrigue policière.

© Laurent BAYART

Les aventures de Guilhem d’Ussel, chevalier troubadour, Marseille, 1198 de Jean d’Aillon, Editions J’ai lu, 2009

JOURS HEUREUX AU JARDIN OU L’HOMME QUI PARLE A SON ARROSOIR

Il y a l’ivresse de l’azur qui vous colorie les pupilles d’un bonheur de nuées, le jardin m’écrit chaque jour une ode à la sérénité de l’instant. Un merle vient me faire la conversation et me donne des nouvelles fraîches du ciel. Tel un complice, un ami, il semble rechercher quelques connivences potagères avec celui qui bêche, outil, stradivarius des besognes de la glèbe. J’aime la plénitude verte, cette harmonie qui pose sa symbiose avec la terre et le cosmos. Ecouter cet infini qui chante et la féconde luxuriance des pommiers, des pêchers et des pruniers où quelques plumes s’étalent, comme des croches de musique sur la grammaire des partitions. Respiration de la nature qui pulse dans les rendez-vous de l’ineffable. 

L’autre jour,  mon épouse a surpris une improbable conversation entre un papa, ou un grand-père, avec son fils, ou petit-fils, passant devant mon jardin: où il est le monsieur ? – C’est lui qui parle à son arrosoir ? Immensément touché et fier de ce « qualificatif », à mettre sur ma carte de visite ? Une feuille de cerisier…

Je suis simplement heureux. Un arrosoir suffit à rassasier la soif qui habite mon âme. Je fais ainsi partie –intrinsèquement – du monde végétal…

Miracle que m’offre mon jardin. Le bénitier d’une conque de feuille recueillant la sueur qui fait pleurer mon corps, de cette divine fatigue qu’on appelle le bonheur.

                                                                        ©  Laurent BAYART

                                                                              6 juin 2022

J’AI JUSTE ETEINT LA LUMIERE OU DIALOGUE AVEC MON ANGE GARDIEN…

          C’est un peu la « part de l’ange » que je laisse dans la connivence de l’instant et dans la complicité des échanges impromptus. Seul dans mon potager, je parle à haute voix comme si j’étais relié à un invisible mobile, et me confie à celui ou celle (ont-ils finalement un sexe, nos anges gardiens ?) qui m’accompagne de sa bienveillance et de son amour. Des passants me regardent en esquissant un grand point d’interrogation dans leurs pupilles. J’essaie d’éteindre la lumière et d’atteindre les voix qui parlent entre les trilles des merles et des tourterelles. Je suis un lumignon qui cherche la lumière et reste irrésistiblement attiré par le soleil qui se trouve, comme un Dieu, dans notre incommensurable cécité. Est-ce toi, tante Lumière, mon gardien ou plutôt ma gardienne… ? Ou cet ange-gardien qui nous piste –durant toute notre existence – jusqu’à ce que nous nous transformions, en changeant de peau et de condition ? Qui sait ce qui habite le mystère et nous pousse à regarder toujours vers le Haut ?

Mon ange-gardien comme une étoile qui tisse son ombre derrière moi, tel un voile de tulle.

J’aime te savoir près de moi, te deviner, t’imaginer ?

J’ai aussi besoin de cette tendresse venant de l’autre côté des apparences, nourrissant mon espérance et ma foi.

Le reste n’est que poussière d’or que grignote mon âme.

                                                      © Laurent BAYART

                                                              25 mai 2022

NOUS AVONS TOUS BESOIN DE SUPER HEROS OU POMPIER BON ŒIL !

photo de Jérémy Marques

                                                                           A Alphonse,

         Lorsqu’Alphonse se prend à visiter une caserne de pompiers, notre petit lutin se métamorphose en un super héros. Ah que cela fait du bien d’endosser la tenue des supermans du feu ! Même si l’uniforme en textile inflammable s’avère bien trop grand…Le monde a bien besoin d’enchantements et les enfants nous font rêver à nos…songes d’antan que nous avons remisés dans le grenier de l’oubli ! Les adultes renoncent, les enfants foncent… Car, nous voulions – nous aussi – être des chevaliers de l’impossible et des vengeurs à la Zorro, pour faire tourner en bourrique (ou plutôt en barrique !) tous les sergents Garcia et la soldatesque. Mais voilà, nous avons abandonné nos utopies pour l’attrait du raisonnement. Alors, si tous les enfants du monde se prenaient l’envie de devenir des mousquetaires, cette armée de petits lansquenets de la paix pourrait changer la destinée de la planète entière et enfin éteindre les incendies que nous avons –nous-mêmes- allumés…

Il est grand temps de poser des confettis sur l’algèbre et les calculs et d’y mettre la poésie de la fantaisie.

Sinon, il y aura vraiment le feu…

                                                                             Laurent BAYART

                                                                               10 mai 2022

DANS L’ŒIL DU PHOTOGRAPHE OU LES IMAGES DANSENT.

                                                      A Erik, alias Nemorin.

Tu as toujours été porté par les images, le monde t’apparaît dans l’œilleton de ton appareil photo. Ami, le temps passe et file, mais les fraternités et les connivences restent fixées à jamais dans le fil tendu et déroulé de ce film qui raconte – dans le fond – nos vies…Mémoires des vieilles fratries, quand le temps se prend à jouer de la bossa nova avec nos articulations. Nos combats nous ont épuisés, mais nous sommes encore débout, c’est tout ce qui compte, au final, non ? Ton jardin est un vaste labo où les couleurs vertes se posent sur la palette des fines pellicules de feuilles, de plantes et de fleurs. Les salades sont dotées d’oreilles pour écouter le bruissement de nos énergies fécondes. Shaman de la chambre noire renversée par la lumière et le soleil qui pose son prisme sur la girouette. Nous sommes des mêmes mondes, ami. Frère sans le sang mais avec l’hémoglobine de l’âme qui coagule sur nos existences et bonifie nos destinées.

Clic. La photo a posé son éternité dans nos yeux. L’amitié possède un temps de pose inimaginable. Et l’oiseau qui s’envole quand tu appuies sur le déclencheur nous rappelle que la vie est magique…Un ange passe.

Cigogne, hirondelle ou tourterelle ? Qui sait où vont se poser les oiseaux qui sortent des appareils photos ? 

Peut-être sur le bras/branche du photographe ? Arbre généalogique et album qui garde précieusement tous les clichés. 

Mémoire de nos éphémères éternités…

                                                                           © Laurent BAYART

                                                                                   8 mai 2022

LIVRE / UN MANIFESTE POUR CHANGER LE MONDE AVANT QUE LE MONDE NE NOUS CHANGE…

         Voilà un livre inclassable signé par Ariel Zweig qui dirige un fond d’investissement dans des PME innovantes. Il nous propose des textes comme autant de réflexions et autres pamphlets, diatribes sur ce monde qui s’effrite et semble louper son rendez-vous avec l’humanisme annonçant des jours meilleurs. Surprenants manifestes (au titre qui intrigue)  rédigés tel un ensemble de constats et d’états des lieux amenés à nous faire réfléchir, en faisant référence à notre rapport à la société et à ses valeurs. Le bonheur, la vie, la cruauté, les espèces menacées…Tout y est évoqué, comme l’amitié qui ne change pas la société. Elle l’adoucit. La rend vivable et éclaire le monde, à l’image de l’amour.

Ces textes sont accompagnés de citations qui nous révèlent et sont comme de petits messages destinés à attiser notre pensée : On ne vit plus. On « gagne » sa vie nous affirme E.M. Duboi…Et résonne, en une étrange prémonition, cette impromptue rencontre avec l’histoire : La grande plaine russe, du Pacifique à la Baltique, ouverte à tous les vents et à toutes les invasions, rend paranoïaque ce peuple de moujiks…/…Pologne et Lituanie ont cogné sur la steppe. Kiev, capitale du Grand-Duché des Rus, où naquit l’empire, éteinte en capitale…L’ouvrage publié en 2019 résonne aujourd’hui, en un bruit de casseroles rouillées, lorsque l’histoire se prend les pieds dans le tapis. J’aime bien aussi cette pertinente métaphore sur les turbulences climatiques : Et l’homme, comme un demeuré enfermé dans son garage, fait démarrer sa voiture dans un nuage de CO2. S’asphyxie en chantant…

Et de compléter par cette citation de Bertold Brecht : Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Un ouvrage atypique qui pose les bonnes questions et nous incite à imaginer les réponses…

                                                                                Laurent BAYART 

L’Adieu à l’ancien monde, 12 manifestes pour un nouveau monde d’Ariel Zweig, Editions Carnets Nord, 2019.

L’ESSENTIEL SERA DANS TES YEUX

                                                                 Avec la complicité de Jules,

         Dans tes yeux, nous déposerons nos rêves les plus fous et allumerons quelques braseros d’étoiles.  Pupilles qui chanteront les soleils que nous ne verrons plus. Petit, lorsque nous habiterons le ciel et que nous ne serons plus en mesure d’apercevoir les paysages dont tu te délectes, nous vivrons dans les couleurs de ton iris et habiterons ton regard émerveillé. A toi, de refaire ce monde, de le ré-enchanter avec la magie de ton imaginaire et de tes folles inspirations. Nous serons tes oiseaux, anges gardiens et nos âmes feront de la chorégraphie autour de toi et papillonneront sous tes paupières. 

Le bleuté de l’azur comme un drapeau de paix et d’amour.

L’essentiel sera désormais fixé dans tes yeux et l’invisible éclairera le tabernacle de nos espérances. Tu seras ainsi notre cierge pour les lumières de demain.

Et peindre dans le ciel le cotillon blanc d’une colombe.

                                                                            © Laurent BAYART

                                                                                    1ermai 2022

BERNARD CLAVEL OU L’HUMANISME DE L’ACTUALITE …

Bernard Clavel (1923-2010) était un conteur et un littérateur hors pair, auteur d’une pléthore d’ouvrages dont j’étais fidèle lecteur. Touche à tout et curieux, il a publié dans de nombreux domaines de la littérature et fait aussi –durant sa vie – presque tous les métiers. Cependant, un livre atypique de son oeuvre m’a été donné de lire récemment, inspiré d’un tableau de Bruegel Le massacre des innocents dans lequel un village flamand est livré à la barbarie de soldats chargés de massacrer tous les enfants nouveau-nés de sexe masculin…

Cet ouvrage, paru en 1970, rend hommage à l’association Terre des hommes et à son fondateur Edmond Kaiser, pharmacien à Lausanne. C’est une ode à l’amour, au respect de l’enfant et un cri contre le nucléaire, décidément l’histoire semble poursuivre sa boucle infernale, jusqu’à se mordre le queue…Bernard Clavel était un humanisme, écrivant avec justesse : Savoir rester un enfant et avoir la force d’un homme, c’est le secret de la réussite. Quelle beauté et lucidité dans ses mots qui nous touchent encore. Et de rajouter : Depuis l’enfance, j’ai toujours eu besoin de guides, et c’est peut-être parce que je ne me suis jamais évadé de l’enfance que je continue sans cesse de les appeler à moi. Merveille de cette littérature qui aime tant l’être humain, Clavel rappelant qu’il y a encore des pays où les hommes savent s’embrasser.

Ce Jurassien était un révolté en constante rébellion face à cet instinct de mort et de destruction dont l’enfance fait toujours les frais. C’est cela, la civilisation : tout avoir à portée de sa main, ne rien avoir à portée de son cœur écrit-il encore. Ces mots résonnent toujours et encore en nous, dans les reflets et les tristes vibrations de l’actualité : Oui, la guerre, c’est la merde. La pire des merdes, le pire des vices, mais qui salit surtout ceux qui en sont responsables. Antimilitariste et pacifiste, il ne cessait de marteler que chaque canon qui sort d’usine, chaque vaisseau de guerre qu’on lance, chaque fusée qu’on tire, signifie –en fin de compte –un vol au détriment de ceux qui ont faim…

Et puis, il nous parle aussi de ce pilote américain : Claude Eartherly qui a lâché la bombe sur Hiroshima…Ce dernier rédige sa correspondance, précisant que ce n’est pas l’homme qui a reçu la bombe qui se plaint, c’est celui qui l’a lancée.Il se fera boucler dans un asile…

Cet ouvrage – qui n’a finalement pas vieilli – est un hymne à l’amour, à la tolérance et à cette enfance que l’on doit constamment aimer et respecter. Il en va de notre humanité et de son avenir.

                                                                                Laurent BAYART

Le massacre des innocents de Bernard Clavel, Editions Robert Laffont, S.A., 1970.